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par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com

 Publié le 12 septembre 2005

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Katrina : la chasse aux coupables est ouverte.

Cinq sinistrés du cyclone Katrina sont morts d’une maladie bactérienne contractée au contact d’eau insalubre et les autorités de La Nouvelle-Orléans veulent évacuer, au besoin par la force, les quelque 10 000 personnes qui y vivent toujours. Quelque 63 000 militaires avec 350 hélicoptères sont mobilisés. Les autorités estiment maintenant que leur principale tâche est l’assèchement de la ville, commencé mardi, la ville restant inondée à 60%. Le président Bush va demander 51,8 milliards de dollars supplémentaires au Congrès.

Katrina : la chasse aux coupables est ouverte.


- Washington : de notre correspondant Philippe Gélie
- Le figaro du 8/09/2005 L’impact et le coût de la catastrophe promettent de se répercuter sur le second mandat de Bush. Car, contrairement au 11 septembre, l’ouragan n’a pas uni le pays derrière son chef.

George Bush a sorti son arme fatale : il va dépêcher son vice-président, Dick Cheney, dans la région sinistrée avec pour responsabilité particulière de lever les obstacles bureaucratiques qui empêchent le prompt acheminement des secours.

C’est déjà reconnaître qu’il y a un problème de taille dans la réponse des pouvoirs publics au désastre survenu en Louisiane et dans le Mississippi. Incapable cette fois de nier l’ampleur de l’échec, le président a même promis de conduire personnellement une enquête « sur ce qui a bien marché et ce qui a mal fonctionné ». L’admission d’une erreur est rare à la Maison-Blanche, mais elle permet à Bush de s’ériger en juge et de s’extraire de la foule des suspects. Car, depuis que les images des réfugiés ont choqué la nation et le monde, la chasse aux coupables bat son plein.

Les élus du Congrès ont eux-mêmes décidé une série d’enquêtes et prévoient des auditions de responsables dès la semaine prochaine. « Si notre système a été aussi médiocre alors qu’il n’y avait pas d’ennemi, s’est interrogée Susan Collins, sénateur, présidente de la commission de la Sécurité intérieure, comment les gouvernements fédéral, étatique et local auraient-ils fait face à une attaque terroriste qui n’aurait pas été annoncée à l’avance ? » Multipliant les niveaux de décision, le système fédéral américain explique que chacun s’efforce de renvoyer la responsabilité sur les autres.

Michael Chertoff, le ministre de la Sécurité intérieure, montré du doigt pour la lenteur des secours, se défausse sur le manque de moyens mis en oeuvre par la Louisiane. Le gouverneur de l’Etat, Kathleen Babineaux Blanco, qui a refusé un ordre plaçant la Garde nationale sous autorité fédérale, fait répondre : « Nous voulions des soldats, des hélicoptères, de la nourriture et de l’eau, ils voulaient négocier un tableau d’organisation. » Le maire de La Nouvelle-Orléans, Ray Nagin, critiqué pour avoir laissé 350 bus scolaires garés dans une zone inondable, riposte : « Où étiez-vous pendant que j’étais sur place ? Je les attends, les critiques ! »

Michael Brown, le directeur de l’Agence pour les situations d’urgence (FEMA) est sur la sellette. Ses services auraient entravé l’acheminement de l’aide - nationale et internationale - en voulant tout centraliser, alors même qu’ils tardaient à prendre la mesure du drame humanitaire. Brown a déclaré à la télévision avoir ignoré la situation catastrophique des réfugiés du Superdome jusqu’à jeudi, 24 heures après les premières images du stade de La Nouvelle-Orléans. Pour l’instant, l’Administration le couvre, face aux appels à sa démission émanant d’élus et de plusieurs journaux. Mais ses jours semblent comptés depuis qu’on sait qu’il a été nommé par copinage avec l’ancien directeur de campagne de Bush en 2000, Joe Allbaugh, alors que son expertise se limitait aux concours de chevaux.

Même si ce fusible saute, cela ne devrait pas mettre à l’abri les autres niveaux de pouvoir. Malgré une série d’études qui avaient clairement souligné les risques d’inondation meurtrière à La Nouvelle-Orléans, les autorités fédérales ont continuellement réduit les fonds alloués aux plans d’évacuation et au renforcement des digues. Intégrée au département de la Sécurité intérieure après les attentats du 11 septembre 2001, la FEMA a perdu en autonomie et en moyens, voyant son personnel amputé de 500 postes tandis que 75% du budget du ministère allaient à la prévention de la menace terroriste. Les responsables locaux ne sont pas non plus sans tache : en donnant l’ordre d’évacuation le 28 août, le maire et le gouverneur savaient qu’ils laissaient derrière eux les plus démunis. Les estimations faisaient état de 134 000 personnes - âgées, malades ou sans moyen de transport - incapables de quitter la ville par elles-mêmes.

George Bush peut-il sortir indemne de ce fiasco général ? Selon un sondage CNN /Gallup/USA Today, sa gestion de la crise est critiquée par 42% de l’opinion. La pauvreté immense de larges segments de la population promet aussi d’alimenter les débats politiques, avec avantage aux démocrates. Contrairement au 11 septembre 2001, l’ouragan n’a pas uni le pays derrière son chef. Mais, contrairement à l’Irak, il lui pose un problème qu’il a la capacité de résoudre.

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