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par Negus ©
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Marcus Garvey (1887 - 1940) Architecte du Panafricanisme Episode 2
CHAPITRE II : L’ARCHITECTE
Dèjà, Marcus Mosiah Garvey, nous montre la voie. En étant l’un des premiers à mettre en avant l’exigence d’un journal noir, permettant d’informer le peuple et de rétablir des vérités sociales et historiques, indispensables pour réveiller la conscience d’hommes oppressés et réduit à l’état de sous-hommes. Et en portant sa lutte sur un plan international, le Grand homme Garvey, nous indique de par son parcours, les aspirations et exigences qui doivent être les notre. A l’époque du « Gran nom’ » comme aujourd’hui, il est évident que l’émancipation intellectuelle, politique, économique et culturelle du peuple noir passe par la maîtrise de son histoire, le contrôle de l’information, et le retour à ses racines africaines ancestrales profondes.
Mais Garvey ne s’arrête pas là. En effet, - et c’est bien une chose qui le distinguera des leaders noirs de l’époque -, Garvey n’est pas homme de théorie. Il n’est pas homme à énoncer de grands et beaux principes sans se préoccuper des modalités de leur mise en application pratique immédiate. Avec le même soin, qu’il prenait, pour se rendre compte, de ses propres yeux, de la misère dans laquelle était plongé les Nègres pour mieux la combattre, Garvey élabore savamment les moyens pratiques permettant l’établissement de ce pays rêvé. Ce pays où le peuple noir renouera avec son glorieux et puissant passé.

En effet, Garvey n’est pas homme à jeter des paroles en l’air. On l’a vu, dès 1919, le grand homme lance le journal « The Negro’s World » édité en plusieurs langues (français, anglais, espagnols et portugais) et distribué dans toute l’Amérique (du Nord, du Sud, ainsi qu’en Amérique Central) mais également en Europe. Journal dans les éditoriaux duquel « il retraçait avec éclat le glorieux passé de la race noire ; il rappelait aux lecteurs la grande intelligence du Nègre, l’héroïsme et l’audace des leaders dans les révoltes d’esclaves, ainsi que la grandeur qui existait jadis sur le Continent de leurs ancêtres. Par-dessus tout, ces textes ne manquaient jamais de rappeler qu’une telle grandeur ne pourrait être restaurée tant que les Noirs ne seraient pas de nouveau maîtres de leur propre destin. »* Le journal, tiré à 200 000 exemplaires environ, circulaient tant bien que mal sous les manteaux et devint en un rien de temps le journal noir le plus diffusé dans le monde.
Mais le grand projet panafricain dont « The Negro’s World » et l’UNIA se font l’écho doit prendre vie.

Garvey déclara ainsi dans les premiers éditoriaux du « Negro’s World » : « L’Afrique doit être libérée, et nous devons tous vouer notre vie, notre énergie et notre sang à cette cause sacrée » .
Il est à noter que Garvey a toujours eu conscience que le pouvoir passait par l’information. Ainsi, en a-t-il fait une priorité absolue de son combat. Dès ses débuts, Mosiah avait manifesté cette volonté obsessionnelle de disposer de ses propres moyens de communications et d’informations sans lesquels toute lutte serait inutile, puisque perdue d’avance dans les médias et dans l’opinion. Voilà pour quels motifs Marcus Garvey consacrera énormément de son temps et de son énergie dans divers journaux. Il en créa en tout et pour tout sept. Cette exigence (s’il est utile de la rappeler), nous devons la faire notre encore aujourd’hui. Cela, tout en sachant que les médiums propices à l’expression de nos idées sont des plus nombreux (journaux, radios, télévision, cinéma, internet...) et qu’aucuns de cela ne doivent être délaissé.
Ainsi, après avoir savamment mit en place un puissant moyen de communication, visant à répandre les idées panafricanistes et à leur donner un écho suffisant, en fin stratège qu’il est, Garvey peut maintenant prétendre avancer ses pions sur l’échiquier mondial et commencer à appréhender les modalités de mise en place d’un véritable Etat Noir.
