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Découvrez le mois de l’Afrique en Guadeloupe en février

par Sylvia M’Bocké ©

 Publié le 15 juillet 2010

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Bilan du 7ème Colloque International Kamit Menaibuc 2010

Entretien avec Jean Philippe Omotunde qui revient sur ces 3 jours inoubliables...

Bilan du 7ème Colloque International Kamit Menaibuc 2010

Le 7ème Colloque International Kamit Menaibuc 2010 vient de se terminer et j’ai souhaité m’entretenir avec Jean Philippe Omotunde pour dresser le bilan de ce formidable événement.

Sylvia Mbocké : Bonjour Mr Omotunde, alors le 7ème Colloque International kamit vient de se terminer et je voulais revenir avec vous sur ce grand rassemblement. Tout d’abord qui a eu cette géniale idée de créer ce rendez-vous annuel avec les chercheurs panafricains et le public ?

JP Omotunde : Bonjour Sylvia… L’initiative de cet événement revient à Mr Mezepo qui après notre retour des USA en 2002, où nous étions partis pour participer au « Cheikh Anta Diop International Annual Conference » organisé par Molefi Kete Asante, l’actuel Dr du Département d’Etudes Africaines de l’Université de Temple, m’a fait part de son souhait d’organiser sur Paris, un rassemblement inspiré de notre expérience américaine. C’est ainsi qu’en 2003, nous avons organisé notre premier Colloque sur le thème « Enseigner les Humanités Classiques Africaines », avec Mr Asante comme parrain.

S.M. : 2003 à 2010, que de chemin parcouru. On entend souvent dire que nos structures panafricaines éprouvent les plus grandes difficultés à pérenniser un événement annuel au-delà de 3 ans. Qu’en pensez-vous ?

JPO : Ce sont souvent les initiatives pertinentes et instructives qui peinent à trouver les moyens financiers de leur maintien. Pour ce qui est généralement des manifestations dites de divertissements (musique, danse, concerts), les choses sont différentes. Nous, nous avons intégré cette problématique dès le début et c’est peut être aussi pour cela que nous sommes encore là.

S. M. : Certains disent que dans ces colloques ont parle beaucoup mais rien de concret n’en sort. Vos résolutions ne sont donc que des vœux pieux ?

JPO : Tout d’abord, notre souhait est à chaque fois de démystifier méthodologiquement pour le public présent, les problématiques financières, économiques, politiques, culturelles et philosophico-spirituelles qui entravent le développement du continent africain, voir de revenir sur l’œuvre terrestre accomplie par de Grands Défenseurs de la cause kamite, tels Diop, Césaire…. D’autre part, notre approche afrocentriste nous permet d’aborder franchement tous les thèmes, d’où notre volonté de faire appel à des spécialistes panafricains courageux et désireux d’explorer le fond des problèmes.

S.M. : Et plus concrètement ?

JPO : Cette année par exemple, sur la base des acquis de notre colloque relatif aux Humanités Classiques Africaines, j’ai participé sous l’égide de l’UNESCO, à la Conférence Régionale pour l’Exploitation Pédagogique de l’Histoire Générale de l’Afrique qui s’est déroulée du 10 au 17 juin à Tripoli. Il s’agit, sur la base des travaux accomplis entre autres par les Professeurs J. Kizerbo et Cheikh A. Diop de créer de vrais manuels scolaires pour tous les pays africains (primaire, collège, lycée), ayant pour fondement, nos Humanités Classiques Africaines. Ce fut un moment historique car toute l’Afrique était présente, unie et motivée pour mener le projet, financé par la Libye, à son terme. J’ai moi-même participé à deux ateliers de travail et présenté nos propositions lors de la séance officielle. Les choses avancent, il ne faut surtout pas se laisser berner par les média occidentaux qui sont volontairement défaitistes.

Yves E. Amaïzo

S.M. : Revenons-en au colloque de cette année… J’y étais et ce fut un vrai succès.

JPO : Oui, vous avez raison Sylvia, le public s’est déplacé massivement durant les 3 jours et toutes les conférences étaient exceptionnelles en termes de qualité et d’originalité. Les gens qui avaient fait le déplacement des Antilles, d’Allemagne, d’Afrique, de Belgique et de toute la province, ont été enthousiasmés par ce qu’ils ont vécu, c’est cela le plus important à nos yeux. Ce rendez-vous a été conçu pour célébrer le Génie Africain et pour aborder les obstacles à notre épanouissement tout en restant résolument positif et optimiste, c’est notre originalité.

S.M. : Présentez-nous quelques thèmes abordés lors de ce colloque…

JPO : Après un brillant hommage rendu à nos ancêtres par le Pr Ama Mazama en guise d’ouverture de ce 7ème Colloque International Kamit Menaibuc 2010, la première journée du 9 fut celle de la conférence inaugurale du Pr Molefi Kete Asante portant sur le Génie Intellectuel des peuples panafricains. Les premiers hommes qui ont foulé le sol terrestre vers – 200 000 ans étaient Africains et le sont restés pendant plus de 180 000 ans. Toutes les inventions anciennes sont de leur fait, comme le confirme les recherches réalisées par les universitaires US Sally Mc Brearty et Allison S. Brooks. Ils ne doivent rien à personne car ils sont partis de rien.

