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par Sylvia M’Bocké ©
Son dernier article: Incohérence des choix stratégiques (...)
Amani nous dévoile l’esprit du 4ème Colloque International Kamit Menaibuc 2007
Interview diffusée par le Magazine féminin Amina du mois de juin 2007 et menée par Jean Jacques Seymour...
Le mensuel Amina, magazine dédié aux jeunes femmes noires actives de l’Afrique et de la diaspora, a souhaité faire découvrir à ses lectrices, les valeurs véhiculées par le Colloque International Kamit Menaibuc et la thématique de cette année 2007.
Jean Jacques Seymour, dans son franc parlé habituel, a donc reçu Amani Shaketo, le temps d’une interview que nous vous invitons à découvrir dans le magazine Amina du mois de Juin 2007.
Jean Philippe Omotunde, invité du mois d’Amina (dans le même numéro), a lui aussi livré une interview riche d’enseignement sur son souhait d’oeuvrer pour promouvoir les Humanités Classiques Africaines.
Séquences choisies de l’interview d’Amani...
1) J.J. Seymour : Que faites-vous, pourriez-vous vous présenter aux lecteurs ?
Amani Shaketo : Je trouve votre question très difficile puisqu’elle appelle inévitablement une réponse présomptueuse, n’étant qu’en cours de parcours : je vais essayer d’y répondre de la manière la plus juste possible.
Je suis membre de l’équipe organisationnelle de la 4ème Edition du Menaibuc International Kamit Meeting qui se déroulera les 6, 7 et 8 Juillet à la Maison des Mines à Paris 5ème.
Je suis également un des composantes du Pôle de Communication des Editions Menaibuc
2) J.J. Seymour : Si l’on accepte la métaphore économique, nous sommes passés d’une situation de monopole à un marché ouvert sur le plan spirituel, tout porte ainsi à croire que les religions instituées, en particulier le christianisme, ne parviennent plus du tout à répondre aux attentes spirituelles de nos contemporains. Pourquoi un colloque sur la spiritualité, et pourquoi maintenant ?
Amani Shaketo : Comme cela est si justement dit, les attentes spirituelles de nos contemporains sont loin d’être satisfaites notamment par le dogme catholique, s’il l’on en croit la désertification massive des églises. Le réflexe est quasi - systématique pour une personne chrétienne à qui l’on demande son orientation religieuse, de répondre : « Je suis croyant, mais pas pratiquant ».
Pourtant, nul n’est besoin d’être un théologien chevronné pour constater que la dégénérescence des valeurs philosophiques et spirituelles stables, notamment lorsqu’on l’observe au sein de la jeunesse, entrave fortement l’épanouissement individuel : de telles lacunes ne permettent pas de posséder à long terme une force mentale permettant de braver les aléas de l’existence sur le plan socio - professionnel, pour ne citer que ceux - ci.
Vous saisissez donc l’urgence qui nous est apparue de réhabiliter la pratique spirituelle au cœur de la vie quotidienne de tout un chacun, sans exclure aucune confession religieuse et sans prosélytisme tout en évitant d’en faire un événement inaccessible.

3) J.J. Seymour : Voulez vous nous présenter son but et ce qui a motivé cette initiative des éditions Menaibuc ?
Amani Shaketo : A l’heure actuelle, il y a un paradoxe : il n’y a pas de visibilité des rencontres internationales consacrées à la spiritualité. Tout n’est que confidentiel. Pourtant, même l’Education Nationale admet l’importance de la maîtrise de sa culture morale dans la compréhension des événements et idées d’aujourd’hui, s’agissant de l’influence gréco-romaine sur le monde occidental.
Dans cette optique, les Editions Menaibuc ne pouvaient résolument pas se soustraire à une telle dynamique s’agissant de la population d’ascendance africaine pour laquelle il est encore parfois difficile de se référer à des préceptes moraux tout aussi valables car fondés sur une vision spirituelle et philosophique, qu’on lui renie sur le plan médiatique et éducationnel. Le colloque vise à répondre à une question : ces préceptes moraux constitutifs d’une vision spirituelle et philosophique africaine peuvent-ils inspirer l’Humanité de ce 21ème siècle à braver les enjeux qui se posent à elle, sur les grandes questions économiques, politiques, environnementales ?
