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par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com

 Publié le 5 novembre 2008

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Barack Obama : 1848 – 2008, 1968 - 2008 : Que de chemin parcouru !

Frères et sœurs Martin Luter King, Malcom X, Marcus Garvey, Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessaline, Delgrès, Ignace, N’krumah, Thomas Sankara, Jomo Kennyata, Boukman, Patrice Lumumba, Dulcie September, Steve Biko, Menelik, Haïlé Sélassié, Rosa Parks, Dubois, Ruben Um Nyobe, etc. sans oublier tous ceux qui en Amérique du Sud, dans les Caraïbes, en Afrique du Nord et ailleurs ont combattu le colonialisme occidental et l’impérialisme US :Un noir est président des USA !

Barack Obama : 1848 – 2008, 1968 - 2008 : Que de chemin parcouru !

Ce 4 novembre 2008, 160 ans après l’abolition de l’esclavage des Noirs dans les colonies françaises, 40 ans après l’assassinat du révérend Martin Luter King, allons-nous vivre l’an 0 de l’extermination de la Bête immonde que l’on nomme tour à tour racisme, xénophobie, injustices sociales, haine de l’autre, falsification de l’histoire africaine et inégalités nord/sud ?

Barack Obama, homme noir pour une grande partie de l’Amérique mais surtout pour lui-même, restera sans aucun doute l’homme politique qui aura le plus marqué le monde depuis la création des États-Unis d’Amérique. Cela, non pas parce qu’il fut le premier Africain-Américain à briguer et à remporter le poste de Président du pays le plus puissant au monde, mais parce qu’il est le seul à avoir eu l’opportunité de changer à ce point, l’imaginaire des masses occidentales vis-à-vis des Noirs. C’est probablement pour cela qu’en mai 2008, le célèbre magazine Time, l’a proclamé comme étant l’une des personnalités les plus influentes au monde.

Certes, en dépit de tous les espoirs qu’il suscite, il ne changera peut–être pas la condition sociale de tous les noirs aux USA et ailleurs, mais aux yeux de tous, il aura grandement contribué à faire reculer les frontières de leur « prison » sociale, souvent dénommée le « plafond de verre », « racisme professionnel » ou « injustice sociale ».

1- « Champ imaginaire » et « jugements esthétiques » xénophobes

Bien que la Déclaration des droits de l’homme stipule que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité », les inégalités sociales et économiques basés sur des problématiques «  raciales », mettent tous les jours à mal ce vœux pieux dans les sociétés occidentales qui pourtant se veulent être aux yeux de tous, des « modèles exemplaires ».

Ainsi, dans son ouvrage «  le racisme expliqué à ma fille » [1] Tahar Ben Jelloun, à la question suivante que lui pose sa fille : « Dis papa, c’est quoi le racisme ? », répond ceci : « Le racisme est un comportement assez répandu, commun à toutes les sociétés, devenu, hélas !, banal dans certains pays parce qu’il arrive qu’on ne s’en rende pas compte. Il consiste à se méfier, et même à mépriser, des personnes ayant des caractéristiques physiques et culturelles différentes des nôtres ».

En fait, le problème est plus profond que cela. Même avec des caractéristiques physiques (sous-entendus humaines) et culturelles identiques (intonation linguistique, habitudes sociales et vestimentaires, éducation…) aux Caucasiens, les Noirs restent discriminés. Même s’ils bénéficient des Droits de la Nation plusieurs siècles avant d’autres citoyens nouvellement arrivés, les Noirs restent discriminés. Même s’ils ont versé leur sang pour combattre les ennemis de la Nation à un instant donné, les Noirs restent discriminés par rapport aux nouveaux arrivants. Car ce qui compte avant tout c’est la « couleur de peau » et elle seule nuit à la réussite sociale du plus grand nombre.

Comment un tel fait est-il possible et comment perdure-t-il ? S’il y a une notion essentielle qu’il faut retenir, c’est celle de « lutte des classes » chère à Karl Marx. Et pour la classe caucasienne dominante, tous les moyens sont bons pour accéder à la richesse et préserver sur la durée ses acquis. Et pour y parvenir, elle a procédé avec méthode. La première démarche a consisté à affecter aux Noirs un « Champ imaginaire » un peu comme on crée un « Champ sémantique » en linguistique et naturellement à le connoter très négativement. Puis, une fois déprécié, ce « champ imaginaire » a généré dans les consciences sociales ses propres « jugements esthétiques » majoritairement négatifs engendrant chez les caucasiens un sentiment généralisé de révulsion plus ou moins violent.

