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par Thierry Mouelle II ©


Son dernier article: Les confidences du soleil
 Publié le 19 janvier 2005

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L’Indispensable Renouvellement du Paradigme littéraire Kamite, Exigence d’une nécessité de cohérence et de continuité

Dans un article intitulé « Le débat autour de l’afrocentrisme, » D. Zoa revient sur l’étonnante résurgence d’un discours européocentriste qui feint toujours d’ignorer la pertinence de notre interrogation sur nous-mêmes.

L’Indispensable Renouvellement du Paradigme littéraire Kamite, Exigence d’une nécessité de cohérence et de continuité

Qui sommes-nous ? Et depuis quand ?

Deux interrogations fondamentales d’autant que ce sont elles qui se sont constituées, invariablement, le socle de recherches, l’ancre de la quête identitaire de la première génération d’Hommes de Libertés de notre époque, parmi lesquels Georges Padmore, W.E.B Du Bois, Kwamé Nkrumah, Aimé Césaire, Cheikh Anta Diop, Robert Nesta Marley, Théophile Obenga... Rien de surprenant donc que ce soit à partir de ces deux interrogations (Qui sommes-nous ? Et depuis quand ?) que toute la nouvelle pensée afrocentriste a vu le jour, en faisant apparaître d’autres questionnements nouveaux, et pertinents, visant tous à la restructuration de notre équilibre d’hommes, nous qui sommes, comme le dirait Théophile Obenga, « les survivants des massacres ».

Or, c’est justement ce qui fait problème.

D’accorder toujours plus de valeur à l’attente de reconnaissance des autres nous mettra éternellement hors des vraies pistes de la connaissance des savoirs primordiaux qui sont les nôtres et toujours loin de notre portée. D’attendre que celui qui a le plus grand mal à nous reconnaître homme, c’est-à-dire « animal faiseur et porteur d’histoire », un jour le fasse, nous aidera toujours à perdre un temps précieux, quant à savoir si oui ou non nous avons déjà fait le millième de ce que nous devons faire pour notre paix intérieur.

L’article de Dieudonné Zoa, est donc venu une nouvelle fois me rappeler que la clé de notre liberté dépend de la force que nous mettrons à répondre par nous-mêmes à ces deux interrogations. Qui sommes-nous ? Et depuis quand ? La clé de notre survie et la survie de nos âmes (dans un contexte d’effacement systématique des diversités et des singularités identitaires) dépendront de la force que nous mettrons à garder fermes les réponses que nous trouverons à ces interrogations.

Alors que tous les peuples du monde se donnent librement le droit de revoir autrement que par les petites fenêtres de la « modernité » le visage de leur identité, alors que tous les peuples de la terre excellent dans l’exercice de répondre favorablement à la consolidation des terreaux de leurs propres valeurs, nous en sommes toujours à attendre que les autres nous donnent ce droit et applaudissent ainsi notre station debout. Ce qui, dans leur logique reviendrait à occulter la densité de leur propre identité. La solution reviendrait donc pour nous à être seuls juges de notre propre être. J’avoue que cette démarche n’est pas nouvelle.

Mais puisque le mal qui a fait naître cette médication ne semble pas avoir changé de viralité, de tonicité, et puisque nous sommes conscients que le médicament est le bon, que le mal montre des signes de nervosité, il faut à mon sens augmenter la dose de la posologie en diversifiant les lieux d’administration du remède dans le corps du mal. (Le mal étant ici et sans équivoque l’idéologie européocentriste raciste).

D’où l’intitulé de mon message : l’indispensable renouvellement du paradigme littéraire Kemet, exigence d’une nécessité de cohérence et de continuité.

Pourquoi, au moment où des sommités de la connaissance ancienne viennent partager avec vous les fruits de leurs trouvailles, je viens, moi, avec une communication intitulée : l’indispensable renouvellement du paradigme littéraire Kemet, exigence d’une nécessité de cohérence et de continuité » ?

