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Colloque International Kamit Menaibuc 2010

par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com

 Publié le 21 juillet 2008

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Complément d’enquête sur les agissements des occidentaux au Zimbabwé

Complément d’enquête sur les agissements des occidentaux au Zimbabwé

Complément d’enquête sur les agissements des occidentaux au Zimbabwé

Analyse d’Aubin NGWA ZANG L’auteur revient sur tous les accords imposés par l’Angleterre au Zimbabwe et le non-respect de ceux-ci, sans oublier les exterminations massives.

Il ne se passe plus une seule seconde sans que les médias occidentaux nous balancent des fadaises sur le président zimbabwéen Robert Mugabe. Les médias français, en tête de file, s’en donnent à cœur joie, des conférences sont organisées dans le pays et à travers le monde où le président zimbabwéen est dépeint comme un redoutable « dictateur », un « despote sanguinaire » à l’agonie, un « fou » furieux, un « oppresseur » du peuple ou encore comme un « assassin » des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Pourtant, ce violent sabotage occidental à l’égard du président Robert Mugabe serait probablement passé inaperçu et sans effet si une classe de « soi-disant » intellectuels et surtout de médias africains, incapables d’avoir une perception globale des sources réelles de la situation « transitoire » que vit le Zimbabwe aujourd’hui, ne répétaient en boucle toutes ces ignominies occidentales auprès des populations noires.

L’objectif de tout Etat digne de ce nom n’est-il pas de rechercher à porter toujours plus haut le niveau de vie de toutes ses populations sans exception ? Dans ce cas, serait-ce donc un crime si un chef d’Etat africain se fixe comme objectif de mettre en place les fondements d’une société juste et équitable ? Est-ce un crime si un chef d’Etat africain souhaite supprimer un système socio-économique dual hérité de la période coloniale et dominé par une minorité blanche ? Est-ce un crime si un chef d’Etat africain recherche l’amélioration du bien-être collectif de son peuple sans laisser personne au bord de la route ?

Bien sur, pour les occidentaux, tous ces questionnements sont absurdes dans le cadre d’une société africaine noire puisque par nature, nous sommes inaptes à tout progrès et surtout incapables d’accéder au bonheur par nous-mêmes. Dans le contexte du Zimbabwe, ils sont balayés du revers de la main et la réalité tronquée par les dirigeants et médias occidentaux qui ne reculent devant rien pour chercher à préserver les acquis et les privilèges de la minorité blanche du pays. Car pour les occidentaux : «  quelque soit l’endroit où il se trouve, le niveau de vie de l’homme blanc doit toujours demeurer supérieur à celui de l’homme noir ».

Alors au nom de quelle autorité et de quelle légitimité le président zimbabwéen Robert Mugabe ose-t-il défier cette loi de la nature leucoderme ?

Cette défiance courroucent les occidentaux, le président Robert Mugabe a commis une infamie, c’est un véritable affront ! Pour eux, le peuple zimbabwéen a pourtant déjà tout obtenu. D’indigènes au statut d’hommes libres, les zimbabwéens devraient se contenter de ce nouveau statut, au lieu d’en demander plus, c’est-à-dire une amélioration de leurs conditions de vie quotidienne où tout simplement le droit à une vie meilleure. L’avertissement de la minorité blanche et de leurs alliés au peuple noir est cinglante et sans équivoque :

Restez à votre place, ne touchez pas aux acquis de la minorité blanche ! C’est elle qui fait fonctionner le pays et c’est elle qui vous fait vivre. Sans elle, vous « crevez »...

Le président Mugabe devrait-il accepter ce chantage, au risque de reléguer à vie la population noire au statut d’indigènes et d’esclaves de la minorité blanche ? A mon avis, non. Et le cas de son voisin sud-africain est un cas d’école, où « Nelson Mandela » après avoir cédé au chantage des blancs et consolider leurs privilèges, assiste aujourd’hui impuissant à un déferlement de violence et de haine des populations sud-africaines noires, toujours aussi pauvres, à l’égard de leurs frères étrangers venus des pays voisins, conséquence logique d’une situation programmée et scellée plutôt par lui lors de l’accession du pays à l’indépendance. Le président Robert Mugabe a donc non seulement le droit mais aussi le devoir de ne pas répéter les mêmes erreurs et d’assurer une vie digne et épanouissante à toutes ses populations.

