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par Pharaon Seti ©
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L’économie négro-africaine précoloniale et pré-traite : mythes et réalités
Pour beaucoup de "spécialistes" occidentaux de l’Afrique Noire (kmt), la société négro-africaine était, à la période pré coloniale, spécifiquement primitive dans tous les domaines, et dotée d’institutions caractérisant cet état. En particulier, sur le plan économique, on était dans un système économique de subsistance où l’individu, complètement écrasé par la nature, ne produisait que ce qui était nécessaire à sa subsistance ; les rapports d’échanges étaient rares et régis par le troc, la monnaie inconnue. C’est ainsi par exemple que la chose était présentée dans l’Histoire Générale de l’Afrique Noire de Hubert Deschamps [1] (p. 377) : « Au début, l’économie de subsistance règne à peu près seule ; chaque groupe humain produit lui-même tout ce dont il a besoin : nourriture, case, vêtements, ustensile ». Par ailleurs, selon ces africanistes eurocentristes, comme les dénomme Obenga [2] , l’Afrique aurait végété dans une misère et une pauvreté sans commune mesure, serait sujette à la famine permanente et aux « guerres tribales ». Toutes choses qui ont fini par avoir raison de l’esprit des nègres (kmtw) eux-mêmes : à titre d’illustration, Pharaon se souvient que lors d’une discussion, un jour, avec un grand poète nègre, celui-ci, avec beaucoup de sincérité et de conviction, lui déclara tranquillement que : « durant les siècles de la traite négrière, l’Afrique n’avait en réalité rien d’autre à proposer au plan des échanges mondiaux en dehors des esclaves » [3].
Certainement cependant, rien ne se passait ainsi comme le soulignait Samir Amin : « A cette époque [4] l’Afrique dans son ensemble n’apparaît pas comme inférieure, plus faible que le reste de l’Ancien Monde. Les inégalités de développement à l’intérieur de l’Afrique répondent aux inégalités de développement au nord du Sahara, de part et d’autre de la Méditerranée...Cependant, des formations sociales complexes, parfois étatiques, presque toujours fondées sur des différenciations sociales visibles qui témoignent de l’ancienneté du processus de dégradation de la communauté villageoise primitive, caractérisent déjà l’Afrique Noire. Si une grande confusion domine les débats sur la société africaine traditionnelle, c’est pour de nombreuses raisons, dont les quatre principales sont : la pauvreté des documents et des vestiges, réduits presque uniquement au témoignage des voyageurs arabes ; la confusion souvent entretenue entre le concept de mode de production et celui de formation sociale ; la confusion entre les différentes périodes de l’histoire africaine, notamment entre cette période pré mercantiliste et la période mercantiliste qui suit ; enfin, les préjugés idéologiques défavorables à l’Afrique, en relation avec le racisme colonial ». En effet, comme le précise Amin, pendant la période ayant précédé la traite des noirs et la colonisation, l’économie de l’Afrique kmt était loin d’être une économie de subsistance. C’est en réalité suite à la désorganisation occasionnée par les quatre siècles de traite négrière suivis d’un siècle de colonisation, que l’économie primitive de subsistance fera une large réapparition en Afrique kmt [5]. C’est ce qui ressort de l’analyse de l’organisation économique et sociale que connaissait l’Afrique kmt, d’une part et d’autre part du témoignage de ceux qui avaient connu cette Afrique kmt, à cette époque.
[1] Hubert Deschamps (dir) : Histoire Générale de l’Afrique Noire, tome II, puf, Paris, 1971.
[2] Th. Obenga : Le sens de la lutte contre l’africanisme eurocentriste, l’harmattan, 2001
[3] Cette opinion est à rapprocher de cet autre vers « eia pour ceux qui n’ont jamais rien inventé ... » du même poète. Elle n’enlève cependant rien au respect que nous avons pour ce poète : de telles opinions ne sont en réalité que le produit de l’aliénation profonde qui s’est emparée du peuple noire suite à l’enseignement négrier et colonial.
[4] Samir Amin, le développement inégal, éditions de minuit, paris, 1973. L’auteur se réfère à une période qu’il qualifie de pré mercantiliste et qui s’étend des « origines jusqu’au 17è siècle ».
[5] Voir pour plus de détails : K. Logossah : La traite et l’Afrique : le pourquoi et les conséquences, Antilla, n°788, juil. 1998, pp. 25 - 27 ; K. Logossah : Les effets de la traite en Afrique subsaharienne, Antilla n° 790, juil. 1998, pp. 24 - 29 ; CF. aussi Pharaon Séti : La traite des noirs, pourquoi, comment et conséquences pour l’Afrique, in Esclavages et servitudes d’hier et d’aujourd’hui, Actes du colloque de Strasbourg, 29-30 mai 1998, éditions Histoire et Anthropologie, Strasbourg. ;
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