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ESCLAVAGE ET MEMOIRE
Bilan du colloque et des cérémonies du 10 juin 2006 en Guyane
CERCLE D’INITIATIVES POUR L’AFRIQUE (CE.DI.PA.)
COLLECTIF DES ARTISTES PLASTICIENS (C.A.P.)
« ESCLAVAGE ET MEMOIRE »
COLLOQUE INTERNATIONAL DU 10 JUIN 2006 EX¨POSITION DU 10 AU 25 JUIN 2006
MAIRIE DE REMIRE-MONTJOLY (GUYANE)
Le 10 juin 1948, l’abolition de l’esclavage fut enfin décrétée en Guyane française. Cette date, davantage que le 10 mai officiel instauré par la République française, demeure dans la vie de chaque Guyanais, un jalon de son histoire individuelle et/ou collective. Mais que sait-il vraiment de cette histoire ? La plupart du temps, rien d’autre que ce qu’il a appris à l’école du colonisateur. Le CEDIPA et le CAP ont tenté conjointement et modestement par l’organisation de ces manifestations, d’apporter leur pierre à l’édification d’un monument : la restauration de la vérité historique par l’élaboration d’un discours épuré de poncifs et d’a priori.
LES ORGANISATEURS
Le CERCLE D’INITIATIVES POUR L’AFRIQUE (CE.DI.PA.) dont les objectifs sont entre autres « de défendre la mémoire des esclaves et l’honneur de leurs descendants [...] et de promouvoir et de défendre l’histoire [...] par la restitution du patrimoine mémoriel des Africains et de la diaspora issue de l’esclavage ... »
Le COLLECTIF DES ARTISTES PLASTICIENS (C.A.P.) dont les objectifs sont notamment d’insuffler une dynamique aux arts et aux artistes en Guyane et de participer à toute manifestation à vocation culturelle en partenariat avec d’autres artistes ou d’autres associations.
LES OBJECTIFS DU COLLOQUE
S’inscrivant dans l’esprit du CPME (Comité Pour la Mémoire de l’Esclavage) institué par décret du 21 mai 2001, la démarche du CE.DI.PA. à laquelle s’est associé avec enthousiasme le COLLECTIF DES ARTISTES PLASTICIEN S (CAP), était d’offrir à la population guyanaise un espace de rencontre placé sous l’égide de l’esprit citoyen du « vivre ensemble » conjuguant rigueur scientifique, information - voire formation -, dialogue fructueux, et émotion (participation des artistes).
En effet, malgré les recherches remarquables effectuées depuis de nombreuses années par les historiens, anthropologues, ethnologues, sociologues, statisticiens, démographes ... et la publication de leurs travaux sur la traite transatlantique, l’esclavage et l’abolition, ces évènements marquants de l’histoire de l’humanité toute entière demeurent comme autant de trous de mémoire dans la conscience collective ayant entraîné la mise en place de mythes compensatoires et même une « ethnicisation de la mémoire ». Les sciences humaines s’attachant à ces problématiques ont donc un devoir, celui de transmettre et de restituer l’histoire dans la rigueur et la sérénité la plus absolues.
LES CONTRIBUTEURS
Par ailleurs, la restitution de l’histoire dans cette optique, compte tenu de la diversité des mémoires de l’esclavage impose aujourd’hui de tenir compte des mémoires différenciées de l’esclavage, d’où l’obligation - nous semblait-il - de convoquer à ce colloque les représentants non seulement des différentes sciences humaines mais aussi en provenance d’horizons divers.
De même, le niveau des conférences n’étant pas forcément accessible à l’ensemble de la population (maîtrise de concepts par exemple), notamment des jeunes, l’intervention des plasticiens était cruciale tant l’artiste - par le pouvoir évocateur du trait, de la forme et de la couleur - a cette capacité de dire et de toucher par l’émotion.
On notera que les horizons culturels multiples d’où sont issus les artistes du C.A.P. sont particulièrement représentatifs de l’hétérogénéité de la société guyanaise et - outre un bel exemple d’unité fraternelle dans la différence malgré le passé -, ce point capital nous a permis de présenter une exposition émotionnellement très forte car teintée de toutes les sensibilités.
LES CONFERENCIERS :
BWEMBA BONG, enseignant-chercheur en Histoire et en Anthropologie, membre du Cercle SAMORY (France), Cercle de Réflexion sur la Culture Africaine pour la Renaissance du Peuple Noir, a développé le thème des « razzias négrières transatlantiques ».
Marcel DOYE, Capitaine boni de Maripa-Soula a rapporté dans son témoignage la mémoire orale des Bushinengué « Paroles des Anciens ».
Salomon EMANUELS, Saramaka, historien et professeur à l’Université de Paramaribo (Surinam) est intervenu sur la « Mémoire de l’esclavage chez les Saramaka »
Jean-Pierre HO CHOUNG TEN, historien guyanais, Principal Honoraire du Collège Auguste Dédé à REMIRE-MONTJOLY (GUYANE) a parlé de « Victor Hugues et du rétablissement de l’esclavage en Guyane ».
Jean MOOMOU, doctorant et chercheur en Histoire boni s’est interrogé : « Que reste-t-il de la mémoire de l’esclavage chez les boni des rives du fleuve Maroni ? »
Jean-Philippe OMOTUNDE, enseignant-chercheur en Histoire et en Egyptologie à l’Institut AFRICAMAAT (Paris) a développé « Le sens de la lutte contre la falsification de l’historiographie des razzias négrières et de l’esclavage ».