C’est qu’une peur immense m’habite de nous voir bientôt tourner en rond après qu’on a dit avoir été les bâtisseurs des pyramides, les dresseurs d’obélisques, les premiers astrologues, astrophysiciens, les premiers peuples a maîtriser la médecine, les momifications, les premiers à tracer les courbes géométriques etc. Oui cette peur ne me quitte pas.

Car passés ces premiers moments, dans un texte ou dans dix autres, que restera-t-il ? Sinon le grand vide. Un grand vide qu’il faut rapidement combler en anticipant sur sa venue même. Car une révolution ne vaut rien par elle-même. Il lui faut des valeurs. Des valeurs à vulgariser. Il lui faut un champ éclaté qui fasse de chacun de nous les seigneurs de la joie, un champ d’êtres qui nous rappelle que nous sommes les fils de Râ, illuminant nos vies comme l’obélisque a autrefois illuminé le pays de nos pères, et des pères de nos pères, des milliers de générations avant la peur et diverses autres tragédies et crimes oubliés. Nous devons passer à l’étape de la création. La reprise en main de notre être. Loin du doute. Loin de la peur. Loin de la médiocrité. C’est cela qui nous fera nous réconcilier avec nous-mêmes et avec nos ancêtres, les grands bâtisseurs, et divins interprètes de l’univers. Les lecteurs de l’invisible. Les maîtres des principes spirituels les plus hauts.

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MENTOUHOTEP

S’il est trop tôt pour ne plus revendiquer, il faut tout au moins diversifier les champs d’expression, et compartimenter les acteurs de notre expression de vivants. Car n’avons-nous pas fait nôtres les résultats des travaux de Cheikh Anta Diop, travaux qui devraient a priori nous permettre de chasser progressivement ces troubles à qualifier sans exagération de névrose civilisationnelle, en ancrant notre destin dans la conscience historique, notre conscience historique défaite de ses divers manteaux d’enfouissement, afin de permettre notre nouvelle naissance par une rupture radicale d’avec le cordon falsificateur de notre véritable identité ?

Mais pourquoi sommes-nous toujours loin du premier bilan à dresser sur le chemin d’identification de notre mission, dans le sens fanonnien du terme ? [Je rappelle que Frantz Fanon, psychiatre et auteur caribéen, disait que chaque génération doit choisir sa mission, la remplir ou la trahir].

Mon interrogation, à l’éclairage de la méthode Fanon, dégage une piste claire.

Si nous avons aujourd’hui encore grand mal à dresser un premier bilan de notre voie, c’est que malheureusement, cinquante ans après la publication de Nations nègres et culture, quelques foyers de doute restent densément actifs, alimentés par ceux qui ont grand bien à voir, de l’intérieur comme de l’extérieur, une Afrique servile, bâtarde, ridicule, absente, mourante, comateuse, éternellement.

Conséquence, dans le doute, nous restons inactifs. Incapables de penser le temps et forger quelque unique forme d’avenir radieux.

Plus encore ma génération que le précédente. La peur pour demain me revient. Et laissez-moi la dire et avoir tort demain, que de la taire et me culpabiliser le moment venu. Car vous avez vu et écouté bien que des disciples idéologiquement fidèles à Cheikh Anta durant ces trois jours. Ils ont continué l’œuvre diopienne en lui greffant de nouvelles spécificités ethniques, linguistiques, philosophiques dans le but de renforcer le concept de l’unicité culturelle africaine à travers l’unique terreau civilisationnel qu’est Kemet [je rends hommage à Théophile Obenga, Mubabinge Bilolo, Aboubacry Moussa Lam...], mais que fait ma génération ?

Il ne nous a pas paru opportun de catalyser davantage l’œuf spirituel pour nous pondu par Cheikh Anta Diop pour lui permettre de diversifier ses champs d’éclosion.

Or la meilleure manière de rendre service à une révolution c’est de la dépersonnaliser. La démystifier. La vulgariser. La laisser s’autodéterminer. Ce qui tient pour une révolution sociopolitique, tiendrait également pour celle qui se veut le premier maillon de l’espace de Renaissance et de développement de l’Afrique : la révolution culturelle.

