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par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com

 Publié le 26 décembre 2007

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Les grandes agglomérations urbaines de l’Afrique impériale

Lorsqu’il est question de l’Afrique pré-coloniale dans les clips vidéo, les dessins animés ou les films, on voit toujours les mêmes décors. Un urbanisme primitif avec huttes en bois ou en terre. Certes ce type d’installation urbaine a existé et existe encore. Mais ce qui est intéressant du point de vue de l’objectivité, c’est aussi d’apprécier les réalisations urbaines plus avancées.

Les grandes agglomérations urbaines de l’Afrique impériale

Il existe un bon nombre de descriptions faites par des explorateurs étrangers, de constructions urbaines majeures en Afrique précoloniale. Pourtant c’est presque exclusivement l’image de la case en terre ou en paille qui semble être la plus médiatisée.

Les voyageurs Hollandais nous ont par exemple légué plusieurs descriptions de zones urbaines dont par exemple, la ville du Bénin (Nigéria méridional), comme l’atteste les travaux de P. Mercier [1] :

«  La ville semble être très grande, quand on y entre, on va dans une grande rue large, non pavée qui semble être sept ou huit fois plus large que la rue Warmoes d’Amsterdam, qui s’en va tout droit... On pense que cette rue a 1 mille hollandais (7 Km) de long. On voit beaucoup de grandes rues sur les côtés qui s’en vont tout droit (...) Les maisons de cette ville se dressent en bon ordre, chacune à côté et dans l’alignement de l’autre, comme se dressent les maisons en Hollande (...)

A la porte par laquelle je suis entrée à cheval, j’ai vu un très haut rempart (...) Hors de cette porte, il y a un faubourg  ».

Un autre voyageur hollandais du nom de O. Dapper a aussi visité la même ville. Il témoigne [2] :

« La ville est composée de trente rues principales très droites et larges de cent vingt pieds, en outre, une infinité de petites rues transversantes. Les maisons sont rapprochées les unes des autres en bon ordre (...) elles n’ont qu’un étage de hauteur. Le palais du roi est un ensemble de bâtiments qui occupe autant de place que la ville Harlem et qui est entouré d’un mur, comme celui qui entoure la ville (...) Le seul palais de la reine a trois lieus de tour et la ville cinq (...) la ville et la palais pris ensemble ont un périmètre de huit lieues (soit plus de 30 Km) ».

A propos du royaume Lovango, à l’emplacement de l’actuel Congo-Brazaville, O. Dapper nous a aussi décrit sa capitale :

"A peu près de la grandeur de (la ville de ) Rouen, mais les bâtiments ne s’y touchent pas (...) Elle a de grandes rues et d’autres transversantes que les habitants ont grand soin de tenir nettes. Il y a devant les maisons de grandes allées de palmiers, de bananas, de bakoves. Les maisons sont longues. Le toit est appuyé sur des mâts soutenus par des colonnes (...) Il y a dans chaque maison deux à trois chambres séparées de même qu’en Europe. Celle où ils gardent leur argent a ordinairement une porte de derrière et est fermée par un cadenas. Ils se gardent les uns aux autres une grande fidélité et se secourent promptement au besoin".

Banza, la capitale de la province de Pemba en Angola, fut appelé San Salvador par les portugais. Elle a été bâtit sur la montagne et les maisons qui la composent sont rangées en file en diverses rues et abritent, selon Dapper, près de 40 000 âmes. Le palais du roi, fermé par quatre muraille, était aussi grand qu’une ville ordinaire. Poursuivant cette description, J. F de la Harpe, nous apprend que [3] :

"Il y a peu de régions aussi peuplée que le royaume de Congo (...) La ville de Banza (San Salvador) est sur un haut plateau, à 150 milles de la mer. Le plateau d’environ dix milles de tour est bien cultivé et si rempli de villes et de villages que dans un si petit espace, elle contient plus de cent mille âmes".

Pour décrire Ghana, El Bekri raconte que [4] :

"Ghana se compose de deux villes (...) Celles qui est habitée par les musulmans est très grande et renferme douze mosquées. La ville habitée par le roi est à six mille de celle-ci (...) Le territoire qui les sépare est couvert d’habitations. Les édifices sont construits avec des pierres et du bois d’acacia. La demeure du roi se compose d’un château et de plusieurs huttes à toits arrondis (...) Dans la ville du souverain, non loin du tribunal, se trouve une mosquée (...) La ville du roi est entourée de huttes, de massifs d’arbres et de bocages".

Et ce ne sont pas les seules villes africaines qui furent abondamment décrites par les visiteurs étrangers qui insistaient sur les rues larges et droites des villes, les habitations plus ou moins fastes à étages ou non, les arbres rangés en files, les murailles, etc... Car on pourrait citer Bouali décrite par l’abbé Proyart, Koumbi par Kati, les villes du Songhaï par Es Sadi, Kano par Henri Lhote, Mogadiscio par un voyageur chinois au 15ème siècle qui remarqua même, fait particulier, de hautes maisons de pierres de quatre à cinq étages (Cf. Courrier de l’Unesco, oct. 1959, G. Mathew, l’océan indien baigne des villes mortes).

