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Découvrez le mois de l’Afrique en Guadeloupe en février

par Franck Nyalendo ©

 Publié le 5 mars 2010

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Dumas, génie français, génie haïtien

"L’autre Dumas"

Dumas, génie français, génie haïtien

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Par Franck Nyalendo

On connaissait la thèse du prétendu esclavage des “ Hébreux ” à Kémet, popularisé par le film “ Les dix commandements ”. On a assisté effaré il y a quelques années, au discours sur “ la traite intra-africaine ” développé par Olivier Pétré-Grenouilleau. Aujourd’hui, voilà encore une supercherie à l’œuvre avec, dans le rôle de boute feu, non plus Hollywood de l’époque de la ségrégation, mais un cinéma français bien contemporain. L’idée est la suivante : Le génie afro-français Alexandre Dumas (1802-1870), serait lui-même un “ esclavagiste ”, puisqu’il aurait acquis sa réputation littéraire sur le dos d’un collaborateur occulte, Maquet, celui-ci étant un vrai “ nègre ” au sens littéraire du terme. C’est infâme comme d’habitude, c’est d’une malhonnêteté absolue comme toujours !

Il y a quelques semaines, je me promène sur les Champs-Elysées et je tombe sur une affiche de film. Ah oui… Je dois vous préciser que je ne lis plus la presse, et je ne regarde plus la télévision, donc je suis parfois surpris par l’actualité, qui vient à moi de façon inattendue. L’affiche informe sur un long métrage concernant Alexandre Dumas, réalisé par Safy Nebbou (sortie en salle le 10 février 2010) avec Gérard Depardieu et Benoît Poolevorde. L’ancien interprète de “Jean de Florette” apparaît sur l’image, avec un sacré brushing et un embonpoint comparable à celui de l’auteur des “ trois mousquetaires ” à la fin de sa vie. J’aime bien Depardieu, mais Dumas, c’est quand même un petit-fils d’haïtienne, un petit fils de Jérémie (localité de Saint-Domingue). Il avait les cheveux bouclés, presque crépus et le teint basané.

Pourquoi choisir le blond Depardieu pour incarner cet autre monstre sacré ? Je lis le titre, “ L’autre Dumas ” et sans avoir lu le scénario, je devine que le propos est le suivant :

montrer que le “ Nègre ” dans cette affaire, n’est pas celui qu’on croit.

Que veut-on dire par là ? Que c’est essentiellement Auguste Maquet, l’un des collaborateurs du romancier, qui serait l’auteur de l’essentiel de l’œuvre attribué au franco-haïtien. Il faut savoir qu’Alexandre Dumas, que l’on connaît comme romancier historique, en oubliant que c’était aussi un auteur de théâtre, a aussi écrit des récits de voyages. C’est l’écrivain le plus prolifique du XIXème siècle. On lui attribue environ 300 oeuvres. De ce fait, il avait forcément des collaborateurs.

Un cynisme incroyable

Il est tout à fait cynique aujourd’hui en 2010, de continuer à qualifier un rédacteur secret qui fait exister une œuvre et dont le nom ne figure pas sur la 1ère de couverture, de “ nègre ”. Le “ Nègre ” serait celui qui travaille dans l’arrière-boutique. C’est bien évidemment un héritage de l’esclavage des Africains sous le régime de la domination blanche, un malheureux vestige du passé. Le fait que ce terme soit encore utilisé par l’intelligentsia française caucasienne, avec un plaisir non dissimulé, prouve que cette élite autoproclamée, puise ses références dans cette période peu reluisante de notre histoire commune.

Le président Chirac (qu’on n’y voit de ma part aucune admiration spécifique pour l’homme) avait pourtant rendu hommage à l’écrivain avec brio et emphase lors de l’entrée de sa dépouille au panthéon le 30 novembre 2002 : “Fils de mulâtre, sang mêlé de bleu et de noir, Alexandre Dumas doit alors affronter les regards d’une société française qui pour ne plus être une société d’Ancien Régime, demeure encore une société de castes. Elle lui fera grief de tout : son teint bistre, ses cheveux crépus… sa folle prodigalité aussi. Certains de ses contemporains iront même jusqu’à lui contester la paternité d’une œuvre étourdissante et son inépuisable fécondité littéraire qui tient du prodige.

De tout cela, Dumas n’aura que faire. Force de la littérature, force de la nature… A l’image de son auteur, l’œuvre immense d’Alexandre Dumas est un fleuve indompté que rien ne vient soumettre.”

Comme plus tard le prix Goncourt 1921, le guyanais René Maran au lumineux teint osirien et récemment Marie Ndiaye en 2009 (sommée de façon peu équivoque par un homme politique “ d’écrire et de fermer sa gueule ” - c’est moi qui traduit dans un langage pouvant être compris par tout le monde, j’assume la subjectivité de cette traduction fondée sur mon ressenti), Alexandre Dumas fut attaqué par des chroniqueurs avides de scandale. Ainsi, Eugène de Mirecourt (1845), véritable pipelette assassine, à la langue acide aussi cruelle que celle des frères Goncourt, qui affirmait que Dumas était un chef d’entreprise cynique à la tête d’une “ fabrique de romans ” où des “ nègres ” (l’insulte, toujours et encore), trimaient dans les sous-sols. L’excentrique franco haïtien étant uniquement là pour récolter les lauriers. Dumas ayant porté plainte, Mirecourt écopa de quinze jours de prison et d’une amende.