Depuis 1954 date de la parution de Nation Nègre et culture, aucune pièce de théâtre, aucune nouvelle, aucun recueil de poèmes, conçu et/ou exécuté par un auteur ou metteur en scène négro-africain d’expression francophone [la question de la langue en tant que véhicule de nos vécu et aspiration mérite d’être reposée], qui fasse resurgir les rites et valeurs sacrés de l’Egypte pharaonique pour les faire consommer et vivre en nous, en intime corrélation avec ce que nous avons dans nos espaces de vie traditionnels.

Aucune pièce de théâtre, aucune nouvelle, aucun poème, suis-je contraint de dire quand dans l’absolu il n’y a jusqu’ici en cinquante ans que quelques poèmes d’Elimane Khane, de Kum’a Ndumbè III chantés par les Nubians. Mais ces poèmes dans leur majorité ne sont que des éloges à Cheikh Anta Diop, et non la continuité de ce que l’homme aurait souhaité nous voir faire.... D’ailleurs, moi-même je n’y échappe pas, dans mon poème, les sandales de lumière, je lui rends également hommage. C’est donc qu’un travail de diversification doit amplement être fait pour répondre aux deux seuls romans existant et scénarisant quelques aspect de notre riche passé historique : celui de Aboubacry Moussa Lam : Le Triomphe de Maât. Et plus récemment paru aux Editions Menaibuc, Le Pharaon Inattendu, de Thierry Mouelle II, votre humble serviteur. Pourquoi un tel manque d’intérêt pour l’Egypte pour nos créateurs des œuvres de l’esprit ?

La première raison communément évoquée est que l’Egypte en tant qu’objet d’exploitation culturelle est un domaine difficile d’accès aux non initiés. Mais n’est-ce pas là un mauvais procès fait à un champ de vie qui, vécu imperceptiblement au quotidien par des millions d’Africains, n’attend que d’être dépoussiérée pour se voir connectée de nouveau et de manière consciente à bien de ses nouvelles variances dues au temps qui a coulé sous lui ? Tout nouvel apprentissage étant une initiation, l’Egypte ancienne n’a donc pas le monopole de l’hermétisme. Tout ce pour quoi personne n’a d’intérêt reste clos à son regard. Si Aboubacry Moussa Lam est Egyptologue, je suis très loin de l’être, moi, au sens occidental.

Et si j’ai pu, à travers Le Pharaon Inattendu, exposer une parcelle de ce que Ze Belinga appelle dans sa critique de mon ouvrage « la totalité existentielle et spirituelle continentale », si ma fiction a traîné ses mots et ses images, son souffle et son regard sur les brides de la restauration d’une réalité historique africaine vieille de plusieurs milliers d’années, c’est que chaque écrivain kemet, conscient de sa mission, peut y arriver. La vérité de l’Histoire africaine se trouve dans l’écriture sacrée de nos pères : les hiéroglyphes. La seconde raison est celle qu’évoquait déjà C. A. Diop : « le poison culturel savamment inoculé dès la plus tendre enfance, est devenu partie intégrante de notre substance et se manifeste dans tous nos jugements ». Sans dénier aux uns et aux autres littérateurs contemporains négro-africains leur rôle et importance dans le registre des divers engagements, ils semblent n’avoir pas mis en urgence l’idée de l’unité culturelle africaine. Chacun continue de faire l’éloge de son quartier, la putridité ou la putréfaction de son pays héritée de la colonisation, comme si le reste du monde noir est une chimère, comme si la réalité de notre histoire commune reste une vue de l’esprit. Pourtant, en intégrant l’urgence du renouvellement de notre paradigme de création, nous emprunterons tous une démarche qui contournera les frontières physiques et psychologiques héritées de la colonisation, et ce sera la seule capable de poser les fondements d’une communication sincère entre diverses micro nations africaines et par-delà, une communication sincère avec l’ensemble des fils d’Osiris éparpillés à travers le monde.

Certes, règnent partout des œuvres de bonne qualité sémantique et littéraire. Mais elles apportent peu à la construction d’un renouveau littéraire à édifier en marge des affres de la colonisation et de tous les schémas d’infantilisation de l’homme Kemet passés ou présents. Elles ne font pas encore monter à son échelle estimable l’homme kemtiou sur l’estrade dont les piliers trempent dans le ciment ancestral.