La même année, le héros panafricain créé la Compagnie Maritime, La « Black Star Line » devenue célèbre et décriée en raison de l’un de ses buts : ramener en Afrique, l’ensemble des noirs américains désireux de retourner aux pays de leurs ancêtres. C’est le projet « Back To Africa » par lequel Garvey exhorte les noirs à retourner en Afrique et à travailler au développement d’un puissant Etat Nègre. Garvey trouvait ainsi par le biais de la Black Star Line, une manière de concrétiser ses idées aux moyens d’une société commerciale. Car si l’information est une arme redoutable, l’argent demeure le nerf de la guerre. Et même si la Black Star Line se conclura par un échec, elle laisse apparaître de par son mode de fonctionnement, non seulement un désir de faire un premier pas vers un Etat Noir indépendant, mais aussi un désir d’autonomie financière.

C’est le 26 juin 1919, qu’une compagnie maritime autonome de l’UNIA est enregistrée à Delaware : « La Black Star Streamship Line LTD ». La Black Star Line n’avait pas uniquement pour objectif de permettre le rapatriement des Noirs américains vers l’Afrique. Le but de cette entreprise était en tout premier lieu de démontrer aux Nègres eux-mêmes qu’ils sont parfaitement aptes à créer et gérer eux-mêmes une Compagnie Maritime. A cette époque, posséder une marine moderne, paraissait pour tout Noir chose complètement impossible et utopique. C’est ainsi que La Black Star Line fascina l’ensemble du monde noir, des Etats-Unis à l’Afrique en passant par l’Europe. Tous regardèrent avec émerveillement cette immense entreprise Nègre dans laquelle ils virent une autre raison d’espoir et de fierté. Mais la société poursuit également un but économique. Le combat mené par Garvey, tout comme le fonctionnement de l’UNIA qui en fait partie, nécessitant des fonds afin de favoriser durablement leurs actions, La Compagnie maritime ne pouvait pas s’offrir le luxe d’être une société désintéressée.
La Black Star Line se présentait donc comme une société commerciale viable, destinée entre autres activités aux transports des marchandises et des personnes.

La compagnie se créée avec un capital de 500 000 dollars, sur une base de 100 000 parts de 5 dollars chacune. Garvey se lance alors dans une impressionnante campagne médiatique, visant à récolter des fonds pour permettre le retour et réunir le plus d’individus possibles autour de lui. Ces interventions permettant par la suite de porter le capital de la société à 10 000 000 de dollars. De nombreux Nègres extrêmement pauvres, purent ainsi pour une somme modeste, devenir actionnaires de la société. Des parts de la compagnie furent même vendues jusqu’en Afrique. Très vite, la société posséda trois cargos lui servant à convoyer ses marchandises, mais aussi à servir le projet « Back to Africa » en ramenant en terre Africaine les Nègres qui en faisaient la demande.
Ainsi, Garvey avait trouvé là, le moyen de matérialiser ses idées par une action durable, financée par les Nègres (les Nègres du petit peuple de surcroît) pour les Nègres.
Partout où ses navires mouillaient l’encre, ils se trouvaient des foules de noirs pour venir les acclamer dans la liesse. Tous venaient voir et saluer ces magnifiques et immenses bâtiments marins dirigés par des Nègres.
Le plan de retour en Afrique et la restauration de la dignité et de la fierté noires, se trouvaient déjà là fort bien engagés.
Se faisant le porte parole de la rédemption par le rapatriement en Afrique, Garvey et l’UNIA qu’il avait impulsé, effrayèrent de toute évidence la classe blanche désireuse de maintenir leur pouvoir sur le peuple noir. Mais pas seulement. Garvey et l’UNIA connurent des détracteurs au sein même de la communauté. La classe moyenne noire croyant fermement que la solution des problèmes raciaux résidait dans la cohabitation intelligente des deux communautés. C’est ainsi que de grands leaders partisans de cette vision des choses, et qui depuis fort longtemps avaient commencé leur campagne de dénigrement du grand héros noir, redoublèrent alors d’efforts pour précipiter sa chute.