Cependant, il convient de préciser que ces villes étaient fédérées sous l’autorité d’un roi, régnant sur un vaste royaume homogène divisé en villes ou bourgades dites Seigneuries. Par exemple, Dapper mentionne que le royaume de Ngola (Angola) était composé de 8 provinces principales divisées en diverses Seigneuries. Ainsi, Lovango en avait 39, Cambamda 60, Massingan 12, llamba 12, Embaco 60 et dans la province de Sinfo (nord de Lovango) on trouve un village tous les 3 lieues et il y existait 32 seigneuries. Le prince de Bamba, régnait par exemple sur plusieurs villages et selon le Tarikh el Fettach, l’empire du Mali comptait près de 400 villes. Nul doute qu’il existait des maçons africains, experts et des ingénieurs en construction diverses, pour réaliser les murs des forteresses ainsi que les maisons, les temples ou les mosquées.

En guise d’illustration, lorsque l’Askia Mohamed (roi Nègre) prit la ville de Diaga, il recruta de force près de 500 maçons munis de leurs outils dont 400 furent emmenés à Gao et les 100 autres bâtirent la ville de Tendirma pour son frère ainsi que son palais. Mais arrêtons nous quelque peu sur deux villes de grandes renommée, Tombouctou et Djenné. Kati raconte qu’un témoin oculaire lui a dit qu’il y avait près de 26 établissements de tailleurs à Tombouctou dont chacun employait 50 à 100 apprentis. Il existait encore près de 180 écoles comptant chacune en moyenne près de 120 élèves. Joao de Barros ajoute que les marchands venaient du Caire, de Tunis, d’Oran, de Tlemcen, de Fez, du Maroc et d’autres royaumes pour y faire du commerce. Selon Es Sadi, la ville n’a été fondée qu’au 12ème siècle et elle était :

"exquise, pure, délicieuse, illustre, cité bénie, plantureuse et animée, retraite des savants et des dévots, séjour habituel des saints et des hommes pieux".

A propos de Djenné, Sékéné M. Cissoko nous apprend encore que l’on [5] :

"entrait dans la ville par onze portes. Les larges rues plantées de mimosas odorants, les jardins ombragés par les touffes de rôniers, les places, les grandes maisons à un ou deux étages, de lignes sobres et harmonieuses, montraient un souci d’urbanisme empreint d’une authentique originalité. Malheureusement le palais du gouverneur fut détruit au 11ème siècle par Komborou lorsqu’il se convertit à l’islamisme. Sur l’emplacement de ce palais, il fit élever une mosquée reputée plus belle que la Kasbah de La Mecque, qui fut détruite en 1830 par Cheikou Amadou (...) Félix Dubois (qui visita Dienné vers 1900) nous en a laissé une bonne description (...)

Ce fut un tour de force, une merveille, un chef d’œuvre si on réfléchit que pour tous matériaux, ces architectes employèrent de la glaise et du bois uniquement et que leur œuvre dura huit siècles (...) Comme la Mosquée, les belles maisons de Dienné sont en argile et en bois. Pourtant leurs murs massifs ont l’air d’être taillés dans un bloc de pierre. C’est une illusion que donne le crépi de sable qu’utilisaient les maçons. (...) des piliers décorent la façade. Souvent les murs sont incrustés de poteries qui servent de nids aux pigeons (....) Sous les arcades de la mosquée ou dans la cour de leur maison silencieuse, les professeurs donnent leurs leçons entourés d’un cercle attentif d’étudiants.

Sâdi nous parle des savants qui illustrèrent la ville. Il cite en autres : au 15ème Mouri Maghan, un Peul jurisconsulte renommé ; au 16ème, Fodé Mahommed Sanou, un Mandingue qui fut le premier Cadi de la ville. Elgho, d’origine Mandingue, savant réputé, est le père de deux jurisconsultes célèbres de Tombouctou, Mohammed et Ahmed. Il y avait également quelques savants arabes qui avaient ouvert des cours à Dienné.

A Partir du 15ème siècle, l’université de Tombouctou se posa en rivale et il semble qu’au 16ème siècle, les innovations hardies, le bouillonnement des idées seraient devenus particulièrement l’apanage de Tombouctou [6].

CONCLUSION :

En conclusion, il convient de prendre le temps d’étudier les grands complexes urbains de l’Afrique pré-coloniale, c’est important, surtout pour les enfants qui pensent que la case fut la seule habitation construite en Afrique noire. Des dessins de ces grandes villes précoloniales ont été réalisés par les explorateurs, il faut donc les collecter et les retravailler à l’aide de l’infographie.

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VILLE AFRICAINE DE LOUANGO

D’autre part, on voit que les problèmes de rivalités ethniques étaient évacués par une organisation juste et proportionnelle de la représentativité de chaque ethnie au sein du pouvoir central. Chacune concourait au maintient de l’harmonie du royaume en raison de ses spécificités (ex. corps de métiers) et oeuvrait à la défense des valeurs essentielles de l’empire.

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AUTRE VUE DE LA VILLE

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Références bibliographiques:

[1] Cf. Civilisation du Bénin, Sté Continentale d’Editions Modernes, p. 161, Hollandais anonyme ou Louise Maes-Diop Afrique noire : démographie, sol et histoire ou encore J. Philippe Omotunde, Les racines africaines de la civilisation européenne, éd. Menaibuc

[2] Cf. Description de l’Afrique,1668, Amsterdam

[3] Cf. J. F. de la Harpe, histoire Générale des voyages, tome III, Paris, 1787

[4] Cf. Description de l’Afrique septentrionale, Paris, Maisonneuve

[5] Cf. Histoire de l’Afrique Occidentale, Paris, Présence Africaine

[6] Cf. Les belles pages de l’histoire africaine, Vera Carnot

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