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par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com

 Publié le 15 juillet 2007

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Envoyé spécial de France 2, c’est : des Bons Nègres, des Brutes Nègres et des Truands Leucodermes ! ».

Le 24 mai 2007, France 2 proposait à ses téléspectateurs, un reportage intitulé « Noires mémoires » : bilan !

Envoyé spécial de France 2, c’est : des Bons Nègres, des Brutes Nègres et des Truands Leucodermes ! ».

Le jeudi 24 mai dernier, la chaîne de télévision France 2 proposait à ses téléspectateurs, dans le cadre de l’émission « Envoyé Spécial », un reportage centré sur les Afro-français, portant le titre de « Noires mémoires » décliné sous l’appellation « Identité noire »..

Bâclé par Jean-Pierre Métivet et Pascal Stelletta, ce pseudo-reportage fut présenté au public de la façon suivante : «  Tout le monde l’admet en France : les discriminations sont bien réelles et elles touchent, notamment, les noirs. Existe-t-il pour autant une question noire, un mouvement noir, une identité de groupe forgée uniquement sur la couleur de la peau ? Enquête auprès de ceux qui, les premiers, ont su mobiliser dans la rue autour de ces questions. Leur réponse : ce n’est pas une question de couleur, c’est une question de racines... Sous-titrage télétexte, France 2 ».

A vrai dire, ce document vidéo pourrait bien s’intituler « Diviser les Nègres pour mieux régner » ou comme le suggère le site des Ogres « Les bons, les brutes et les truands ». Mais qui sont vraiment les truands d’après vous ?

Encore une fois, la télévision française fait une magistrale démonstration de la légèreté de son analyse socio-historique, de son manque d’objectivité et de ses réflexes naturels aux stéréotypes.

Encore une fois, elle fait aussi la magistrale démonstration de son manque d’objectivité, c’est-à-dire de son attachement à certaines chapelles qui oxydent sa vision des problématiques sociales. Car, ce reportage ne dupe personne, vu qu’il était simplement question de présenter des gentils Nègres, de fustiger de soit-disant méchants Nègres, d’inviter les Nègres à plus de division et pour finir, ternir l’image globale des Afro-français.

1- Les Bons Nègres selon France 2 :

Le ton feutré et amical utilisé pour la première séquence de ce documentaire révèle qu’il s’agit ici des « gentils Nègres ». Particularité de ces derniers : ils sont Antillais, en quête d’eux-mêmes, clament à qui veut l’entendre qu’ils ne sont pas Africains et que les cérémonies de l’abolition de l’esclavage sont leur droit exclusif.

Au regard de notre histoire, nous pouvons comprendre cette démarche comme un réflexe naturel face à une situation particulière d’oppression impérialiste. Mais vu que l’homme est un animal doué de raison, sa logique doit justement l’aider à se construire rationnellement. Autrement dit, en tant qu’afrocentriste, je peux ne pas être d’accord avec une telle vision mais en saisir néanmoins le raisonnement logique. Mais là, nous faisons face à une démarche absurde !

 Explications :

On retrouve dans ce courant idéologique, les bases même du courant de la Créolité initiées par les Chamoiseau et consort, et dont les mots d’ordre sont « Ni européens, ni africains, ni asiatiques ! ».

Pour ces derniers, le Créole est donc le fruit d’une soupe culturelle aux ingrédients multiples. La légèreté d’un tel raisonnement se dévoile au grand jour lorsque l’on comprend que si dans la soupe culturelle de la créolité, la culture européenne représente le sel, celle-ci est alors immangeable. Cela d’autant plus que tous les dictionnaires définissent exclusivement le « Créole » comme une personne d’origine européenne installée dans les colonies.