Osons tout de même une question : Quand on va manger chez Alain Ducasse, c’est à dire quand on revient le soir chez soi, en sortant du restaurant, on dit : “ j’ai été manger chez Ducasse ” ou chez je ne sais quel obscur cuistot, fut-il son bras droit trônant en cuisine ?

Un exécutant, même talentueux, reste un exécutant. Quand on voit un bon film “Lumumba ” de Raoul Peck, ou “ Sankofa ” de Haïlé Gerima, on retient le nom du réalisateur ou du directeur de la photographie ?

Enfin, pour en finir avec Maquet, notons que celui-ci publia deux livres sous son propre nom, lesquels n’eurent aucun succès. Sans doute manquait-il à des récits bien concoctés, un peu d’épices pour relever une sauce bien fade. Et Dumas qui publia à son heure son fameux dictionnaire de cuisine, réédité il y a quelques années, s’y connaissait en matière de sauce.

Il y a quelques années Calixthe Beyala et Luc Saint Eloy faisaient une intrusion remarquée en plein milieu de la cérémonie des Césars. Ils dénonçaient, en lisant un texte préparé à l’avance, la ghettoïsation du cinéma français, les réalisateurs niant l’existence de la France véritable et préférant évoquer exclusivement, les fantasmes, les espoirs, les peurs, les galères, d’une seule ethnie, l’ethnie caucasienne francophone et parisienne. Ce ne serait d’ailleurs pas faire une entorse à notre vision afrocentrique que de dire que faire distribuer sur tout le territoire français, un film tourné à Colmar en langue alsacienne (même sous-titré en français) ou à Quimper, avec des dialogues en breton, relèverait de l’exploit.

Dans ces conditions, où est la diversité, la culture… la vie telle qu’elle est réellement ?

L’admiration sincère des hommes honnêtes

Quant à imaginer un film martiniquais en créole à l’affiche pendant un mois dans les grandes salles de tout l’hexagone, il faut bien avoir à l’esprit, l’idée selon laquelle l’atterrissage d’une soucoupe volante sur l’avenue des Champs Elysées, serait beaucoup plus probable. Et j’irai même plus loin. J’imagine comme beaucoup plus vraisemblable, l’hypothèse que l’un des petits hommes verts sorte de sa phénoménale capsule pour aller se commander un Big Mac chez Mac Donald’s. Mais bon, arrêtons un peu avec cette ironie facile qui est un mal français. Souvenons-nous qu’être afrocentrique, c’est être victorieux. Justement, le cinéma français, ce n’est pas la France. La France c’est aussi le livre de Gilles Henry (un généalogiste normand) paru en 1999, sur les Dumas et Monte Cristo (éditions France Empire). L’auteur mettait vraiment en valeur l’originalité de cette famille (un général et deux écrivains), tout en mettant en exergue les racines diverses (africaine, européenne) des trois Dumas.

Dominique Fernandez, un grand homme de lettres français, Prix Goncourt (la Main de l’Ange), Prix Médicis (Porporino ou les mystères de Naples) mettait lui aussi la main à la pâte la même année, en évoquant toutes les muses de l’auteur de “ Vingt après ” dont la muse noire : “Entre tous les romantiques épris de liberté, entre tous les justiciers qui dénoncent les abus, Dumas se distingue par une propriété qui n’appartient qu’à lui seul : le sang mêlé. Premiers de nos “ écrivains francophones ”, il apporte avec lui quelque-chose d’entièrement nouveau dans la culture française… sans l’ascendance nègre, ne s’expliquent ni la formidable puissance vitale du romancier, ni le don de s’assimiler les cultures étrangères… ni la propension à s’attacher, lui que fascinent apparemment “ les grands ” de ce monde, au destin des originaux, des marginaux. Critique du pouvoir et de l’argent, sensibilité aux différences :la gloire de Dumas repose sur ces deux traits, qui le font aimer aux quatre coins du monde. ” (D. Fernandez, “Les Douze Muses d’Alexandre Dumas”, Grasset 1999).

On ne peut rêver d’un plus bel hommage d’un homme de lettres à l’un de ses illustres devanciers !

Enfin, last but not least, un autre auteur, cette fois de la Caraïbe, le normalien Claude Ribbe, se veut aujourd’hui le grand défenseur du premier des Dumas, le général, père de l’auteur des “Trois Mousquetaires”.

Artisan de la campagne d’Egypte, ce héros franco-africain, refusa tout net la proposition de Bonaparte d’aller à Saint-Domingue combattre ses frères noirs, lesquels avec Toussaint Louverture, Dessalines, avaient décidé d’en finir avec le régime de la suprématie blanche. Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie (1762-1806) dit le général Dumas, répondit à Bonaparte : “ Je n’irai pas faire porter le déshonneur à des hommes de ma race ”.

Honneur et respect pour Haïti. Honneur et respect pour Dumas, le génie littéraire gallo-nubien !

Franck Nyalendo

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