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par MOD1 ©

 Publié le 23 janvier 2006

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Comment les amis de Finkielkraut voient les Antilles

Finkielkraut et les Antilles : boire et déboire

Comment les amis de  Finkielkraut voient les Antilles


- Vu sur primo-europe.org

Les amateurs de chasse à courre connaissent l’hallali. A l’issue d’une chasse barbare où chiens, chevaux et demi-humains ont poursuivi sans relâche un animal, celui-ci est exposé dans la cour du château. Les sonneurs donnent du cor.

Les « chasseurs » sont assemblés en demi-cercle autour de la dépouille de l’animal. Les chiens, une cinquantaine, les yeux injectés de sang, les crocs sortis, sont retenus à la voix par leur maître. Il suffit d’un mot, et la meute fond sur l’animal mort pour le dévorer sans autre forme de procès. De procès, cette petite chronique sera l’objet.

Un nouveau collectif, les « Fils et Filles d’Africains déportés », a déposé plainte devant tribunal correctionnel pour injure publique à l’encontre d’Alain Finkielkraut.

De par mon histoire, arrière petit-fils, petit-fils, et cousin de polytechniciens, j’avoue une aversion particulière pour l’école dont ils sont issus. J’ai, par ailleurs, eu la chance de me voir confié un micro à l’antenne d’Espace Fm, radio antillaise située à Clichy-la-Garenne, en compagnie de Franck Zami, animateur sportif de la station.

Dire que cela me permet d’écrire en tant qu’expert es qualité serait aller un peu vite en besogne. C’est en tant que citoyen libre, dans un pays encore libre, que je prends la parole. Je suis fatigué de toutes ces harangues qui se terminent au tribunal. Didier Bourdon a chanté « Onpeupuriendire ». Combien il avait raison ! Chacun sait que la situation économique des Antilles françaises est désastreuse, suite à des politiques inconsidérées, de droite ou de gauche. La situation des Antillais n’est guère enviable. Vivre au milieu des cocotiers est une image communément admise et fausse.

En dehors des zones touristiques, les Antilles semblent frappées d’un malheur inextinguible. Alcool, chômage, violence, exacerbation des tensions à des fins politiques ; le mélange est détonnant. Formés entre la rue Saint Guillaume et la rue de l’Université les politiques, vissés à leur tour d’ivoire, sont débarqués sur place, et commencent à "penser" leurs actions."

Ils décident que le meilleur moyen de pacifier les populations est de dépenser l’argent public. Comme si l’on avait affaire à des prétendus sauvages, dont au passage, on ne saurait trop rappeler que lesdits sauvages, aux XVIème, XVIIème siècles, n’étaient sauvages qu’à nos yeux.

Or, c’est de travail dont il était question, et pas d’aumône.

En relisant les minutes de l’entrevue d’Alain Finkielkraut, on ne peut que se rendre compte qu’il constate. Il constate un état de fait.

L’argent public est distribué aux Antilles, non dans un but d’insertion, mais pour calmer les passions, bouillonnantes dans cette partie du monde. Il n’est que de lire Confiant, Chamoiseau, Depêstre, Césaire, ces gens qui ont réinventé la langue, pour percevoir le reflet de sociétés multiples et singulières, traversées de soubresauts qui les font avancer.

Mais cela, on l’oublie un peu trop.

Alain Finfielkraut n’a pas voulu injurier les Antillais. Alain Finkielkraut est un bon bougre, un peu ronchon, qui dénonce ce qui l’emmerde. Et cette hystérie collective autour de Dieudonné lors de son voyages aux Antilles l’a emmerdé. Il l’a dit, le voilà presque déjà condamné, crucifié.

Pour un Juif, c’est cocasse. Quand, dans ce pays, pourrons-nous ouvertement dire ce qui nous agace sans avoir à subir les foudres du collectif des fils et filles de pervenches, du collectif des fils et filles de flics, du collectif des fils et filles de profs, du collectif des fils et filles de je ne sais quoi encore ?

Les « Fils et Filles d’Africains déportés » demandent donc réparation devant la justice. Alors, comme cela, ils ne sont plus Français ?

Ils demandent à la justice française de condamner un Français qui aurait tenu des propos injurieux sur les Africains ? Et l’injure, alors ? D’après le site génial Atilf, l’injure serait un « geste, un procédé, une parole ou un écrit adressés directement et délibérément à une personne pour l’offenser. »

On apprend donc par là qu’Alain Finkielkraut aurait voulu dé-li-bé-ré-ment-of-fen-ser les Antillais.

Est-ce offenser quelqu’un que de dire la vérité ? Foin des statistiques, elles sont disponibles à qui voudra les consulter : le pourcentage de personnes bénéficiant du revenu minimum d’insertion est largement supérieur à celui de la métropole. Le pourcentage de personnes au chômage à la Réunion, en Guadeloupe, en Martinique, est largement supérieur à celui de la métropole.

Que cette situation blesse les Antillais, cela ne peut être contesté. Moi aussi, j’aimerais qu’il n’en fût pas ainsi. C’est un fait. Contre les faits, souvent têtus, on ne peut rien, sauf à se retrousser les manches et décider une bonne fois pour toutes que la République a des devoirs aussi dans ses territoires d’outre-mer. Mais si personne ne constate que la situation est dramatique, si chacun se tait, comme cela devient trop de coutume de nos jours, qui s’élèvera contre ?

Qui demandera des comptes, du travail, et non plus l’obole ? Qui demandera qu’on rende leur fierté aux Réunionnais, aux Guadeloupéens, aux Martiniquais, aux Guyanais, aux Tahitiens ? Qui est le meilleur allié de ceux qui souffrent que celui qui dénonce un état de fait inadmissible ? Qui souffre avec eux ? Finkielkraut.

J’entends déjà d’ici, de ma petite chambre en sous pente, les intellectuels de gauche crier à la rhétorique fumeuse, au retournement d’arguments, à peine digne d’un première année en Capa.

Qu’ils aillent dans les endroits dont je parle. Pas Kourou, par Fort-de-France. Pas Saint-Barth’, ni Marie-Galante. Non. Enfoncez-vous dans les terres. Fuyez les belles plages. Vous verrez de quelle détresse je parle.

Les toits en tôle ondulée. Les cabanes de fortune. EN FRANCE !

Et l’on devrait se taire ? Je ne crois pas. Je crois au contraire qu’Alain Finkielkraut, en tant que penseur du réel et du présent, a raison de dire ce réel et ce présent, cet "ici et maintenant".

Que les Antillais comprennent que, bien loin d’avoir déniché un animal à abattre en la personne d’Alain Finkielkraut, ils ont là le plus fidèle de leurs amis, celui qui leur dit la vérité. Il ne doit pas être exécuté.

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