Alain MICHEL, cinéaste guyanais a présenté son court métrage intitulé : « Guyane - Dernière Colonie en Amérique du Sud ».
LES ARTISTES :
Henri ABONNENC (sculpture) ;
Arnaud ALEXIS (peinture) ;
Annick AUGUSTE-ETIENNE, (peinture) ;
Patrick BARTHELERY, (peinture) ;
Guy BENTH, (sculpture) ;
Marcellin BENTZ, (peinture) ;
Emmanuel BERNARD, (peinture) ;
Denny CABOELOFODO, (composition) ;
Fabienne CATILLION, (sculpture) ;
Alain CORDIER, (photographie) ;
Olivia DEBYSER, (peinture) ;
Alphonse DELICE, (peinture) ;
Robert DIOP, (peinture) ;
Rémi DOUCHAN, (sculpture) ;
Diane FELIX, (peinture) ;
Paul FERNANDEZ, (peinture) ;
Patrick LAFRONTIERE, (composition) ;
Anne LE GORJU, (peinture) ;
Ronan LIETARD, (photographie) ;
Fabrice LOVAL, (peinture) ;
Dominique MARTIN, (peinture) ;
Didd METEZO, (maquette) ;
Iznar MONIER, (sculpture) ;
Claude PERROT, (céramique) ;
Djalmal SANTOS, (sculpture) ;
La Classe de CM2 de Nora MADELEINE (école Samuel Chambaud - Cayenne) présentait 400 ans d’histoire de l’esclavage sur une fresque de 20 mètres de long.
Les élèves de la section « CAP PETITE ENFANCE » du GRETA Centre-Est de Cayenne exposaient leurs poupées et marionnettes sur le thème de l’esclavage.
Elie STEPHENSON, poète et écrivain guyanais a confié aux élèves de la classe de CM2 de l’école Samuel CHAMBAUD, le soin de dire le poème écrit pour l’occasion.
NEG’MARRONS, groupe musical guyanais a animé la soirée du vernissage par l’interprétation de ses propres textes mis en musique.
QUE RETENIR DE CES MANIFESTATIONS DU 10 JUIN 2006 ?
La vocation du colloque sous sa forme plurielle était de toucher le public le plus large possible afin que du directeur de société à l’ouvrier en passant par le cadre, de l’enseignant au scolaire en passant par l’étudiant, sans oublier le demandeur d’emploi ou encore celui dont les études furent brèves, chacun puisse retirer quelque chose.
En effet, comme l’a souligné Lawoetey-Pierre AJAVON, président du CERCLE D’INITIATIVES POUR L’AFRIQUE, lors de son discours d’ouverture : « Le thème retenu pour ce colloque est donc « ESCLAVAGE ET MEMOIRE ». Tout au long de cette journée, nous entendrons parler d’esclavage et de mémoire. Les deux sont indissociables, car évidemment, pour retenir, pour garder en mémoire, il faut SAVOIR. Or, ce n’est un secret pour personne, pseudo scientifiques de tout crin montent à l’assaut des mémoires à grand renfort d’ouvrages et de propos négationnistes et révisionnistes insultant la mémoire de nos ancêtres.
Dès lors, le thème de ce colloque étant très large et ouvert, certains de nos conférenciers ont particulièrement axé leur intervention sur le démontage de ces thèses révisionnistes : Il s’agit de lutter d’abord pour la Vérité. C’est pourquoi, une grande place a été laissée aux débats et discussions pour permettre à chacune et à chacun de s’exprimer ; la parole nous appartient, VOUS appartient, car les scientifiques quelle que soit la qualité de leurs travaux, ne pourront rien sans le relais que vous êtes.
Il n’y aura aucune question dérangeante ; nous devons pouvoir parler de tout, nos conférenciers y tiennent ; certains sont venus de bien loin, spécialement pour ça. C’est une des conditions incontournables au rétablissement de la mémoire et de la construction de l’humanité nouvelle qui passe avant tout par le dialogue des mémoires ».
C’est ainsi qu’effectivement, une large place fut laissée aux débats et à la discussion à l’issue de l’intervention de chacun des conférenciers. En tant qu’enseignants, ces derniers surent mettre à profit leurs expériences pédagogiques et le public présent - galvanisé par la qualité des conférenciers et la richesse de leurs interventions - participa aux débats au-delà de toute attente, donnant fort à faire aux modératrices et modérateurs.
Le film d’Alain MICHEL, cinéaste guyanais engagé également dans le rétablissement de la vérité historique, vint enfin faire le juste lien entre scientifiques et artistes. Bien sûr, les problèmes techniques qui vinrent retarder la diffusion de son excellent film sont à déplorer puisqu’ils l’amputèrent des débats qui n’auraient pas manqué de suivre. Mais, respect du sommeil des « ti moun » (des enfants) qui devaient se produire ensuite OBLIGE, ces discussions furent ajournées. Une re-diffusion de ce film pourra toujours avoir lieu en présence de l’auteur-réalisateur et donnera aux Guyanais l’occasion de prolonger le traitement « anti-amnésie ».
La soirée s’est terminée tardivement après le vernissage d’une exposition prestigieuse et de qualité qui a drainé un public important.
Aucune.