4) J.J. Seymour : Vous réclamez-vous d’une école ou d’un enseignement ?
Amani Shaketo : Tout comme lors de la 3ème Edition du Menaibuc International Kamit Meeting, la démarche s’inscrit dans le paradigme de Cheikh Anta Diop, qui je pense est la démarche historiographique la plus scientifiquement aboutie et la plus universelle qui soit.
Il n’a pas échappé au savant multi - disciplinaire qu’il était, que la quête vers les théologies spirituelles africaines ne devait pas aboutir à un sectarisme, mais au contraire apporter sa valeur contributive à toute l’Humanité.
Pour reprendre votre métaphore économique, le socle spirituel et philosophique enfanté depuis l’aube des temps doit grossir, de sa plus - value, le patrimoine collectif de l’Humanité dans un objectif de vérité et de justice globale, tout cela à l’aune de la Science.
Il s’agit de marteler une bonne fois pour toute la valeur contributive des concepts spirituels et philosophiques africains sur l’échelle de l’humanité ; contribution spirituelle qui se trouve jusqu’à l’heure d’aujourd’hui largement dénigrée puisqu’elle se situe à la marge des trois religions dites révélées que sont l’Islam, le christianisme et le judaïsme pour se limiter à deux mots -clés : fétiches et sorcellerie.
L’approche du Menaibuc International Kamit Meeting vise à démontrer qu’il est possible de parler de disciplines aussi sérieuses que la spiritualité et la philosophie sans irrémédiablement verser dans les sempiternels écueils primitivistes de l’imaginaire colonial.

5) J.J. Seymour : Comment se déroulera votre approche ?
Amani Shaketo : Le colloque se déroulera tout comme la dernière édition sur trois jours durant lesquels se succèderont une trentaine d’intervenants - conférenciers experts sur la question.
L’ouverture du colloque sera l’occasion d’une présentation magistrale du thème de la spiritualité et de chacun des intervenants.
Les interventions font l’objet d’un panel auréolé d’une thématique où chaque sujet est abordé par plusieurs intervenants au travers d’un exposé.
Pour une meilleure accessibilité, les exposés des intervenants seront dynamisés par l’intégration des technologies multimédia, à savoir des présentations Powerpoint permettant une réflexion facilitée par l’image. Dans ce souci perpétuel de visualisation, il nous paraît important de faire une analyse scientifique des sources produites durant les interventions par une visite du Musée du Louvre.
Un compte-rendu des différents panels sera disponible et mis à l’épreuve de questions posées par toute personne intéressée, aux intervenants sur le blog http://menaibuc.blogspot.com/, questions auxquelles il sera apporté une réponse spécifique par les intervenants durant le panel : ceci démontre bien le caractère anti - prosélyte de la démarche et la volonté de s’inscrire dans une dynamique de dialogue.

6) J.J. Seymour : Permettez-moi de revenir sur le mot "spiritualité". Dès qu’il est prononcé aujourd’hui, il lui arrive de faire peur. Alors pourquoi ce phénomène selon vous .Vos travaux préparatoires en ont-ils pris conscience ?
Amani Shaketo : Tout cela est dû à une manipulation de l’inconscient collectif par association de mots : il faut dire que le terme spiritualité est systématiquement associé au mot religion. Or on sait que, s’agissant des trois religions monothéistes dites révélées, elles sont toutes exclusives les unes les autres.
Pratiquer la spiritualité en règle générale signifie donc entrer en religion pour l’une ou l’autre confession : impossible d’être chrétien et musulman, ou juif et chrétien, par exemple. Une telle démarche cloisonnée peut être de nature à faire peur dans le manque d’universalité qu’elle suppose car elle est génératrice de passions.
Nos travaux préparatoires ont bien entendu saisi l’urgence d’éviter des débats passionnels autour du choix de telle ou telle religion : sans faire semblant d’ignorer que la spiritualité est une part importante de la vie de nos contemporains, nous nous sommes abstenus de contourner la question (après d’âpres discussions toutes aussi pertinentes) en proposant de poser un regard scientifique, économique, politique et ésotérique sur des disciplines aussi controversées que la spiritualité et la philosophie.
