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par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com
Chercheur en Histoire, co-fondateur du site africamaat.com et de l’Institut Africamaat, concepteur de la revue Afrik@raïbes mag, JP Omotunde est un Kamit originaire de la Guadeloupe (Karukéra).
Ses ouvrages publiés aux éd. Menaibuc :
L’origine négro-africaine du savoir grec
Les racines africaines de la civilisation européenne
La traite négrière européenne : vérité & mensonges
Discours afrocentriste sur l’aliénation culturelle
Les Humanités classiques africaines pour les enfants
Manuel d’études des Humanités Classiques Africaines
Histoire de l’esclavage : Critique du discours eurocentriste
Découvrez le MenaibucBlog de JPO
Son dernier article: JO de Pékin : Origine africaine du (...)
La France républicaine vs la France coloniale
La banlieue crie à l’injsutice sociale, les partis xénophobes engrangent des adhérents. Enigme au pays des droits de l’homme.

La façon dont les média ont traité des derniers événements survenus dans les banlieues, a oscillé entre le désir d’informer le public sur les injustices sociales et la tentation de mystifier négativement les jeunes français originaires des pays du sud, pour leur faire endosser seuls, la responsabilité des incidents.
Aujourd’hui, vu le niveau d’incompréhension du public et la fourberie politicienne ambiante flirtant allégrement avec l’exaltation publique d’un vaste courant xénophobe dans le but de récolter des électeurs désemparés, le temps est venu de fustiger les fourbes, adeptes de l’escroquerie républicaine.
Mais tout d’abord, apprécions ensemble ce parallèle historique pour analyser avec un autre œil le drame social actuel. Voilà les faits :
En Afrique noire, en l’an 29 du règne du Roi Kamit Ramsès III, les ouvriers de la nécropole se mettent en grève car ils estiment être mal traités, mal nourrit et mal encadré par les scribes architectes chargés par pharaon, de mener à bien le chantier à Deir el Médineh. Khonsou, leur chef, lance alors un appel à la mobilisation et très vite le contrôle des événements va échapper aux chefs de chantier. C’est la révolte et il devient impossible de calmer les ouvriers.
Voyant la situation leur échapper complètement, les chefs de chantier courent avertir le Fari (Roi) pour qu’il prenne des sanctions sévères contre les ouvriers. En se rendant sur place, Ramsès III ne peut que constater l’ampleur des dégâts.
Après avoir entendu et apprécié les déclarations des uns et des autres, il décide alors de sanctionner contre toute attente, non pas les ouvriers mais les chefs de chantier. A ses yeux, les troubles ont commencés dès le moment où les chefs de chantier on fait preuve de laxisme et d’hypocrisie vis-à-vis des ouvriers.
Cette anecdote nous permet de voire qu’aujourd’hui en France, c’est le contraire qui se produit. Les chefs de chantier se pavanent et les ouvriers trinquent !
Quelle est la moelle épinière du problème ?
Il y a en France, un hiatus de taille, qu’il convient de bien cerner. La Constitution française dans son article premier stipule que la France « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ».
Par la « France » il faut entendre, toutes les composantes représentants l’Etat, à savoir le gouvernement (Assemblée Nationale, Sénat...) mais aussi les collectivités territoriales, les services publiques (administrations, ANPE, logements sociaux, etc .) et les entreprises publiques (transport, audiovisuel, etc.). Donc la vraie phrase est normalement celle-ci : « Toutes les composantes de l’Etat français, sont tenues de veiller à l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elles respectent toutes les croyances ». Tels doivent être les idéaux de toutes les structures qui représentent la France, dans et hors de l’hexagone.
Voyons maintenant les idéaux de la République Coloniale Française : « La France Coloniale et ses composantes la représentant, n’assure point l’égalité devant la loi de tous les citoyens et se base sur des critères d’origine raciale, de zone d’habitation, de patronyme et de religion pour mettre en place sa politique de discrimination systématique. Elle ne respecte pas toutes les croyances et place dogmatiquement la sienne au-dessus de toutes les autres ». Telle est la réalité sociale aujourd’hui.
A votre avis, quelle France a suscité la révolte des jeunes de banlieues ? La France républicaine ou la France coloniale ? Car vouloir résoudre un problème sans cerner ses racines équivaut à un coup d’épée dans l’eau.