Au-delà, la logique du « ni européens, ni africains, ni asiatique » voudrait que les noms de familles antillaises soient justement « ni européens, ni africains, ni asiatique », d’où le fait d’en créer de toute pièce, pour rester logique ! Mieux, Ian, antillais dont le nom de famille est Mac Intosh [1], déclare à tout va qu’il n’est pas africain et qu’il fait partie d’une grande fraternité créoliste avec des Chinois qui portent leur nom chinois, des Indiens qui portent leur nom indien, des Libanais qui portent leur nom libanais, des Syriens qui portent leur nom syrien, des Européens portant leur nom européen, des Juifs portant leur nom juif.

Sa communauté est la seule dans sa fraternité créoliste à porter des noms « United colors of Benetton », mais Ian, culturellement aliéné, n’est plus en mesure de saisir l’immensité du problème. D’ailleurs aurait-il eu des problèmes à sentir africain s’il avait conservé son nom familial d’origine, c’est-à-dire si tous ses proches l’appelaient Mr Babatunde M’bélé. Mais avec Ian Mac Intosh, le problème est plus compliqué !

Mieux, se sentant néanmoins en crise identitaire, il dépense une somme d’argent incroyable pour rechercher son vrai nom, qui ne peut être qu’africain, tout en déclarant qu’il n’est pas africain. Et lorsqu’il découvre qu’il s’appelle en fait Babatunde M’bélé, comme dans le documentaire « Envoyé Spécial », il déclare qu’il se sent mieux. Mais comme quoi ? Comme Africain ? Comme Antillais ?

Ce n’est pas tout, Ian déclare que les cérémonies d’abolition de l’esclavage sont un droit exclusif des Antillais et que par conséquent, il convient d’exclure tous les Africains. Faut-il rappeler à Ian, que la Loi dit que « la traite (ce qui inclus l’Afrique) et l’esclavage (ce qui inclus les Antilles) sont reconnus comme Crime contre l’humanité » et que par conséquent toute démarche d’exclusion de l’Afrique est hors la loi !

Enfin, Ian doit savoir (mais vu qu’il est aliéné il a oublié) que sur les plantations esclavagistes, les Nègres les plus rebelles étaient ceux qui gardaient au fond de leur coeur le souvenir de l’Afrique. Rappelez-vous le combat de Kunta Kinte dans le film «  Racines » pour garder son nom africain. C’est au prix de mille sévices qu’il a du abdiquer et porter le nom occidental de "Tobby".

Les planteurs exigeaient ce changement de nom si ce n’est que pour forcer l’abdication, la résignation, la capitulation, le renoncement, la reddition, l’aliénation et donc l’asservissement des Nègres pour en faire des esclaves dociles.

On réservait mille sévices inhumains à ceux qui parlaient de l’Afrique aux enfants nés sur la plantation. C’est de cette extraordinaire oppression que découle la réalité historique de Ian Mac Intosh, descendant d’une famille d’esclaves d’origine africaine depuis le XVIIème siècle et récemment citoyen français. Il porte aujourd’hui le nom des maîtres/bourreaux/criminels de ses propres ancêtres et il en est fier, il est Antillais, pas Africains ! Dans l’au-delà qui débouchent le champagne ? Les bourreaux d’autrefois ou ses ancêtres ? Réfléchissez un peu monsieur Babatunde M’bélé !

En conclusion, dans le contexte actuel, il convient de se méfier que ceux que l’on présente comme les Bons Nègres sur une chaîne de télévision française !

2- Les Mauvais Nègres selon France 2 :

2.1- Dieudonné

L’entrée en matière des Mauvais Nègres, se fait sur un changement de ton. Fini le ton mielleux utilisé pour les Bons Nègres. La voix off se fait plus agressive : « Avec cette importante population comme levier, certains voudraient bien devenir chef des noirs, parler au nom de tous les noirs. Cela démange beaucoup d’organisations et de personnalités aujourd’hui. Et cela conduit à de drôles de dérives qui bizarrement font toujours appel au passé (...) Il y a ceux qui récupèrent la question de l’esclavage. Dieudonné par exemple. Il se dit "descendant d’esclave", or son père est africain, sa mère bretonne et ses ascendants directs n’ont jamais été déportés d’Afrique. Ca ne fait rien, on élargit au colonialisme et à l’éventuel cousin ».