Le problème zimbabwéen n’est donc pas simple ou politique comme le présente les occidentaux. C’est un problème profond et complexe qui revêt une double dimension à la fois raciale et d’inéquité sociale, conséquence logique et automatique d’une société fondée ex ante sur la première dimension. Ainsi, pour comprendre la « situation transitoire » actuelle du Zimbabwe et surtout l’action courageuse entreprise par le président Robert Mugabe, il convient de se replacer dans le contexte historique qui a guidé la création de cette jeune nation. En effet, c’est seul cet « héritage historique » qui peut nous permettre d’appréhender la situation d’aujourd’hui et bien sur de se faire une idée sur le futur en s’y projetant. Toutefois, il ne s’agit pas ici de prolonger les tendances mais de mettre en évidence les limites et les incohérences d’un « modèle zimbabwéen » hérité de la Rhodésie coloniale qui perdure. La situation que vit le Zimbabwe aujourd’hui n’est que la concrétisation d’un système de domination qui n’est pas arrivé tout seul comme peut survenir un tremblement de terre ou un cyclone dévastateur. Mais, qui est la conséquence de choix géopolitiques bien précis. Puissant mécanisme de subordination et minutieusement programmé, ce système s’est noué en 2 actes.

Acte 1 : Le point de départ : 1888 – 1979, un héritage historique volé

Le 13 octobre 1888, le premier ministre de la colonie britannique du Cap, Cecil Rhodes s’arroge le droit exclusif et complet d’exploitation des minerais et métaux du royaume du Zambèze. Les autochtones s’y opposent, c’est le début d’une résistance qui va durer jusqu’en 1897 lorsque les blancs finiront par prendre le dessus en les repoussant et les embrigadant dans des « réserves indigènes » qu’on appellera plus tard « terres communales ». Dans la foulée, c’est la naissance d’une société duale fondée sur le principe de la hiérarchie des races : la Rhodésie qui deviendra Zimbabwe-Rhodésie en 1978 puis Zimbabwe en 1980 lors de l’accession du pays à l’indépendance.

La Rhodésie va être construite sur le sceau du principe racial tandis que ses mécanismes à la fois commercial et économique vont être développés et fondés sur le principe de la « triple appropriation » : appropriation des terres, appropriation de la main-œuvre et appropriation des ressources naturelles aux mains des autochtones noirs. Les noirs se voient ainsi exproprier et spolier de leurs ressources. Le pays est scindé en 2 parties inégales. D’un côté, on a la « société blanche » qui représente 1% de la population, c’est une société urbaine industrialisée, contrôlée par l’Etat et régie par le droit écrit, elle détient tous les pans de l’économie ainsi que l’agriculture commerciale. De l’autre côté, on a la société rurale, détentrice de l’agriculture communale et constituée des noirs, elle est régie par le droit coutumier et constitue le réservoir de main-œuvre de la société blanche.

Dans les premières années de la formation de la société, la mise en œuvre de ce système va être le résultat des décisions administratives de facto mais il sera très rapidement cristallisé en une série de dispositions législatives assurant l’application efficace. Plusieurs lois seront érigées mais 2 textes fondamentaux vont légiférer l’organisation et l’occupation de l’espace, c’est-à-dire le partage des terres entre blancs et noirs : le Land Apportionment Act de 1930 et le Land Tenure Act de 1969 qui restera en vigueur jusqu’en 1979.

Le Land Apportionment Act de 1930

Cette loi concède aux Noirs 22,4% des terres. Ce sont les « terres communales » ou encore les « réserves indigènes » dans lesquelles les noirs avaient été repoussés et parqués. Ce sont des terres improductives et érodées. Elles sont impropres à l’agriculture. L’idée des blancs à l’origine est de limiter l’accès des terres aux noirs pour éviter que ceux-ci développent une agriculture commerciale susceptible de concurrencer la leur et dans la foulée de les priver d’une main-œuvre abondante et gratuite.

