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 Publié le 13 octobre 2005

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La Négrophobie en marche dans les média ?

Les événements dramatiques de l’exclave espagnole de Menila viennent exacerber le sentiment général de mépris, de déconsidération et de haine instinctives envers tout ce qui est Noir aujourd’hui dans le monde.

La Négrophobie en marche dans les média ?

- Tamsir Anne (Allemagne)

Est-ce un hasard si les événements dramatiques de l’exclave espagnole de Menila interviennent quelques semaines seulement après les images dégradantes de la Nouvelle Orléans, où la classe pauvre noire abandonnée à elle-même par l’État le plus puissant et le plus riche au monde crevait « en live » sur toutes les chaînes de télévision du monde ?

En tout cas, dans un monde médiatisé à outrance, les images ont valeur de plus que de symbole.

Mais ce qui est nouveau et insupportable dans ce cas-ci, c’est qu’en terre africaine, un pays « africain », « musulman », à savoir le Maroc, pour des considérations bassement mesquines se charge par l’intermédiaire de son armée de la sale besogne d’en finir avec les jeunes Noirs africains qui viennent chaque jour plus nombreux heurter les portes de la forteresse européenne.

Des sources autorisées, la deuxième chaîne de télévision publique allemande (ZDF) entre autres, ont fait état de militaires marocains tirant à bout portant sur des réfugiés africains, avant de déporter et d’abandonner une bonne partie d’entre eux, sans ressources aucunes, au milieu du désert, où plusieurs autres sont morts. Ce qui est très grave dans tout cela, c’est que la cause est désormais entendue : chacun pourra à l’avenir, plus que par le passé, écraser du Nègre en toute impunité.

Même un pays dont la jeunesse forme le gros du contingent des émigrés clandestins en Europe ! Pourquoi l’Afrique qui a souffert de plus de quatre siècles d’esclavage, sans jusqu’à nos jours recevoir la moindre excuse, ni la moindre compensation de la part des Américains et de leurs ancêtres Européens, continue t-il d’être le « défouloir » universel d’un monde en mal de repaires ?

Doit-on s’étonner - cela n’allège en rien la responsabilité proprement africaine - que l’Afrique en considération de ses cinq derniers siècles d’Histoire se débatte dans les difficultés qui sont les siennes ? D’autres peuples auraient sans doute tout simplement entièrement péri...

C’est là que se trouve certainement le miracle et le mystère de la force vitale africaine, cette volonté profonde et indestructible, cet attachement viscéral à la Vie. Même une lecture quelque peu attentive des événements de Menila ne peut manquer de déceler l’extrême force de ces jeunes Africains, bravant le désert, les humiliations et la Mort, animés par le seul désir de vivre, de réussir pour eux-mêmes et pour leurs familles. Que ne gagnerait l’Afrique à canaliser cette énergie pour construire elle-même son destin !

C’est de guerre lasse, vaine et hypocrite que de vouloir prédire aux jeunes Africains de rester chez eux, tant qu’ils n’y disposeront de possibilités, si minimes soient-elles, de mener une vie un tant soit peu humaine.

Force est de constater dans cette perspective avec feu le Professeur Cheikh Anta Diop, que le Noir aujourd’hui dans le monde « mène et on mène contre lui un combat d’une violence pire que celle qui amené la disparition de certaines espèces ». Que le combat est partout, dans les relations internationales les plus feutrées, dans les images véhiculées sur le Noir et sur l’Afrique, dans la façon dont on traite toute question touchant au Noir et à l’Afrique en général.

Aux Etats-Unis, aux pires moments de la catastrophe, les Noirs luttant contre la mort et la faim, sont présentés partout dans les Médias occidentaux comme des pillards alors que les quelques Blancs concernés se «  procurent de la nourriture ». La force et la violence des mots ne peuvent être plus évidentes.

Mais quelle est dans tout cela la réaction de la classe politique africaine et particulièrement de nos chefs d’état, toujours prompts à magnifier nos relations avec les « pays amis » ? Mutus et bouche cousue. Même pas un mot de protestation pour les centaines de jeunes Sénégalais, Maliens, Gambiens et autres ! Que c’est lamentable et dégradant !

Qu’en est-il de la Presse ? Est-ce un banal fait divers que de tuer comme des mouches tous ces jeunes Africains qui n’ont eu le tort que de rêver de meilleures conditions de vie ?

Bref, nous voulons ici exprimer de concert avec tous les hommes épris d’un tant soit peu de justice et de dignité humaine notre profonde indignation face aux traitements bestiaux et abjects dont les jeunes Africains ont fait l’objet à Menila et au Maroc.

Nous demandons à tous les Africains et à tous les Noirs partout où qu’ils soient dans le monde de redresser la tête et d’œuvrer sans relâche ni fatigue, chacun avec les moyens qui sont les siens, dans tous leurs actes et leurs aspirations pour la vraie Renaissance de l’Afrique et du monde Noir, berceau de l’humanité, creuset de la Civilisation, garant et seul espoir de l’homme réconcilié avec lui-même et avec Dieu.

- Tamsir Anne
- Francfort, Allemagne.

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