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par Theophile Obenga ©
Son dernier article: Renaissance Africaine au cours du (...)
La Fin de l’Africanisme par le Pr Théophile Obenga (interview audio en bonus)

Les points abordés lors de l’interview :
l’impact des travaux de Cheikh Anta Diop de 1950 à nos jours
l’attitude des africains face à l’étude de leur histoire : le passé, trop lointain, est-il un frein à l’avenir ?
message à l’attention des internautes et des étudiants d’Africamaat.
Paris, 27 juillet 2002 Conférence du Professeur Théophile OBENGA à la Maison des Mines, 270 rue Saint-Jacques, Paris 5e.
Question de confiance en soi
Pour Henri BERGSON (1859-1941), philosophe français, la confiance en soi fut le principe fondamental de la vie des Grecs. Les Grecs, en effet, affirme BERGSON dans l’Evolution créatrice [1], avaient confiance dans la nature, confiance dans l’esprit, la raison, le logos, confiance dans le langage. C’est-à-dire que les Grecs avaient grande confiance en eux-mêmes, en leurs idées, en leurs habitudes intellectuelles, en leur langue, en leur culture, en leur identité ou personnalité.
Avoir confiance, c’est se fier à soi-même, ne pas permettre à autrui de prendre soin de vos problèmes personnels ou communautaires. La confiance en soi est une espèce de sentiment de sécurité. Le manque de sécurité expose à tous les dangers, tous les risques d’agression physique ou psychologique, à tous les inconvénients, à tous les périls. Les individus ou les peuples qui n’ont pas grande confiance en eux-mêmes sont souvent assez fragiles, vulnérables, donnant facilement prise à des attaques, des agressions, des assauts. La conquête des esprits, des mentalités des individus ou des peuples qui ont perdu toute confiance en eux-mêmes est facile.
Pour BERGSON, si les Grecs ont tant créé, c’est parce qu’ils avaient au préalable assuré leur sécurité mentale, leur protection psychologique, leur confiance en eux-mêmes, c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas perdu le sens de leur vie, ni leur responsabilité, leur liberté de penser, de faire, de créer, d’imaginer, d’inventer, d’assumer la totalité de leur vie sociale, économique, politique, intellectuelle, spirituelle.
La philosophie grecque, la littérature grecque, notamment la tragédie, l’historiographie grecque, la religion grecque, la démocratie grecque, la science grecque, la cité grecque, autant d’acquis grandioses devenus positifs de l’humanité, sont, au regard réflexif de BERGSON, des productions de la confiance des Grecs en eux-mêmes.
Cet axiome de BERGSON : "Les Grecs ont tant produit parce qu’ils avaient confiance en eux-mêmes", est de même importance que cet autre axiome : "Les peuples qui n’ont pas confiance en eux-mêmes vivent dans l’insignifiant et croient nécessaire de confier leur vie aux soins d’Autrui".
Ces deux axiomes, vérifiés à l’équerre, ne sont pas pourtant des "éléments équivalents" comme disent les mathématiciens. Les solutions ne sont pas en effet équivalentes : avoir confiance procure sécurité, détermination, enthousiasme, tandis que manquer de confiance cause sentiment d’insécurité, soif de subordination, peur de se déterminer et de prendre des risques calculés, évalués, assumés.
Le statu quo, c’est-à-dire l’état dans lequel se trouvent les choses à partir de l’instant présent, devient la norme pour les individus et les peuples qui n’ont plus confiance en eux-mêmes. Excuses faciles, abandons rapides, peurs chroniques, compromissions par lâcheté ou par intérêt font partie de ce qu’on appelle souvent le statu quo.
Peut-être ce qui caractérise psychologiquement le manque de confiance le plus, c’est le sentiment de forte inquiétude : la peur. La peur de soi, la peur de l’Autre, la peur de sa propre pensée, la peur du réel, la peur du monde, la peur de lutter, de travailler, d’espérer. Souvent le poltron se réfugie dans l’imitation servile, la grandiloquence stérile, l’engagement impétueux dans le futile.
Cette question de confiance en soi est capitale, d’autant que l’africanisme, colonial ou postcolonial, a une logique singulière et ne vise qu’un but ’ : baisser continuellement, par l’écrit, l’audiovisuel, la presse, le film, l’image, le taux de confiance des peuples africains en eux-mêmes, atteindre et paralyser leurs élites, cultiver les réflexes de subordination, d’infériorité, proposer le dégoût, la Nausée, aurait dit Jean-Paul SARTRE (1905-1980).
Comprenons donc bien ce qu’est l’africanisme, sa psychologie profonde, ses méthodes, ses principes idéologiques, ses ruses dialecticiennes, ses finalités politiques.