Ainsi, pour modifier positivement les comportements, il faut qu’une source d’émission (TV, radio, presse, cinéma) brouille les pistes habituelles en osant l’inimaginable. C’est principalement sur ce plan que l’on peut apprécier l’apport d’Hollywood à la réussite de Barack Obama. Car en faisant jouer à divers acteurs Africains-Américains le rôle « inattendu » de « Président » des USA dans des fictions, les scénaristes ont introduit une nouvelle « donne » positive dans le champ imaginaire des masses caucasiennes. Sans cette initiative, leur comportement aurait sans doute été différent.

Prenons un exemple en guise d’exemple : un Noir champion du monde de boxe ou de course à pied ne remet en rien en question les données du « champ imaginaire » dépréciatif dont il est l’objet dans les sociétés occidentales. Mais le même noir qui serait champion du monde d’échec, contribue à faire vaciller ce même champ. Pourquoi ?

Ayant compris depuis la création des plantations concentrationnaires dans le « Nouveau monde » à l’époque de l’esclavage, que leurs intérêts financiers allaient de pair avec un nivellement vers le bas des possibilités d’évolution sociale des Noirs, la classe sociale caucasienne dominante à échafaudé un « champ imaginaire » spécial pour les personnes d’ascendance africaine. Pèle mêle, on y retrouve les notions fantasmagoriques de « force animale », de « force brutale », de « sauvage sans histoire à civiliser », de « voleur », de « délinquant », de « violent », de « oisiveté », de « nonchalance », d’« immigré sans papier », de « squatter », etc. Ce « champ imaginaire » a inexorablement généré au sein des caucasiens, des sentiments de répulsion, de méfiance et un besoin de protection. Mais aussi des réflexes sociaux, d’où le fait que l’on retrouve un nombre incalculable de Noirs au poste de vigile, de gardien de sécurité, de garde du corps, de surveillant, de serveur, d’ouvrier, de sportif voir en prison et très peu dans les strates hautes des structures publiques et privées. Est-ce un hasard ?

Ainsi aux USA par exemple, la simple évocation répétée de ce «  champ imaginaire » dépréciatif et des « jugements esthétiques » qui en découlent, contribue à faire grimper les ventes d’armes. Cela, le lobby des armes à feux (lobby puissant dans le pays) l’a bien compris. D’où la pléiade de faits divers médiatiques, mettant en scène régulièrement des Noirs. Car la peur reste toujours un fort déclencheur d’actes d’achats.

Par contre, s’il s’agit d’un champion du monde d’échec d’ascendance africaine, cela introduit dans le champ imaginaire dépréciatif, une nouvelle donnée inexistante (sous-entendu, non introduite par la classe caucasienne dominante), relative à des capacités intellectuelles exceptionnelles, qu’il aurait lui et ses semblables. D’où une certaine stupéfaction à peine voilé visible dans la presse.

Un afro-caribéen d’un certain âge me disait par exemple que le premier guadeloupéen diplômé de l’ École Normale avait eu droit à Paris, à un traitement spécial dans la presse. « Un noir à Normal » avait titré un quotidien (vous voyez le jeu de mots ?). On pourrait encore épiloguer longuement à propos du traitement médiatique dont fut récemment l’objet Harry Roselmack, présentateur vedette de TF1, ou encore Tiger Wood dans l’univers du golf mondial et encore Lewis Hamilton dans celui de la formule 1. Il y a peu, il n’était même pas concevable (à cause du même « champ imaginaire ») de mettre un Noir au poste de n°10 dans une grande équipe de football.

Mais quel journaliste fera l’effort de rappeler à la masse que le jeu d’échec, loin d’être une invention européenne, reste une découverte africaine. Durant l’antiquité, ce jeu inventé en Afrique noire dès le IIIème millénaire avant l’ère chrétienne, portait le nom de « jeux de Sénèt ». Il se jouait à deux, avec un plateau de 33 cases et des pions déjà noirs et blancs.

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Références bibliographiques:

[1] Tahar Ben Jelloun. "Le racisme expliqué à ma fille", Editions du seuil, Paris, 1999 et 2004 (nouvelle édition).

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