Vous êtes ici: Accueil » Diaspora Africaine

Découvrez le nouvel espace Menaibuc à Paris

par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com

 Publié le 23 mai 2007

5415 visites
8 réactions

 Commentez cet article

afficher une version imprimable de cet article Version imprimable

Connaissez-vous Eugène Bassière ?

Le bassin caribéen et sud-américain a vu germer de nombreux savants et inventeurs noirs. Il est dommage qu’ils demeurent encore aujourd’hui, de parfaitement inconnus.

Connaissez-vous Eugène Bassière ?

1- Généralités :

Les foires ou expositions coloniales (véritables zoos humains du début du siècle) sont considérées comme l’apothéose d’une idéologie coloniale occidentale prônant la « White Supremacy » et couvrant sa honte du manteau labellisé « œuvre civilisatrice » pour mieux «  déciviliser » les peuples conquis par la force des armes et la fourberie biblique.

Ces manifestations inhumaines excitaient considérablement l’imaginaire européen qui y voyait une nouvelle preuve de la supériorité intellectuelle de l’homme blanc sur les non-blancs. En lieu et place du zoo de Vincennes actuel, on y organisa par exemple en 1931, la dernière exposition coloniale dont on cache encore l’existence des « pavillons » de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane, de la Réunion, de la Nouvelle Calédonie et des autres contrées d’Afrique.

A cette époque, si les théories racistes de l’époque des Lumièreétaient encore largement admises, les choses étaient totalement différentes dans les faits.

2- Des faits concrets :

Dès 1850, les théories racistes auraient déjà du être annihilées en Europe, pour les raisons suivantes :

- Des Noirs occupaient des postes à responsabilités dans une large palette de domaines scientifiques. Prenons Norbert Rillieux (1806-1894). Originaire de la Nouvelle Orléans où il ne pouvait aller à l’école en raison de la ségrégation, ses parents l’envoyèrent en France pour y poursuivre ses études. Il devint ingénieur, enseigna à l’Ecole Centrale (la prestigieuse école de mathématique de Paris) et en devint même le directeur. On lui doit l’invention du procédé de raffinage du sucre par évaporation, méthode encore utilisée aujourd’hui.

- Le biologiste, physiologiste et zoologiste Noir Ernest Just (1859-1941), spécialiste de l’embryologie expérimentale, a travaillé dans les années 1920 dans divers laboratoires européens (Allemagne, Italie). Il fut sélectionné parmi les meilleurs spécialistes du monde par les Allemands, pour étudier la cellule humaine. En 1930, il donna une brillante conférence à la 11ème assemblée internationale des zoologistes organisée à Padoue en Italie.

- James Forten Sr (1766-1842) améliora lui de façon significative la voilure des bateaux afin d’en améliorer leur utilisation en mer. Il amassa ainsi une fortune qu’il consacra à sa communauté.

- Jean François Champollion ayant déchiffré les hiéroglyphes, on pouvait donc confirmer enfin les dires des Grecs anciens qui affirmaient que les Egyptiens avaient la peau noire et les cheveux crépus. De plus, les termes utilisés par les Egyptiens eux-mêmes, à savoir Kamit, Kemtiou, Kemmiou signifiant explicitement « les Noirs », ne laissent planer aucun doute sur leur ascendance négro-africaine.

3- Venons-en à Eugène Bassière :

C’est dans cette atmosphère idéologique que le Jeune Eugène Bassière, né en Guyane française en 1871, va poursuivre ses études à Montpellier, à la Faculté des Sciences et à l’Ecole Nationale d’agriculture. Son diplôme d’ingénieur agricole en poche, il revint en Guyane à 23 ans et obtint son premier poste de directeur fondateur du jardin d’essais de Baduel en 1894.

En 1900, à l’occasion de l’Exposition Universelle, il assume la responsabilité de Commissaire Adjoint pour la Guyane. Nommé par la suite inspecteur en agriculture, il quitte la Guyane en 1911 pour la Martinique où il réorganise la production agricole. Il y resta jusqu’à sa mort en 1931. [1].

Ses titres professionnels sont élogieux : Inspecteur première classe en 1912 puis directeur d’agriculture en 1921, il organise en août 1926 le premier concours agricole de la Martinique et développe de nouvelles méthodes de formation et de stimulation.

En 1927 [2], il est nommé ingénieur en chef et reçoit officiellement deux grandes distinctions :

-  La Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur,

-  La Croix d’Officier de l’Académie et du Mérite Agricole.

Esprit scientifique en éveil, il invente divers traitements pour lutter contre les maladies parasitaires, développe la phyto-génétique (seedlings à partir de la canne à sucre) et s’intéresse de près à l’industrie alimentaire naturelle.

Soucieux de transmettre son savoir, il enseigne au lycée de Fort-de-France et au Cours Normal d’instituteurs. Enfin, il se charge aussi d’administrer le service des Eaux et Forêts.

Que reste-il aujourd’hui du souvenir de ce grand savant ? Il en est de même pour le Guadeloupéen Raoul G. Nicolo ? [3] Chaque année, on organise la semaine de la science dans toutes les écoles dommiennes et nos propres inventeurs sont passés sous silence. Telle est la résultante de l’inconscience.

Qui, mise à part nous mêmes, a le devoir de valoriser nos grands hommes et nos grandes femmes ?

GIF - 29.5 ko
Afrique pillage à tout prix

Un livre à lire absolument

Commentez cet article

Lire les commentaires (8)

Références bibliographiques:

[1] Source : Encyclopédie Désormeaux, tome 1, page 320

[2] 4 ans avant la dernière exposition coloniale de 1931 à Vincennes

[3] Saluons une nouvelle fois la ville du Gosier qui en 2006, a rendu un brillant hommage médiatique à ce savant

Rechercher


Apprendre et découvrir