Pour un citoyen d’origine africaine ou afro-antillaise, la République Française et la République Française Coloniale, sont comme les deux faces d’une même pièce de monnaie. Il joue sa vie à pile ou face et finit par comprendre que la pièce qu’on lui présente dans le texte de la République Française a été remplacée dans la réalité par une autre pièce totalement pipée.
Lorsque Jacques Chirac dénonce, dans son dernier discours, le « poison de la discrimination » qui « sape notre idéal républicain », il reconnaît implicitement qu’il préside un Etat Colonial et qu’il est temps qu’il devienne enfin Républicain. D’où le fait qu’il invite les français « blancs » à moderniser leur vision sociale, à « assumer la diversité française » et à réserver à tous « les mêmes chances face à l’emploi » et face au reste.
Et il conclut en reconnaissant que l’on « ne sortira pas de la situation actuelle si on ne met pas en cohérence les discours et les actes ». Oui, nous parlons bien de Jacques Chirac, l’émetteur de la phrase raciste « électoraliste » sur « l’odeur » des Noirs. Mais qu’en est-il de l’élite après cette déclaration fracassante ? Tant que les candidats aux élections présidentielles se borneront à exalter des sentiments xénophobes à l’égard d’autres français, le candidat élu ne dirigera qu’une République Coloniale, constructrice de discriminations raciales et dévalorisant son image internationale !
Prenons l’exemple de l’ANPE, cette escroquerie républicaine (et il y en a beaucoup d’autres) qui défend à merveille les idéaux de la République Coloniale. N’importe quel chef d’entreprise peut passer par ses services pour recruter des candidats « BBR », abréviation de Bleu, Blanc, Rouge voulant dire « exclusivement blancs ». C’est-à-dire que l’ANPE fonctionne comme une administration coloniale chargée de l’apartheid professionnel. Mais l’apothéose de l’escroquerie républicaine de l’ANPE est que les chômeurs des DOM ne sont même pas comptabilisés dans les statistiques nationales du chômage. La France est quoi déjà ? Ah oui, indivisible, mon œil !
Même la façon dont est gérée médiatiquement l’insatisfaction des jeunes français issus des minorités révèle que nous sommes bien dans une République Coloniale. Cabales médiatiques, couvre feu colonial, culpabilisation des familles, exaltation d’idées racistes, campagnes médiatiques de politiques pyromanes sociaux, surenchère des thématiques de l’extrême-droite, bref... tout l’arsenal idéologique d’un état colonial y passe. N’est-ce pas Mohamed Dia, styliste de la marque Dia, qui confirme dans le Nouvel Obs que « nous sommes dans une gestion coloniale de la crise et on va tout droit au casse pipe ». [Nouvel Obs du 17 au 23 novembre 2005].

Tâchons de comprendre ce que ne veut pas voir l’establishment français. Tout d’abord, pourquoi les jeunes ont brûlé les entreprises et les commerces ?
Si on s’en tient aux dires des média, les jeunes sont « incapables de verbaliser leur colère, ils semblent n’avoir aucune revendication autre que le sentiment d’en avoir marre, et pas d’autre choix moyen d’expression que la violence ».
Pourtant furtivement (naturellement) on a bien vu un jeune expliquer dans un reportage de France 3 que les entreprises étaient censées bénéficier d’avantages sociaux en s’installant dans les zones franches et qu’en échange, elles s’engageaient à former et à embaucher des jeunes des cités. Au finish, elles n’ont pas respecté leurs engagements, d’où la sensation amère de ces derniers, d’avoir cru un peu trop au père noël social ou à la mère noël républicaine.
Saviez-vous que deux ans après la mise en place du dispositif des zones franches, le gouvernement a convoqué les organisations de commerçants et d’entreprises sans oublier les associations, à venir dresser le bilan de la zone franche. Pour le Val d’Oise, j’y étais pour représenter une association. J’ai d’ailleurs ouvertement exprimé ma stupéfaction de constater que le principe de l’exonération des charges sociales n’avait pas été prévu pour les associations loi 1901, désireuses de créer des emplois et pourtant situées dans la zone franche. D’autre part, rares sont les jeunes des cités qui travaillent dans les entreprises qui bénéficient du dispositif.
