Vous êtes ici: Accueil » Antiquité africaine
par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com
Son dernier article: Invention de la 1ère tablette (...)
L’Afrique : Berceau des concepts de monnaie et d’étalon monétaire
Découvrez le nouvel ouvrage de Jean Philippe Omotunde
Lorsqu’il s’agit d’aborder les thématiques de la comptabilité, de l’économie, de la fiscalité ou du droit, les manuels occidentaux, font généralement l’impasse sur les contributions africaines à ces disciplines et ainsi maintiennent dans l’ombre, l’énorme progrès intellectuel accompli par les Africains de la période pharaonique. Et au vu de la période historique dont il est question (III millénaire avant l’ère chrétienne), il s’agit plutôt d’invention.
Ainsi, la question de la monnaie et de son utilisation en Afrique ancienne reste prisonnière de cette approche eurocentriste et donc falsificatrice de l’histoire universelle, d’où la pertinence de l’investigation historiographique menée par le chercheur Jean Philippe Omotunde, à travers son nouvel ouvrage : "L’Afrique berceau des concepts de "monnaie" et "d’étalon monétaire", publié aux éditions Menaibuc.
1- Les réflexes subjectifs de l’eurocentrisme
Pour les historiens occidentaux, si le troc était le seul mode de transaction commerciale des civilisations de l’antiquité, les concepts de « monnaie » et « d’étalon monétaire » sont des inventions faites par les Grecs d’Asie Mineur vers le VIIème siècle avant l’ère chrétienne.
Sous l’impulsion d’Aristote, qui en a défini les grands principes de fonctionnalité, ce nouveau système financier basé sur des pièces de métal frappées, est vite devenu l’apanage des cités commerciales de la Grèce antique.
Cependant, à la lueur des nouvelles fouilles archéologiques faites en Afrique, Jean Philippe Omotunde vous invite dans ce nouvel ouvrage, à remettre en question l’historiographie actuelle sur l’apparition de la monnaie et surtout à invalider le caractère quasi-exclusif de cette découverte.
Car s’il est un domaine dans lequel l’Afrique noire s’est particulièrement illustrée, c’est bien dans celui de la création d’unités de compte et de l’argent (métal frappé).
Dès l’Ancien Empire (vers - 3000 ans), les Africains anciens ont élaboré le premier étalon monétaire de l’histoire humaine, à savoir le « Shâty ».
Si tout le monde reconnait enfin aujourd’hui que les pharaons ont fait appel à des ouvriers qualifiés pour bâtir les pyramides au IIIème millénaire avant l’ère chrétienne, il convient alors d’admettre que les notions de versement de « salaires », de « paie », « d’étalon monétaire », de « vente » et « d’achat » de biens et de services, furent en premier, conceptualisées et définies en Afrique noire.

2- La problématique de fond
Il existe aujourd’hui une large palette de mécanismes médiatiques, politiques, économiques et financiers qui ont pour seule finalité de faire sombrer l’Afrique chaque jour un peu plus dans la pauvreté. Parmi ces mécanismes, la monnaie joue un rôle majeur.
Généralement perçue comme l’expression de la souveraineté des peuples ou encore le témoin de la puissance économique des États, en Afrique noire, la monnaie est manifestement la trace visible d’un grave déficit de souveraineté. Elle est la plaie béante d’une histoire nauséabonde : celle de la colonisation.
Vous rappelez-vous de la date du référendum ayant entraîné la création de la zone franc CFA en Afrique ? Avez-vous souvenir des dates des consultations nationales organisées en 1994 dans tous les pays de la zone Francs CFA, portant sur la dévaluation du franc CFA ?
Si l’Europe nous a habitué à la tenue de référendum dans chaque pays de l’Union Européenne, pour recueillir l’approbation du peuple et approuver par exemple, la mise en vigueur du Traité de Maastricht et l’introduction de l’Euro (en remplacement des diverses monnaies européennes), vis-à-vis de l’Afrique, cette même Europe, souvent donneuse de leçons de démocratie aux pays du sud, se noie dans l’eau boueuse de son hypocrisie.