Ce qu’est l’africanisme
L’africaniste est un chercheur, spécialiste non-Africain des langues, des civilisations et de l’histoire africaines. Il n’est pas interdit aux Non-Africains d’étudier l’Afrique et les peuples africains. Cela doit être clair. Ce qui est grave et insupportable, c’est que les africanistes, de génération en génération, depuis bien des siècles, et tous sans grande exception, étudient les civilisations africaines selon des critères exclusivement européens. En ce sens, les africanistes sont tous des africanistes eurocentristes. Tout ce qui est africain est jugé, évalué, compris, selon des appréciations purement européennes : les spiritualités africaines sont des "fétichismes" et des "animismes", les philosophies africaines sont des "systèmes de pensée", les peuples et nations africains sont des "tribus" et des "ethnies", les arts africains sont des "arts nègres", "sauvages", "primitifs", les langues africaines sont des "langues inférieures, semi-bantoues, chamito-sémitiques, afro-asiatiques", etc..
Des objets ont été inventés de toute pièce : "peuples paléonigritiques", "peuples hamites", "peuples hottentots", "sociétés acéphales", "peuples sans histoire", etc. Les africanistes sont non seulement eurocentristes mais encore, et surtout, racistes, c’est-à-dire que les africanistes européens, tous sans exception, croient qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les "races", sur le plan social, politique, intellectuel et affectif. Les "races" sont inégales et la "race noire" est inférieure à la "race blanche".
Les africanistes eurocentristes et racistes, tous sans exception, n’ont jamais sérieusement critiqué 1.- au plan scientifique
le dogmatisme fixiste de Carl Von LINNE (1707-1778), naturaliste suédois, qui a placé, de propos délibéré, au bas de l’échelle, la "race noire", dans son Système de la Nature ;
les différentes espèces vivantes de "Nègres" que BUFFON(1707-1788), naturaliste français, avait distinguées en Afrique noire : "vrais Nègres", "faux Nègres", "Nègres non véritablement nègres", etc. Ce qui donnera, de nos jours, les "Hamites" de Leo FROBENIUS (1873-1938), ethnologue allemand, les "langues hamitiques" de Cari MEINHOF, linguiste allemand, et les "langues semi-bantoues" de Malcolm GUTHRIE(1903-1972), linguiste anglais ;
le sexisme de CUVIER(1769-1832), zoologiste et paléontologiste français, qui dépeça les organes génitaux de la fameuse "Venus Hottentote" pour voir si cette femme sud-africaine avait un "sexe de crapaud", c’est-à-dire un sexe rembourré, évasé et bas, excroissant, espèce de lourde et trapue verrue : l’africanisme eurocentriste et raciste est toujours réceptif aux vues sexistes de CUVIER concernant les "Nègres" et les "Négresses" ;
l’anthropologie physique, avec ses mesures aléatoires, ses indices arbitraires, ses descriptions approximatives et ses classifications qui font preuve de racisme, n’est pas, en fin de compte, une "science" c’est-à-dire un ensemble cohérent de connaissances obéissant à des lois véritables par les méthodes expérimentales : l’anthropologie physique doit disparaître au cours de ce XXIème siècle.