Là-dessus, les jeunes présents ont donc invectivé les responsables professionnels en leur disant qu’ils ne jouaient pas le jeu initialement prévu. Alors que les chefs d’entreprises se perdaient en justifications malhonnêtes, le responsable du gouvernement a demandé à un chef d’entreprise jusque-là silencieux, de s’exprimer sur la question. Voilà ce qu’a dit ce monsieur : "Un jour, deux jeunes m’ont arrêté dans la rue pour me parler. Je leur ai demandé d’inviter tous ceux qui étaient dans le même cas qu’eux dans la cité, à venir discuter avec moi dans mon bureau, avec leur dossier professionnel. Nous avons longuement parlé, j’ai écouté chacun d’eux et après, je les ai suivi personnellement. Quelques uns travaillent aujourd’hui dans mon entreprise, d’autres y on fait un stage. Je ne peux pas me plaindre de leur attitude car je n’ai aucun problème avec les jeunes de la cité. On parle ensemble de leur avenir professionnel et je leur donne pas mal de tuyaux". Un silence mêlé de gêne a fini par envahir la salle. Peut-on gérer une entreprise en banlieue comme on gère une entreprise à St Germain en Laye ?
- Les jeunes ont brûlé des voitures pour rien disent certains...
Il y a quelques années, lors d’une énième réunion avec un préfet, énervé devant son incompréhension de la gravité de la situation dans les cités, je lui ai déclaré :
« Mr le Préfet, je vous parle de l’urgence de mettre en place des actions concrètes et vous me répondez que l’argent manque. Mais discutons au moins de la pertinence de ces actions et on verra la problématique de l’argent par la suite. Mais vous ne voulez même pas discuter de nos propositions, c’est extraordinaire. Car mon problème est le suivant. Je souhaite montrer aux jeunes que l’on peut, par une démarche citoyenne, défendre ses idées et proposer des solutions alternatives aux collectivités locales. Mais voyez-vous, les jeunes n’y croient plus. Ils m’ont dit qu’en brûlant des voitures, non seulement ils iraient plus vite que moi et mais en plus, ils obtiendraient l’argent qui fait défaut. Ce qui veut dire que dans ce pays, en discutant on obtient rien mais en brûlant des voitures, on vous écoute et l’argent tombe comme par magie. Moi, je crois que je vais proposer de dissoudre l’association qui m’a demandé de porter ces projets, car je refuse de me ranger à l’idée que les jeunes ont raison ». Résultats : aujourd’hui, les jeunes brûlent en masse des voitures et obtiennent les 100 millions d’euros de budget associatif qui leur avait été préalablement supprimés. Qui est le dindon de la farce républicaine ?
En fait, beaucoup de responsables de collectivités territoriales se conduisent comme de véritables gouverneurs coloniaux. On se réunie entre blancs pour discuter des problèmes et on met en place des pseudo-solutions alors que l’on ne vit même pas dans la cité et que l’on y va surtout pas. Dans une réunion départementale sur l’insécurité que n’ai-je pas dit comme horreur au micro... « Mais où sont les jeunes des cités, où sont les familles concernées ? Vous voulez discuter de la sécurité et du cadre de vie sans les inviter ? Vous envoyez des cartons d’invitation aux gens et comme par hasard les personnes que nous devons écouter et comprendre sont absentes ». A vous de comprendre.
En fait, il n’y a pas meilleurs pyromanes sociaux que certains responsables républicains. Ils suppriment la police de proximité, interdisent aux policiers d’être proche des jeunes, mettent en place une politique arbitraire de résultats, coupent les budgets des associations qui essaient de maintenir le lien social et l’écoute des familles en difficulté, subventionnent des entreprises non-citoyennes implantées dans les zones franches, privatisent à tour de bras les entreprises publiques pour engranger des royalties, réduisent le parc de logements sociaux, rechignent à donner des postes à responsabilités aux français originaires des pays du sud, suppriment les emplois jeunes, créent de la misère sociale, laissent les gens habiter dans des immeubles insalubres, etc...
Mais comment sanctionner un élu qui joue le jeu de la France coloniale ?... Ai-je un jour demandé. Faut-il lui écrire, écrire au gouvernement, écrire à son parti politique, occuper la mairie ??? Le bulletin de vote m’a-t-on rappelé, le bulletin de vote !
Aucune.
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