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par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com
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Complément d’information sur l’origine africaine de la monnaie
Lettre ouverte au Professeur Iba Der THIAM…
Cher Professeur Iba Der THIAM,
A l’occasion du lancement en France d’un ouvrage sur l’histoire de l’UMOA [1], vous avez le 20 juin 2000, prononcé un discours introductif visant à remercier tous les partenaires du projet, sans oublier le Comité historique, composé à vos côtés de Patrice KWAME, Daniel CABOU, Daniel CISSE, Abdoulaye DIAGNE, Saliou MBAYE, Guy POGNON, Moussa KONE, Emmanuel NANA, Bruno Sowo FOSSO et Théodore Gbokro BOWY.
Néanmoins, nous aimerions vous apporter des éclaircissements historiques sur la question de l’origine de la monnaie que vous faites remonter de façon inexacte, à l’époque grecque.
1- Extrait de votre allocution
Après avoir rappelé en des termes néanmoins feutrés, qu’à l’origine l’UMUOA a été fondée par le pouvoir colonial pour répondre exclusivement aux besoins financiers des établissements français visant la captation des richesses africaines, vous avez ajouté ceci :
« Depuis 2.500 ans, au moins, sur la foi des idées d’Aristode, le monde a découvert que le fait monétaire était, aussi, un phénomène social. Son rôle, en tant qu’instrument d’union entre les peuples reliés par des échanges commerciaux, a été souligné sous toutes les latitudes.
Ce fut le cas lorsque Athènes, triomphant sur la Perse, fonda la Ligue Attico-délienne ayant pour pôle d’impulsion Délos et entreprit de substituer sa monnaie, les chouettes aux autres monnayages préexistants. Des confédérations se constituèrent par entente directe entre les cités et bourgeonnèrent comme champignon sous la pluie : Confédération Béotienne, Ligue Chalcidienne, Ligue Achéenne, etc., etc... Le mouvement que voilà connut une telle ampleur que, sous le règne de Philippe de Macédoine, la statère d’or à l’effigie d’Appolon avait encore cours sur tous les marchés y compris en Gaule, où cet usage perdurera, d’ailleurs, jusqu’à la conquête romaine.
C’est que, de tout temps et en tous lieux, la diffusion d’une espèce monétaire unique a toujours été la conséquence logique, d’un système économique perçu comme suffisamment fort, efficace et fiable, au point d’inspirer confiance à tous. Elle est toujours consubstantielle à une prospérité vécue, connue et reconnue.
C’est cela, au demeurant, qui explique l’extraordinaire fortune que le "Napoléon" connut en Orient et même en Extrême-Orient, la popularité et la vitalité des "Louis", la diffusion spatiale du Florin, de Florence, depuis le XIIIème siècle, celle du dollar mexicain jusqu’en Asie, la pénétration du franc CFA dans toutes les ex-colonies anglophones, lusophones, hispanophones et même arabophones et, plus près de nous, la position universelle de la Livre Sterling, du Yen, du Deutsch-Mark ou du dollar américain.
Mais, allons plus loin ! La monnaie n’est pas seulement un instrument fiscal pour les membres du Comité historique que je représente. Elle a, aussi, été dans l’histoire des peuples, un instrument politique et un moyen permettant d’agir sur la conjoncture économique et sur l’évolution des sociétés. L’Union monétaire Latine constituée entre 1865 et 1885 par la France, l’Italie, la Belgique et la Suisse n’exprime-t-elle pas, suffisamment, une volonté d’entretenir des rapports systématiques reposants sur un "commun vouloir de vie commune" et sur un désir d’unité culturelle et, peut-être politique.
Eh bien, Monsieur le Président, Monsieur le Gouverneur, Mesdames et Messieurs, en Afrique aussi, les coquillages, les cauris, les margelles, les rondelles d’Achantine, les conus, les monnaies de fer, de cuivre, l’or, le sel, les étoffes, les noix de cola ont tous, à des degrés, il est vrai, divers joué le même rôle et la même fonction, que ce soit à Axoum, en Afrique Orientale, à Tombouctou ou Djenné, au Congo, au Katanga ou en Angola, dans le Golf de Guinée ou sur les rivages atlantiques.
Mieux, les commentaires faits par Evans sur les poids Minoens démontrent, avec éclat et originalité, que les anneaux d’or de Mycènes, ceux d’Egypte, les bijoux de métal découverts en Crète, ceux recueillis à Enkomi, à Chypre ont tous, peu ou prou, assumé les symbolismes à bien des égards, voisins.
Ce sont, précisément, tous ces précédents historiques qui fondent, justifient et inspirent le travail du Comité historique, un comité historique dans lequel banquiers, économistes, historiens, archivistes, chercheurs, témoins, décideurs mêmes, ont coopéré dans une synergie parfaite et une osmose, pour ainsi dire, fusionnelle, pendant quatre longues années.
Le résultat est là sous vos yeux. Il reconstitue les éléments épars d’un puzzle qui commence à l’aube des temps antiques, place de l’Afrique dans la géopolitique mondiale, reconstitue ses périodes de prospérité et de gloire, sa rencontre avec l’Europe, l’Asie, les Amériques, situe l’introduction de l’écu au Sénégal en 1820, restitue sa lutte contre les monnaies locales, la naissance d’une zone où circule le franc et retrace les péripéties multiples qui ont jalonné son parcours jusqu’à la création de l’UEMOA, au lendemain de la dévaluation de 1994.
Evidemment, toutes les étapes de ce combat exaltant, tous les protagonistes de ces heures glorieuses, toutes les figures marquantes, toutes les idées débattues, tous les schémas envisagés, tous les succès, toutes les difficultés, le Comité historique, composé de Patrice KWAME, Daniel CABOU, Daniel CISSE, Abdoulaye DIAGNE, Saliou MBAYE, Guy POGNON, Moussa KONE, Emmanuel NANA, Bruno Sowo FOSSO, Théodore Gbokro BOWY et votre serviteur, les a systématiquement et minutieusement répertoriés, pour donner à chaque fait ? à chaque événement, à chaque décision, à chaque personnalité, la place qu’il mérite. Il lui a semblé en effet, que l’itinéraire parcouru est d’une telle exemplarité qu’il devait être mieux connu, des décideurs, des chercheurs, des étudiants, des cadres et des peuples africains surtout, à l’heure des défis et des espérances, en raison, notamment, des enseignements inestimables qu’il renferme.
Je n’en retiendrais que deux qui me permettront de conclure. A l’heure où l’Afrique cherche encore sa voie, pour prendre son destin en main, afin de se "reposséder", selon la belle formule de Frédérico MAYOR, j’emprunte le 1er enseignement à Columelle, cet écrivain Latin du 1er siècle qui enseignait à ses disciples que "pour agir, il faut d’abord savoir, il faut ensuite vouloir, il faut enfin pouvoir ".
[1] Union Monétaire Ouest Africaine