Car il convient de rappeler que le 25 décembre 1945 (jour de la fête de noël), trois hommes politiques français à savoir le président du Gouvernement provisoire français, Monsieur Charles de Gaulle, son Ministre des finances, Monsieur René Pleven et enfin, son Ministre des Colonies, Monsieur Jacques Soustelle, ont crée unilatéralement et sans consultation démocratique des africains alors… sous domination coloniale, le Franc CFA (Franc des Colonies Françaises d’Afrique), dont ils ont eux-mêmes fixé la valeur par rapport au Franc français (1 franc français valait 100 CFA hier. Aujourd’hui 1 Euro vaut 655,957 francs CFA ).
Et près de 34 ans après les « indépendances », à savoir le 12 janvier 1994, la France récidive en décidant unilatéralement de dévaluer le Franc CFA. Edouard Balladur alors Premier Ministre confirma que cette dévaluation fut faite « à l’instigation de la France », tout simplement « parce qu’il nous a semblé que c’était la meilleure formule pour aider ces pays dans leur développement ». Quel est selon vous le degré de crédibilité d’une telle déclaration d’intention ?
Alors naturellement, pour maintenir un voile d’opacité sur cette main mise monétaire française en Afrique noire et justifier la création du Franc CFA, l’histoire fut mise à contribution. L’impérialisme inventa de toute pièce une vision historiographie coloniale qui n’a depuis, jamais été totalement reniée par les africanistes français.
Le troc apparaît comme l’unique système d’échange de toute l’histoire du continent noir et l’invention d’étalons monétaires africains reste encore un sujet tabou, voire figé sur l’utilisation de simples coquillages appelés « cauris ».
A ce titre, le nouvel ouvrage de JP Omotunde est important car, même si certains chercheurs africains ont eu l’audace de rappeler l’existence d’étalons monétaires en Afrique Impériale, beaucoup semblent avoir oublié que les notions de « monnaie », de « transaction financière » et « d’étalon monétaire » sont des inventions 100 % africaines qui remontent au IIIème millénaire avant l’ère chrétienne. Même les notions de « dévaluation » et de « réévaluation » de la monnaie, « d’inflation » et « d’indice des prix », sont et restent des inventions africaines.
C’est donc une nouvelle contribution faite à la Renaissance Africaine.

L’Afrique : berceau de la monnaie
3- La perception culturelle des métaux précieux
Pour les Africains anciens, certains métaux avaient beaucoup plus de valeurs que les autres. C’est le cas par exemple, de l’or et de l’argent qui revêtaient une symbolique culturelle et spirituelle particulière.
En effet, si l’or représentait la « Chair » même des Divinités (chair lumineuse et scintillante révélée par les rayons du soleil) et des hommes justifiés par Maât [1], l’argent symbolisait lui, la robustesse des os de ces mêmes Divinités créées autrefois par le Dieu unique : Amon.
Ainsi, dans l’art pharaonique, il est très fréquent par exemple de voir les femmes peintes en jaune pour souligner leur aspect divin. Il s’agit en fait de la poudre d’or qui recouvre leur peau noire.
4- Transactions et monnaie en Afrique pharaonique
4.1- Généralités
A l’origine, les Africains de l’époque pharaonique désignaient globalement sous l’appellation « argent », tous les types de paiement. Ceux-ci étaient à l’époque, relativement divers (lingots d’or, pièce d’étoffes, cruche d’huile, sac de céréales, pain, etc...).
Chaque type de produit ayant une valeur propre et transactionnelle, il n’était pas rare de voir un débiteur régler sa dette à son créancier à partir d’une denrée voire en combinant deux, trois ou plusieurs de ces moyens de paiement, selon un « dosage » précis pour parvenir au montant exact de la créance.
La documentation des anciens dévoile par exemple qu’une mesure (héqat) d’huile valait 2 sacs (khars) d’orge ou 3 khars de blé amidonnier.
