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par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com

 Publié le 23 décembre 2006

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Les liens entre l’Afrique et la civilisation Thrace

Le musée Jacquemart-André accueille, du 14 octobre 2006 au 31 janvier 2007, une vaste exposition dédiée à la grande civilisation thrace. Naturellement, ses liens avec l’Afrique noire ne seront pas évoqués.

Les liens entre l’Afrique et la civilisation Thrace

1- Généralités :

Le musée Jacquemart-André accueille à Paris, une exposition d’une centaine de pièces majeures en or et en argent illustrant la grande civilisation Thrace. Plus spécialement, ces pièces concernent l’époque des dynasties royales (VIe siècle-IIIe siècle av. J.-C.), contemporaines de la Grèce classique.

Liés aux mythes fondateurs, tel le mythe d’Orphée, le cycle d’Héraclès, ou encore à certains aspects du culte de Dionysos, les peuples thraces ont joué un rôle important dans la constitution de la civilisation européenne, comme l’atteste la magnificence des objets exposés et leurs représentations.

L’exposition met en lumière quatre des plus exceptionnels trésors thraces : les trésors de Rogozen (fin du Ve siècle milieu du IVe siècle av. J.-C.), de Borovo et de Letnitsa (IVe siècle av. J.-C), de Panagjurishte (fin IVe-début IIIe siècle av. J.-C.).

Les objets présentés révèlent, par leur richesse décorative, la virtuosité d’un peuple d’orfèvres, et constituent les témoins émouvants de cette civilisation. Certains avaient une fonction utilitaire, tels les éléments d’armement et de harnachement, qui rappellent l’identité guerrière des tribus de cavaliers. D’autres, des bijoux, des éléments de vaisselle d’apparat, étaient utilisés lors de banquets royaux ou de rites religieux.

2- Le lien avec l’Afrique noire :

Si nous étions familiarisés avec nos Humanités Classiques Africaines, une telle exposition aurait forcément suscité notre intérêt. Car au de-là de l’histoire de l’Europe, le passé de la civilisation Thrace reste intimement lié à notre histoire.

Par conséquent, vu que les organisateurs de l’exposition n’aborderont pas cette thématique, nous vous proposons de lever le voile sur les liens entre l’Afrique et la civilisation Thrace.

Les grecs anciens relatent qu’à plusieurs reprises, l’Afrique noire a dominé les peuples Thraces qui ne se distinguaient pas d’ailleurs par leur sagesse et leur courage.

Ainsi, la première présence africaine en Thrace fut celle d’Osiris. En effet, répondant à l’appel divin de parcourir la terre habitée avec divers spécialistes (agriculteurs, architectes, musiciens, prêtres, etc...) pour enseigner aux hommes les us et attitudes humaines ainsi que les rituels religieux, Osiris eut dit-on, une renommée internationale.

Initiateur, entre autre chose, de la culture de la vigne, de l’utilisation et de la conservation du vin ainsi que de l’agriculture (avec son épouse Isis), il fut à juste titre appelé "Wn Nefer" à savoir "l’être divin perpétuellement bon" par les anciens Africains. Premier envoyé de Dieu sur terre, mort et ressuscité pour permettre aux hommes d’accéder à la vie éternelle (Ankh), il symbolise pour nos ancêtres, la justice et l’amour du divin. Pour évoquer Osiris, les Africains anciens faisaient d’ailleurs cette prière qui reste l’ancêtre du Notre Père chrétien :

Adressons nos louanges à Osiris

Le Dieu bien-aimé !

Comme il est agréable de t’adresser des louanges !

Tu es l’Unique,

Tu es l’être qui a existé avant toute autre forme d’existence

Qui a crée le ciel,

Qui a crée la terre,

Qui ne cesse de donner le rassasiement à tout un chacun,

Car la terre vit de tout ce que tu as crée,

Toi qui donne tout ce qui paraît sur la table... [1]

Ainsi, selon l’historien grec Diodore de Sicile, Osiris quitta l’Afrique :

« Avec toute son armée pour son expédition, avec à ses côtés son frère que les Grecs appèlent Apollon. A ce qu’ils disent, c’est celui-ci qui découvrit le laurier et tous les hommes en couronnent particulièrement ce Dieu. Il attribue la découverte du lierre à Osiris et le consacrent à ce Dieu, tout comme les Grecs pour Dionysos (...)

Des spécialistes en agriculture accompagnaient aussi Osiris (...) Il parcourut ensuite les autres peuples et passa en Europe en traversant l’Hellespont (...)

En Thrace il tua le roi des Barbares, Lycourgos, qui s’opposait à ses actions, il y laissa Maron qui était dès lors âgé, pour veiller aux plantations qu’il avait faites en ce pays et en fit le fondateur de la ville qui porte son nom et qu’il nomma Maronéia. Il laissa aussi Macédon comme roi du pays qui fut dénommé d’après lui Macédoine ".

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OSIRIS

Lycourgos qui refusa les principes d’organisation maâtique fut mis à mort par Osiris, selon Diodore et c’est ce dernier qui ayant enseigné l’agriculture aux Thraces, laissa à Maron, le soin de veiller sur la ville dont le nom Maronéia découle de sa propre appellation. Enfin, Macédon qu’Osiris mit sur le trône légua son nom au pays qui devint la Macédoine, d’où partit plus tard Alexandre le Grand, vers 300 avant J. C.

