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Analyse de la politique d’immigration sarkosienne
Immigration : les calculs de Nicolas Sarkozy
Par Lounès Guemache - Quotidien d’Oran
France - En matière d’immigration, Nicolas Sarkozy continue de persister dans l’erreur. La semaine dernière, à Madrid, le ministre français de l’Intérieur et candidat probable de la droite aux prochaines présidentielles, a, une nouvelle fois, fait des propositions radicales sur le sujet.
Cette fois, il ne s’est pas contenté d’annoncer des mesures pour fermer davantage les portes de la France aux étrangers. Il a proposé un plan d’action pour l’ensemble de l’Europe.
M. Sarkozy a notamment appelé l’Union européenne à interdire toute mesure de régularisation massive de sans-papiers et à multiplier les reconduites aux frontières des étrangers en situation irrégulière. Pour lui, les régularisations de plusieurs centaines de milliers de clandestins, décidées l’année dernière par l’Espagne et l’Italie, ont constitué des appels d’air pour les candidats à l’immigration clandestine.
Pour preuve, estime-il, depuis le début de l’année 2006, 24.000 nouveaux clandestins ont débarqué en Europe. Soit cinq fois le nombre enregistré en 2005. Une analyse que ne partagent pas ces partenaires européens. Pour eux, la question de l’immigration ne peut pas se résumer à une addition de chiffres.
Depuis quelques mois, Nicolas Sarkozy gère le dossier de l’immigration avec une contrainte majeure : la prochaine élection présidentielle française d’avril 2007.
Dans un climat d’islamophobie croissant favorisé par les événements internationaux (attentats islamistes, guerre en Irak, déclarations du pape Benoît XVI sur l’islam...), l’électorat de droite est de plus en plus hostile à l’immigration maghrébine et africaine.
Les problèmes de l’insécurité auxquels est confrontée la France sont souvent associés aux immigrés ; une certitude renforcée par les face-à-face qui opposent régulièrement policiers et jeunes d’origine étrangère dans les cités des banlieues à forte concentration d’immigrés.
Pour de nombreux observateurs, cette situation risque une nouvelle fois de profiter à l’extrême droite. En 2002, le candidat des socialistes aux présidentielles, Lionel Jospin, a été éliminé dès le premier tour après une campagne électorale dominée par les questions de sécurité.
Aujourd’hui, le candidat Sarkozy a acquis une conviction : pour empêcher l’extrême droite de profiter de cette situation, la droite républicaine doit afficher la plus grande fermeté sur le dossier de l’immigration clandestine.
La semaine dernière, après avoir demandé aux préfets de redoubler d’effort pour expulser un maximum de clandestins avant la fin de l’année, il a exigé de la gauche de clarifier ses positions sur la question des régularisations.
Les socialistes veulent certes lutter contre ce phénomène mais ils sont sceptiques sur l’efficacité des mesures prônées par la droite. Initiées il y a plus de dix ans, les reconduites à la frontière de clandestins ont en effet montré les limites de leur efficacité.
Le phénomène n’a pas été stoppé et dans de nombreux cas, ces mesures ont créé des situations dramatiques, en séparant des familles ou en empêchant des enfants de poursuivre leur scolarité.
Pour faire taire les critiques sur le côté radical des mesures qu’il prône, Nicolas Sarkozy tente de promouvoir l’idée d’une « immigration choisie ».
Il y a trois semaines, au Sénégal, il a signé un premier accord dans ce sens avec le gouvernement de Dakar. Sur le papier, les choses semblent faciles : la France, selon ses besoins en compétences, accueillerait un nombre déterminé d’immigrés sénégalais.
Ces derniers bénéficieront d’une carte de séjour temporaire appelée « compétences et talents » pour séjourner en France le temps nécessaire pour accomplir leur travail. Avant de repartir chez eux. Mais, sur ce point aussi, Nicolas Sarkozy se trompe.
En favorisant une « immigration choisie » au détriment d’une immigration « subie », la France risque de pénaliser les pays pauvres. Ces derniers font déjà face depuis quelques années à un départ massif de leurs compétences vers l’étranger, encouragés par des perspectives professionnelles et de vie sociale meilleure.
A un moment où ces pays ont plus que jamais besoin d’une véritable politique en matière de transfert de technologies et de savoir-faire en provenance d’Europe pour les aider à se développer, les mesures de Nicolas Sarkozy vont encourager les meilleures compétences à venir s’installer en France.
Un départ massif des diplômés de leur pays va aggraver la situation des populations locales et pousser de plus en plus de jeunes à vouloir immigrer à n’importe quel prix en Europe, encouragés par les réussites de leurs compatriotes « choisis » par la France.
Par ailleurs, une lecture rapide des statistiques du chômage montre très clairement que la France n’a pas réellement besoin d’accueillir des diplômés des autres pays. Bien au contraire : de nombreux diplômés des universités françaises peinent à s’insérer dans le marché du travail. Pourquoi, dans ce contexte, vouloir favoriser l’accueil des jeunes étrangers ?
La création de la carte de séjour « compétences et talents » réservée à cette catégorie d’étrangers ressemble à une tentative de diversion.
Aucune.