Ainsi, le décompte des salaires versés aux ouvriers travaillant dans la Vallée des Rois (contremaîtres, carriers, tailleurs de pierre, charpentiers, sculpteur, peintres et manœuvres) s’appuie essentiellement sur la remise de sacs de céréales :
"Salaire pour le 2ème mois de l’été : le contremaître 7 sacs ½ ; le scribe 7 sacs ½ ; chacun des 17 ouvriers 5 sacs ½ ; soit 93 sacs ½ ; les deux jeunes chacun 2 sacs, soit 4 sacs ; le gardien 4 sacs ½ ; les servantes (ensemble) 3 sacs, le potier 1 sac ½ ; le médecin 1 sac ½".
Comme on le voit ici, les concepts de "paie" et de "versement de salaire" sont des inventions comptables qu’il fait mettre au crédit de l’Afrique noire.
Pour le professeur Théophile Obenga [2], "Soustrait de la production des biens alimentaires, ces ouvriers recevaient de la part de l’administration pharaonique, quotidiennement pour se nourrir du pain, de la bière, du poisson, des dattes et des légumes et à l’occasion de fêtes particulières, de la viande. L’eau potable leur était également fournie chaque jour. Ils étaient ravitaillés aussi en vêtements et en sandales (...) Chaque artisan recevait (...) un salaire déterminé sous forme de céréales, parfois aussi en métal précieux. La paie, assurée par le Trésor Royal, avait lieu au début du mois, par anticipation. Les céréales faisaient office de monnaie".
Il convient de noter que cette rémunération sous forme de sacs de céréales est attestée en Afrique noire dès l’Ancien Empire, soit vers 2800 avant J. C.
4.2 Invention de la monnaie au IIIème millénaire
A la fin du IVème millénaire avant l’ère chrétienne, l’Afrique noire innova et inventa le premier « Etalon monétaire » de l’histoire humaine, à savoir le « Shâty » (Shâti, Shât) .
Ce mot provient du verbe « shâ » voulant dire « couper ou sectionner », qui évoquait initialement la notion de « division ou de coupure ».
Le « Shâty » était symbolisé par un anneau d’argent pesant 7,6 g. D’un élément matériel de mesure du poids, cette notion est progressivement devenue une « Unité de compte », comme en témoigne la stèle-borne du musée du Caire JE 42787 .
Cette invention engendra progressivement la notion de monnaie « scripturale ». Ce Shâty était donc à la fois d’un poids précis mais aussi d’une valeur monétaire précise.
Comme le souligne le professeur Miriam S. Balmuth, un document trouvé lors de fouilles sur le plateau de Gizeh (où sont situées les trois célèbres pyramides), révèle qu’un acheteur a payé 10 Shâty pour l’achat d’une tombe.
Ce paiement fut ventilé à partir de la livraison de pains et de tissus évalués selon une valeur monétaire définit Shâty (Soit 4 Shâty pour le pain, 3 Shâty pour le premier type de tissus et 3 autres encore pour le dernier type de tissus. Le tout faisant un total de 10 Shâty). C’est la plus ancienne transaction financière de l’histoire humaine connue à ce jour et nous découvrons déjà la première notification historique du prix de divers biens de consommation de l’époque (pain, tissus).
Par la suite, au Moyen puis ou Nouvel Empire, d’autres étalons firent leur apparition.

4.3 Invention du terme « argent » :
Le terme « argent » apparait clairement notifié dans les documents africains anciens pour signifier la valeur financière d’un bien selon un indice monétaire donné.
Par exemple dans un texte découvert par l’anglais F. Petrie, nous constatons que pour un âne vendu pour 27 dében de cuivre (somme obtenue en additionnant divers éléments, tels de la farine, des pièces d’étoffes, des sandales, des grains. L’unité de compte monétaire ici est le Dében), l’acheteur insatisfait, saisit la justice pour dénoncer les vices cachés de son acquisition. Devant le juge, le vendeur déclara :
« Je lui fournirai un âne de bonne qualité (à telle date), sinon je lui rendrai son argent ».