La navigation, l’agriculture, la domestification des animaux, l’astronomie, la spiritualité, l’urbanisme, la famille, les mathématiques, etc. l’humanité actuelle leur doit beaucoup, l’inauguration de l’ère des sciences, des arts et des techniques, l’invention d’outils en fer, la construction des pyramides, l’écriture, etc… Toutes les traditions culturelles kamites d’hier et d’aujourd’hui (danses, instruments de musique, chants…) sont aussi des inventions. Après, nous pouvons encore citer les inventeurs et les savants noirs de l’époque contemporaine à qui nous devons l’invention des feux tricolores (Garrett Morgan), du filament de carbone de l’ampoule électrique (Lewis Latimer), etc…

Le samedi matin, si le pédagogue Cossi Gnanguenon a insisté sur la pertinence des NTIC en matière d’apprentissage en Afrique, Marie Bossou a surtout mis en avant l’intérêt d’apprendre les hiéroglyphes aux enfants. Paul Heutching et Jean Fonkoué ont souhaité par la suite aborder la question du développement et de l’invention dans un contexte culturel africain. En fin de matinée, Jean Charles Gomez est revenu sur les sources grecques du voyage d’études de Platon en Egypte et ses emprunts à l’Afrique noire de la période pharaonique, fait peu valorisé dans le cadre universitaire actuel qui préfère masquer la vérité. Jahi Kem, nous a gratifié dans la foulée, d’une présentation dynamique de l’origine africaine des arts martiaux dits, « arts guerriers », tandis que J Paul Mbeleck est revenu sur l’histoire de l’invention des mathématiques en Afrique noire avec des nouvelles données archéologiques. Puis, lors de mon intervention, j’ai voulu montrer différentes figures scientifiques du monde noir, de l’antiquité à nos jours. Saviez-vous par exemple de Peseshet (vers – 2 300 ans) était la première femme physicienne et médecin en chef de l’histoire universelle ?

Doumbi Fakoly

Les savants des Antilles, Raoul G. Nicolo et Guy Cornely ont été salués par Jean Jacques Seymour en début d’après-midi et c’est le juriste Nji Mfenjou qui a poursuivi en abordant la question de la sécurisation des inventions en Afrique. Peu après, Mubabinge Bilolo a voulu mettre en adéquation la vision civilisationnelle d’un peuple donné et ses inventions puis Tchibouela Makosso l’a rejoint en mettant l’accent sur la notion de paradigme en matière de démarche créative. Gilbert Yana Yana a de son côté mis l’accent sur les conséquences de l’aliénation culturelle sur l’inventeur kamit. Enfin le panel spiritualité a clôturé cette journée en mettant à l’honneur Ama Mazama sur la problématique de l’idéal spirituel africain et Doumbi Fakoly, sur la question des fondements religieux kamits en matière d’inventions.

Le dimanche matin dès 9h00, nous avons visité ensemble le département des antiquités égyptiennes du musée du Louvre avant d’entamer l’après-midi avec Kalamba Nsapo qui nous a présenté l’éthique kamite que l’on retrouve dans la démarche créative du « Créateur de tout ce qui est », à travers le texte pharaonique « Comment l’Existent vint à l’existence ? ».

La célèbre Eunice Barber, notre championne du monde de marraine a poursuivi en nous présentant les diverses facettes de sa future fondation. Ce fut un des grands moments du colloque.

Eunice Barber

Anatole Djoko nous a présenté ensuite ses initiatives en Afrique dans le domaine de l’immobilier à prix abordables. L’inventivité n’a pas de limites. Enfin, ce fut le tour de la dream team économique composée de François Ndengwe, Nicolas Agbohou et Yves E. Amaïzo, de revenir respectivement sur les traces juridiques de l’exclusion des Kamits de la sphère économique, la question de l’invention de la nouvelle monnaie africaine et celle de la dynamique de l’innovation au sein des communautés à faibles revenus.

S.M. : Comment expliquez-vous que toute l’histoire scientifique du monde panafricain ne soit pas enseignée à l’école ?

JPO : Vous parlez de l’école de Jules Ferry ? Il faut savoir que ce Ferry était un fervent activiste de la question coloniale. Son école reste encore fortement teintée d’idéologie coloniale. Dans les manuels actuels, les Africains apparaissent dans les chapitres relatifs à l’esclavage et la colonisation, voire le sida, c’est globalement tout. Nous nous devons de réagir face à cette « Crâpulocratie » académique vouée au racisme.

S.M. : Allez, on se donne tous rendez-vous l’an prochain en juillet 2011 pour le prochain colloque ?

JPO : Oui, et cette fois, nous prévoyons de rendre un vibrant hommage au grand Marcus Garvey. A bientôt, Hotep à tous…

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