Il est démontré que la pensée intégrant l’unité pluridimensionnelle d’un peuple joue un rôle fondamental dans son chemin d’émancipation à lui-même. Pour le cas de Kemet, notre cas, et en reprenant l’idée de Cheikh Anta Diop, l’urgence de la pensée littéraire et artistique doit impérativement inférer « l’appartenance de toute l’Afrique à une même communauté unifiée par une expérience historique commune ». Elle doit faire sienne que la vaste aspiration (immédiatement et visiblement incontournable) à l’assainissement des espaces de vie politique et sociale, la revendication de plus de liberté et de mieux-vivre en cours sur le continent, ne peuvent tous deux trouver meilleurs échos que dans les écrits qui proposent l’altérité d’une cosmogonie finalement défaite des diverses séquelles de l’extraversion de notre moi collectif.

Ce combat pour notre équilibre psychique passe aussi par le débarras de la tendance qui est la nôtre à toujours déterminer nos priorités, nos urgences, selon les modèles des autres.

Si l’Afrique a faim, c’est parce qu’elle pense mal ses modèles de distribution des richesses et non parce qu’il manque de terres arables ou de mains valides pour les cultiver. Si l’Afrique traîne c’est parce qu’elle n’a aucun modèle de développement endogène. Si elle meurt de divers fléaux viraux, c’est entre autre parce qu’elle tait déjà diverses intelligences présentes sur son sol, mieux, elle tourne le dos aux siens qui, premiers concernés, ne sont jamais pris en compte et en considération que si souvent ils accompagnent et/ou portent caution aux experts et médecins étrangers lesquels, coupés de toute relation ontologique avec les patients, ne peuvent honorablement donner que le mieux qui puisse justifier leur présence sur les lieux.

Les modèles de développement excentrés de l’Afrique lui imposent donc de déstructurer son propre univers pour satisfaire aux exigences des bailleurs de fond, ce qui pérennise notre servilité.

Ne l’oublions pas : qui emprunte, doit accepter de faire legs d’une partie non négligeable de sa dignité. Il accepte de se défaire de son droit d’arrogance, il signe l’acte de dépendance, il fait sienne l’idée que désormais ce qui est bon pour lui doit au préalable être validé par son mentor. Ce qui peut lui rester d’honorable est de ne jamais perdre de vue l’ensemble de ces états de faits.

L’urgence une fois encore est donc dans l’unité culturelle d’hier à aujourd’hui. Elle seule peut mener à une unité politique qui revalorise l’ensemble de notre cosmogonie, cosmogonie humaniste où la différence de la peau ne sera plus un facteur d’identification et d’appréciation de l’humain, mais l’objet d’un attrait enrichissant, l’objet d’une culture refondatrice de nos limites qui trouveront toujours leur aboutissement dans ce que l’autre, autrui, dans sa différence nous aura apporté et/ou pris de nous. Kemet sera alors prêt de jeter les fondations d’un Etat fédéral, lequel, conscient des enjeux, va générer des structures de production émulatives intégrant l’homme en tant que pupille de la société, à travers la Maât, la culture Justice-Vérité.

L’homme apprendra chaque jour à être le garant de son semblable. Seule voie qui éloigne l’humanité entière de sa disparition. Tout ce travail ne peut être mené que par des hommes et des femmes de pensée ayant fait leurs humanités kemet. Mais en amont, les écrivains, les dramaturges, les poètes, les chanteurs, les musiciens, les plasticiens, doivent intervenir pour vulgariser ce que les savants et chercheurs auront exhumé.

L’artiste écrivain a donc un rôle essentiel dans le théâtre de la Renaissance Kemet. C’est lui qui devra mettre en exergue les valeurs intrinsèques de l’Afrique, lesquelles valeurs, à travers une cosmogonie épurée, vont édifier un africain nouveau. C’est la mission que je me suis découverte. C’est l’introduction à cette mission que je vous donne à lire à travers Le Pharaon Inattendu. Un livre qui cherche à promouvoir le souverain bien dans la société des hommes.

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