2.- au plan juridique, religieux et philosophique
les affirmations dogmatiques de MONTESQUIEU (1689-1755), juriste, écrivain et philosophe français qui, dans De l’esprit des Lois (1748), établit que l’Africain, noir de la tête aux pieds, n’est pas une créature digne de Dieu, et que la couleur de la peau relève de l’essence même de l’humanité. C’est à peine si le Noir Africain peut avoir une "âme" aussi bonne que celle des Chrétiens d’Europe, auquel cas les Chrétiens d’Europe ne seraient pas eux-mêmes des Chrétiens ; c’est-à-dire que Dieu qui est si bon ne peut pas se tromper en mettant une "bonne âme" dans des corps entièrement noirs. En tout état de cause, MONTESQUIEU conclut péremptoirement que le Noir Africain n’a ni raison ni sens commun. MONTESQUIEU nie tout chez le Noir Africain : le corps, l’âme, la raison. Ce qui donnera les piliers mêmes de l’africanisme : le Nègre, noir de la tête aux pieds, avec un physique corporel hideux, vilain, affreux, horrible, ignoble, diabolique ; le paganisme, l’animisme, les religions primitives ; la mentalité prélogique qui ignore la contradiction, la marche déductive du raisonnement humain, les systèmes de pensée africains, toujours en dessous de la philosophie, donc de l’ethnophilosophie. Ainsi, tous les dogmes racistes de l’africanisme eurocentriste ont été mis au point dans la première moitié du XVIIIème siècle par MONTESQUIEU ;
la philosophie de David HUME (1711-1776), philosophe et historien britannique, qui décréta que le Noir est inférieur par nature, et qu’il n’a jamais été responsable d’aucune civilisation. HUME affirme que même les nations européennes les plus barbares sont encore supérieures aux peuplades nègres. Science, art, industrie, littérature, tout cela, dit HUME, n’existe pas chez les Noirs. Ce qui donnera, chez les africanistes eurocentristes et racistes, le dogme de l’infériorité congénitale, naturelle du Noir, c’est-à-dire conforme à l’ordre normal des choses, au bon sens, à la raison. Au naturel, le Noir, c’est le néant ;
L’historiographie de HEGEL (1770-1831), philosophe allemand, qui a théorisé ainsi :
le climat africain, torride, caniculaire, excessivement chaud, ne convient guère au séjour de l’Esprit qui s’actualise dans le temps et dans l’espace comme Histoire ;
de ce fait, l’Afrique proprement dite, c’est-à-dire l’Afrique noire n’a pas d’histoire, de civilisation, d’art, de loi, de philosophie, à l’exception du caprice, caractéristique de l’immédiateté ;
en conséquence, l’Egypte pharaonique n’appartient pas à l’esprit africain l’Egypte pharaonique appartient au monde méditerranéen oriental ;
et l’esclavage des Noirs Africains, quoique contre la liberté, est néanmoins bénéfique, car c’est une forme d’éducation pour les Africains, au contact avec les Européens, les seuls êtres humains civilisés.

- Hegel
L’historiographie hégélienne, toujours en vigueur, donnera l’anthropologie culturelle, l’ethnologie, l’africanisme eurocentriste et raciste, l’apartheid, la mentalité primitive de nature mystique et prélogique de Lucien LEVY-BRUHL (1857-1939), philosophe français ; l’esprit de l’Homme primitif de Franz BOAS (1858-1942), anthropologue américain ; les modes de pensée classificatoire de Claude LEVI-STRAUSS (né en 1908 à Bruxelles), auteur de la Pensée sauvage(1962).
L’africanisme eurocentriste et raciste ne permettra jamais d’envisager l’Egypte pharaonique comme une civilisation africaine et nègre, car le dogme hégélien est toujours puissant : "L’Egypte ne fait pas partie de l’Afrique proprement dite. L’Egypte n’appartient pas à l’esprit africain".
Voilà ce qu’est l’africanisme, ses racines historiques, culturelles, philosophiques, juridiques, idéologiques, épistémologiques. Voilà les paradigmes intellectuels de l’africanisme depuis le XVIIIème siècle. Le travail africaniste consiste à enlever aux peuples africains toute confiance en eux-mêmes pour imposer des aides superficielles et des micro-crédits dont on est sûr qu’ils ne changeront en rien la situation globale et les misérables conditions sociales de la vie africaine.
L’africanisme a soutenu la colonisation, l’apartheid. Il a théorisé sur le "sous-développement", engendré par la traite négrière atlantique, l’exploitation coloniale, les échanges commerciaux injustes au plan international. L’Occident a introduit en Afrique des maladies comme le syphilis, la tuberculose, le sida, l’ebola, de même que la corruption politicofinancière : le tout de façon très délibérée.
L’africanisme a des laboratoires, des centres de recherche, des instituts bien équipés, avec des spécialistes qui ont la vie gaie. Les "vacataires" africains qui collaborent avec eux ne sont jamais que de gagne-petit. Les africanistes écrivent et se citent entre eux, se procurent une sorte de bonheur scientifique. Jamais un africaniste ne procède à une analyse critique de l’oeuvre d’un autre africaniste. Les africanistes établissent leurs bibliographies sans mentionner les ouvrages écrits par des
Africains, surtout si les questions traitées sont cruciales pour le passé, le présent et l’avenir des peuples africains. Au fond, qu’est-ce qu’un africaniste ? Pourquoi l’africaniste travaille-t-il pour maintenir l’aliénation culturelle chez les Africains ?
[1] (chap. IV)
Commentaires
- 8/02/2008 19:22 par fabrice Okassa
- 29/12/2006 22:53 par Mushi
- 23/07/2006 15:11 par dams
- 13/05/2006 20:29 par mya consciente
- 1er/04/2006 22:16 par bindzi
- 31/07/2005 20:21 par karin
- 22/05/2005 17:54 par Bbc
- 17/05/2005 00:40 par MZE
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- 8/05/2005 21:19 par MZE
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