Là, nous quittons le cadre d’un documentaire normal pour satisfaire les besoins d’une commande précise d’images. On sombre dans le show-business médiatique et comme d’habitude on fait parler des inconnus aux bataillons des militants de la cause noire, bref, des gens qui ne sont même pas inscrits ne serait-ce que par correspondance aux cours de militantisme pour en connaître la genèse. Mais bon, le but est de casser du sucre sur la tête de Dieudonné, allons-y gaiement !

- Explications :

En 1998, nous avons eu droit à une immense farce nationale appelé « Commémoration du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage ». Pas une célébration officielle digne de ce nom, juste un groupe de jeunes invités par Jospin dans une ville française ayant marqué son indignation face à l’esclavage.

Puis en 2001, c’est le vote de la loi et puis plus rien. Aucune commission n’est mandatée pour orchestrer les cérémonies, aucun maire de veut prendre d’initiatives sans directive et naturellement aucune directive ne leur est adressée. Quand au Ministère de l’Outre-Mer, il s’amuse à faire l’autruche. Bref, on cherche à enterrer le « bébé » vivant et donc on se moque royalement de nous !

Arrive alors Dieudonné qui dit ceci : « Dans ce pays, il y a deux poids et deux mesures, une mesure pour le Crime des Juifs et une mesure que l’on cherche à la loupe microscopique, pour le Crime des Noirs » et il fait mouche !

comme par magie, tout le monde retrouve la mémoire. On mandate à la hâte une commission pour s’occuper des commémorations [2], les maires se découvrent des rues et des ronds-points à dédier à cette page d’histoire nationale et même Bordeaux, célèbre port négrier, vacille.

Mais en disant cela, Dieudonné s’adressait à qui ? Aux Juifs ou à la République ? Car il revient à Marianne de montrer ouvertement que le traitement qu’elle réserve aux siens est sans balance.

Depuis les diatribes de Dieudo, même la presse n’est plus amnésique. Mais de qui se moque-t-on ? En 1998, près de 50 000 Nègres prennent d’assaut Paris pour célébrer leurs ancêtres et pas un média n’en parle ! Pas un média ! Il suffit que Dieudo parle et 10 000 photos de cette fameuse journée apparaissent dans la presse.... 6 ans après l’événement, 6 ans après !!!

Mais Dieudonné était-il à l’origine un militant ? Non, ce n’était qu’un artiste humoriste. Et comme nous n’avions aucune possibilité d’expression dans les médias, il fallait que quelqu’un parle dans les médias. A l’époque, Calixte Beyala et Luc St Eloi lançaient le « Collectif Egalité » mouvement contre le racisme systématique à la télévision et dans le cinéma français et Dieudo a naturellement été sensible à cette problématique. A l’époque on faisait payer aux Nègres la redevance télé pour se moquer d’eux ! Aujourd’hui, la légère amélioration du PAF (paysage audio-visuel français) découle de ces premières heures de lutte mais le cinéma français fait encore de la résistance.

Quant au fait que Dieudonné se sente concerné par la problématique de l’esclavage, soyons sérieux. Nous voulons que la France entière se sente concernée par cette page d’histoire. N’était-ce pas le sens de la lutte pour l’obtention de la Loi Taubira ? Par contre, nous ne l’avons jamais encouragé, ni à poursuivre ses diatribes verbales, ni à tenter certains diables politiciens.

Extrait de l’émission :

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Références bibliographiques:

[1] Prenons cet exemple

[2] Nous lui tirons d’ailleurs notre chapeau bas pour la cérémonie de 2007, l’inutilité et l’irresponsabilité de votre travail est maintenant un fait concret. Sachez une chose, la jeunesse panafricaine n’est pas dupe

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