En Grèce, le personnage d’Osiris fut assimilé à celui de Dionysos. Il convient donc de savoir que dans la tradition égyptienne, Osiris est le fils du ciel (la déesse Nout) et de la terre (le divin Geb). Parallèlement, dans la tradition grecque, Dionysos est le fils du ciel (symbolisé par Zeus) et de la terre (symbolisé par la déesse Déméter). On voit donc bien ici qu’il s’agit d’un simple recyclage d’un concept nègre en terre européenne.

Et plus loin, nous avoue Diodore : "Parmi ceux qu’il châtia, en parlant d’Osiris, les plus célèbres, dit-on, furent Penthée chez les Grecs, le roi Myrrhanos chez les Indiens et Lycurgue chez les Thraces (...) Pour remercier Charops du service rendu, Dionysos (Osiris donc) lui confia la royauté sur les Thraces et lui enseigna les rites secrets des cérémonies d’initiation [2].

On le voit donc bien ici, la civilisation Thrace n’était absolument pas maîtresse de son destin.

Par la suite, divers rois kamits ont dominé la civilisation Thrace, ce fut le cas de Sésostris III et de Thoutmosis III. Ceux-ci ont régné sur empire qui dépassait largement les frontières de l’Afrique (Asie, Orient, Afrique, Europe). Ainsi, à propos de la conquête de la Thrace par Thoutmosis III (1504-1450), le testament du prêtre égyptien Manéthon (sage kamit à qui nous devons la chronologie de l’histoire égyptienne), nous révèle ceci :

"En 9 ans, il domina toute l’Asie et l’Europe aussi loin que la Thrace, érigeant partout des monuments commémoratifs de ses conquêtes sur les tribus. Sur des stèles, il grava pour une race vaillante les paries intimes d’un homme, pour une race lâche, celles d’une femme. En fonction de cela, il fut estimé par les Egyptiens comme le second après Osiris".

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THOUTMOSIS III

Naturellement, après ces conquêtes, les rois des pays vaincus devaient chaque année porter leur tribut d’or et de pierres précieuses en Afrique (selon leurs possibilités nous dit Diodore de Sicile), pour témoigner de leur allégeance. Par ce biais, les rois Kamits initiaient les représentants des peuples étrangers à la spiritualité et à la sagesse africaine.

A propos maintenant de la conquête de la Thrace par Sésostris III (1878 à -1842), l’historien grec Hérodote nous a légué un précieux témoignage. Il affirme avoir vu lui-même les stèles kamits prouvant l’annexion de la Thrace par l’Egypte :

"Ce Roi, racontaient les prêtes (d’Egypte) parti des bords du golfe arabique avec des vaisseaux longs (près de 400), soumit les habitants des bords de la mer Erythrée (...) Il traversa de part en part le continent et passant de l’Asie en Europe avança jusqu’au pays des Scythes et des Thraces qu’il subjugua (...) Dans ces pays en effet, on constate que furent érigées les stèles dont je parlais (...)

Des stèles que le Roi d’Egypte Sésostris dressait dans les différents pays, la plupart ne sont plus visibles et ne subsistent plus, toute fois, dans la Syrie Palestine (Phénicie), j’en ai vu moi-même qui existent encore portant les inscription dont j’ai parlé et les partie sexuelles de la femme (...)

En Ionie deux images de cet homme taillées en bas-reliefs dans des rochers sur la route qui va du pays d’Ephèse à Phocée et sur celle qui va de Sardes à Smyrne. De part et d’autre est sculpté un homme haut de quatre coudées et demie ; il tient de la main droite une lance et de la main gauche un arc ; le reste de son équipement est à l’avenant, en partie égyptien, en partie éthiopien. D’une épaule à l’autre court en travers de sa poitrine, une inscription gravée en caractères sacrés égyptiens dit ceci : "Moi, par la force de mes épaules, j’ai conquis ce pays".

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SESOSTRIS III

Bien entendu, tous ces témoignages historiques ne seront pas portés à la connaissance du public dans le cadre de l’exposition sur la civilisation Thrace. Cependant, c’est le moment de rappeler que pour "l’exposition Soudan" présentée à l’Institut du Monde Arabe il y a quelques années, la domination égyptienne de la Nubie n’avait pas été passée sous silence. J’en veux pour preuve ce passage aux relents racistes, rédigé par Marie France Saurat dans le supplément de l’exposition Soudan édité par Paris Match et relatif aux Nubiens : "Les esclaves d’autrefois, les porteurs de tresses, les cheveux crépus, ceux qui s’habillent de peau, les scarifiés, les Néhésyou [3]au visage brûlé, sont devenus les maîtres ".

Comme d’habitude, la loi du deux poids, deux mesures est de mise ! Car ils auraient pu dire, à peu de chose près, la même chose pour les Thraces, n’est-ce pas ?

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Références bibliographiques:

[1] Stèle égyptienne datant de 1 400 avant J. C., soit l’époque du pharaon kamit Aménophis III. Musée de Lyon - n° 88 - 1176.

[2] Cf. Diodore de Sicile, Livre III + Diodore de Sicile, Livre I, XX"

[3] La traduction de ce terme est "Ceux qui marmonnent des incantations". Il n’est absolument pas question de couleur de peau. Pourtant tous les égyptologues occidentaux le traduisent par "nègre".

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