Le Land Tenure Act de 1969

Subjugué par le régime d’Apartheid en vigueur chez son voisin sud-africain, le gouvernement blanc au pouvoir va instituer un modèle de séparation totale. 41,5% des terres vont être attribuée au Noirs. Toutefois, ce surplus de terres octroyé aux Noirs en dehors des réserves indigènes (19,1%) demeure toujours de bien mauvaise qualité puisque la région de plateaux au centre du pays, regroupant les zones minières et les zones de fortes potentialités agroécologiques, est exclusivement blanche !

En outre, cette loi interdisait toute propriété noire dans les villes qui étaient des zones blanches et retiraient aux autorités locales le pouvoir de créer des logements pour Noirs, elles devaient d’abord demander à ce que les terrains soient déclarés « African Township Area » par le gouvernement blanc. La définition de la notion de « ville » est d’ailleurs très particulière à cette époque, c’est une conception exclusivement blanche qui se décline comme suit dans les années 1960 : est considéré comme ville « tout centre comportant plus de 25 blancs, où les propriétés privées ont une superficie inférieure à 15 hectares et où au moins la moitié de la population adulte est employée dans les secteurs autres que l’agriculture ».

In fine, au cours de la période coloniale, le peuple Noir a vécu une véritable occupation et s’est vu non seulement exproprié de ses terres mais aussi spolié de ses richesses. Il a été parqué dans des « réserves indigènes » sur des terres improductives. Ses territoires n’avaient pas de ville, ni de réseaux de communication et, les populations n’avaient pas accès aux services essentiels et vivaient dans un dénuement total. C’est dans cet univers surréaliste que vont naître tous les mouvements de libération de l’époque dont le ZANU-FP de Robert Mugabe.

Robert Mugabe le nationaliste

A cette époque, plusieurs mouvements nationalistes vont voir le jour. Les plus significatifs seront le Zimbabwe African People Union (ZAPU de Joshua Nkomo) et le Zimbabwe African Union-Patriotic Front (ZANU-PF de Ndabaningi Sithole puis Robert Mugabe). Les revendications dans les deux camps sont semblables, à savoir : l’égalité raciale, le droit de vote des noirs et l’indépendance du pays. Toutefois, le mouvement de Robert Mugabe va ajouter une exigence supplémentaire, la rétrocession des terres spoliées au peuple Noir.

Fin 1963, les deux mouvements seront interdits et en 1964, Robert Mugabe sera arrêté et incarcéré pendant 10 ans. A sa sortie de prison en 1974, il ira prendre la tête de la lutte armée depuis le Mozambique. C’est le début d’une guérilla qui va conduire le gouvernement blanc de Ian Smith à rechercher des solutions de sortie de crise via une ruse qu’il organisera et qui débouchera sur les Accords de Salisbury le 3 mars 1978. Le ZAPU et le ZANU-PF de Robert Mugabe refusent d’y participer.

Les accords de Salisbury de 1978

Encore appelés accords internes, ces accords sont une véritable ruse pour continuer à entretenir les Noirs dans la confusion mentale. En gros, le droit de vote est reconnu aux noirs, une nouvelle constitution est votée. Tous les noirs de +18 vont désormais voter. La Rhodésie change de nom et devient Zimbabwe-Rhodésie. Le pouvoir exécutif sera géré par un collège exécutif de 4 membres : Ian Smith, Sithole, Muzorewa et Chirau. Un véritable conseil de prédateurs. Hors mis Ian Smith, fondateur du régime blanc raciste, les 3 autres se sont désolidarisés des mouvements que dirigent la guérilla de l’extérieur du pays, ils ont un goût pour le présent et souhaitent profiter de la vie quitte à faire des concessions au détriment de leur peuple.

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Références bibliographiques:

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