Ainsi, les termes « argent », « payer », « prix », « vendre », « acheter », « rembourser » et « rendre » sont légions dans les textes juridiques, comptables et commerciaux de la civilisation égypto-nubienne. Ils concernent aussi souvent de l’argent métallique.
Les Africains de l’époque pharaonique ont donc inventé le terme « argent » qui faisait déjà référence à une monnaie en métal ou une unité de compte qui représentait le terme de l’échange. Ce mot « argent » rendu par « Hedj » désignait précisément le métal argenté blanc et scintillant (Hedj = blanc).
Cette référence à la couleur blanche, on la retrouve dans le mot « Hedjet » qui est le nom de la « Couronne blanche » du sud que portait pharaon, symbolisant ainsi son origine soudanaise (Haute Egypte) et « Hedj » la massue du roi (la blanche) qui lui servait à terrasser ses ennemis.
D’une façon plus précise, l’examen des dictionnaires hiéroglyphiques révèle que le verbe « Hedj » qui signifie « frapper », a aussi le sens de « marteler » lorsqu’il s’agit du métal symbolisant l’argent (en tant qu’unité de compte).
B. Menu, directrice de recherche au CNRS, le confirme. Ainsi, l’idée de frapper ou de marteler de l’argent (dans le sens de la production de pièces de métal) est, comme l’atteste Bernadette Menu à rattacher à cette notion :
« Les deux actions, celle de marteler (l’argent) et celle d’écraser (les ennemis) ont été associées à travers une même image, celle de la massue-hedj, pour évoquer les deux aspects complémentaires de la fonction royale : amener la prospérité/repousser le désordre, qui sont les deux volets de la Maât garantie par le pharaon » .
Ce n’est donc pas un hasard si le premier étalon monétaire martelé en Afrique, fut un anneau d’argent désigné sous l’appellation de « Shâty » et pesant 7,6 g (il fut appelé Séniou par la suite).
Un véritable lexique économique et financier relativement étoffé, fut donc mis au point par les Africains anciens. On y découvre les termes suivants :
Di hedj = Donner de l’argent
Swn = Prix
Swn = Faire du commerce (autre sens)
Inin = Acquérir, acheter
Shouty = Vendeur (un)
Swnt = Vente
Montant total d’une somme = Demedj hedj
Somme des totaux = Demedj hedj neb
Solde d’un paiement = Pa peh hedj
En conclusion...
La documentation historique du continent africain révèle que les concepts de "monnaie", d’étalon monétaire", de "transaction commerciale", de "prix de vente" et de "propriété privée" et même celui de "frapper" de la monnaie, sont avant tout africains et datent de l’antiquité pharaonique.
En se lançant dans des activités commerciales, 2500 ans après les Africains, les Grecs avaient donc comme source d’inspiration, l’économie africaine antique (micro et macro-économie).
Il revient donc aux chercheurs, peu importe leur origine, de faire preuve d’honnêteté intellectuelle dans leur recherche.
Enfin, il faut savoir que le Franc CFA est un système dont la source remonte à l’Allemagne NAZIE (système monétaire appliqué à la France par Hitler, dont les français se sont inspirés pour définir les contours du francs CFA) qu’il convient d’abolir définitivement en Afrique noire.
Code Noir,
Code de l’Indigénat,
Pacte Colonial,
Zone franc CFA
=
colonialisme !
Voir aussi :
Acheter cet ouvrage sur menaibuc.com
Réalité du Franc CFA : le nazisme monétaire
Video : La monnaie en Afrique Antique
Aucune.
Commentaires
- 21/02/2010 20:36 par Didier
- 19/11/2009 19:13 par antsme
- 16/09/2009 11:17 par omotunde
- 2/09/2009 00:05 par encore une fois
- 1er/09/2009 21:44 par Omotunde
- 31/08/2009 17:42 par Aida
- 30/08/2009 16:23 par castillo
- 23/08/2009 16:22 par Balla Moussa
- 23/08/2009 05:26 par
- 19/08/2009 20:17 par Aïda