7) J.J. Seymour : Ce colloque va-t-il véhiculer des certitudes ?
Amani Shaketo : Il serait particulièrement irresponsable de proposer une rencontre internationale de cette envergure sans proposer quelques pistes de réflexion quant à une pratique spirituelle suivie, démarche qui relève de la décision de tout un chacun.
Les seules certitudes proposées au cours des conférences sont basées sur un travail d’analyse scientifique de textes et documentations remontant aux époques historiques les plus reculées : cette démarche conduit à prendre pour référence historique l’époque la plus mature de l’Humanité, à savoir l‘époque pharaonique de l’Afrique Antique, afin de délimiter quels principes et quelle vision philosophique et spirituelle, s’il y en a, régissaient la vie des différentes composantes de l’Humanité et que peuvent-ils apporter à cette époque moderne où les enjeux en terme de Justice et de Vérité se posent de manière pressante.
8) Est-ce que l’attente du public reflète le fait que quelque chose lui fait défaut dans ce domaine ?
Amani Shaketo : L’attente du public trahit le fait que chaque jour voit s’amenuiser davantage le nombre de personnes convaincues de l’absence de vision spirituelle et philosophique africaine apportée au patrimoine de l’Humanité. Par ailleurs, au cas où certains seraient tentés de sous-estimer la conscience de l’Homme, il est manifestement de plus en plus difficile de fédérer autour de la « mission civilisatrice spirituelle » entreprise il y a bien longtemps sur les consciences africaines : pour citer l’analyse de l’auteur Doumbi Fakoly, « compte tenu de l’objectif de la prière, il est clair que les prières juives, chrétiennes et musulmanes, conçues exclusivement par les Juifs, les Chrétiens et Musulmans ne sont adressées qu’à leur Dieu Ternaire, c’est-à-dire l’Eternel, Dieu-le-Père et Allah, ainsi qu’à leurs Ancêtres qui ont découvert ce Dieu. Elles ne sont donc pas universelles. Elles sont précisément ethniques ».
9) J.J. Seymour : La quête existentielle s’exprime aujourd’hui par un métissage de pratiques et de croyances. Nous sommes entrés dans l’ère du « bricolage spirituel ».Ce colloque sera-t-il celui de la création d’un kit spirituel ?
Amani Shaketo : L’ère du « bricolage spirituel » se justifie très fortement par un déficit d’universalité dans les approches philosophiques et spirituelles proposées puisque ethniques, donc génératrices de limitations : on voit bien que la Philosophie des Lumières peut briller dans une phrase pour aussitôt s’assombrir dans la justification de l’esclavage, tout cela dans un même texte !
Cependant, le but de ce colloque se refuse à toute idée de kit spirituel. La question devant mobiliser l’attention des visiteurs pendant trois jours, il paraît irresponsable de suggérer un raccourci aussi cavalier. La spiritualité ne doit souffrir d’aucun raccourci et cette quête vers l’origine de la vision philosophique africaine devrait être tout d’abord l’occasion d’un rapprochement avec la vision philosophique et spirituelle des ancêtres africains les plus lointains et contemporains.

10) J.J. Seymour : Avez-vous un message particulier ?
Amani Shaketo : J’invite toute personne intéressée de près ou de loin à l’Humanité qui l’entoure, de toute confession religieuse , à se rendre au 4ème Menaibuc International Kamit Meeting des 6, 7 et 8 Juillet 2007 pour mesurer à quel point la spiritualité ne doit pas souffrir d’une lecture abstraite et déconnectée d’une analyse scientifique et de certains aspects pratiques de la vie quotidienne.
Faites en sorte que la parole soit donnée à des réflexions tournées vers un XXIème siècle inspiré spirituellement et philosophiquement d’une manière inédite !
Faites de ce 4ème Menaibuc International Kamit Meeting tourné vers la spiritualité et la philosophie le théâtre de réunion d’une communauté de destin et non d’une communauté religieuse.
Aucune.
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