Mais notons à ce sujet, qu’il n’a jamais s’agit pour Marcus Garvey de ramener l’ensemble des Afro-américains ou des Nègres en Afrique. Ainsi déclare t-il à ce sujet : « Lutter pour la rédemption de l’Afrique n’implique pas que nous ayons à abandonner nos droits dans nos pays... Cela n’implique pas que nous devions trahir nos pays de naissance, ou leurs gouvernements... Nous pouvons rester des citoyens aussi loyaux que les Irlandais et les Juifs, et continuer à lutter pour la libération de l’Afrique et la totale émancipation de la race Nègre. » Ou encore : « Nous reconnaissons la Constitution des Etats-Unis pour les américains, mais nous nous battons pour une Afrique aux Africains. Nous n’avons nullement l’intention de renvoyer tous les noirs en Afrique... Ceux d’entre nous qui quittent ce pays (les Etats-Unis) pour s’établir en Afrique seront les pionniers, les pèlerins de la nouvelle Nation. Les Nègres sont résolus à faire de l’Afrique une Nation, auprès de laquelle ils pourront trouver aide et soutien, tant moral que matériel, lorsqu’ils sont maltraités et escroqués à cause de leur race. »
Mais s’il s’agissait de retourner en Afrique, encore fallait-il savoir où, comment et quand s’y implanter. Encore une fois, Garvey tenta de mettre en pratique ses convictions. Son regard se porta alors sur le Libéria.
C’était chose tout à fait naturelle. Le Libéria était une République Noire indépendante que les Etats-Unis avaient contribués à créer le 26 juillet 1847. L’Afrique étant partagée entre des puissances européennes dont les plus dangereuses, les plus négrophobes et les plus criminelles n’étaient autres que la France et l’Angleterre. Il s’avérait donc difficile au vu d’un tel contexte, que l’implantation de noirs aux revendications indépendantistes et autonomistes soit permise par ces puissances européennes. Mais, du fait du statut particulier du Libéria, Garvey crut que la proximité de cet Etat Noir avec le gouvernement américain qui avait contribué à sa création, lui offrait de fait une protection contre les Etats Européens (France et Angleterre en premier lieu) qui profitaient abondamment de l’exploitation du continent mère et voyaient d’un mauvais œil toute tentative d’autonomie.
Dès 1920, Garvey envoie des émissaires rencontrer les hauts responsables Libériens et prospecter le pays afin d’établir les modalités d’installation des premiers africains de la diaspora qui reviendraient sur la terre de leurs ancêtres. Le projet de « recolonisation » de l’Afrique par ces africains expatriés enchante les responsables locaux qui l’encouragent vivement. En 1921, l’UNIA installe symboliquement une ambassade à Monrovia (capitale du Libéria) et envoie la même année une équipe d’experts et de techniciens afin de négocier les modalités d’insertion concrète des futurs colons en provenance de la diaspora. Cap Palmas est choisi comme premier site de recolonisation. Le président du Libéria lui-même C.B.D King, nomme un comité afin d’aider et soutenir l’UNIA dans l’élaboration du projet et offre même à l’association un terrain d’essai de 200 hectares.
Une scierie, et de nombreux matériaux destinés à la construction de la ville d’implantation des futurs colons arrivent ainsi au Libéria. Quant aux cargos chargés du transport des futurs colons, ils sont eux aussi déjà prêts.
Ainsi, les propos de Garvey ne tenaient pas du discours rêveur et utopique. Il s’agissait de réalisations concrètes.
Mais revenant sur cette année si prolifique de 1919. Continuant sur sa lancée, Marcus Garvey fonde en août de cette année (1919), La « Negro Factories Corporation » dont le but est de créer de nombreuses entreprises dirigées et gérées par des noirs dans les grands centres industriels des Etats-Unis, d’Amérique Centrale et d’Afrique. Connaissant les pensées Garveyistes, partisanes d’une autosuffisance économique, politique, scientifique, religieuse..., cette corporation s’inscrit en droite ligne du combat politique prôné par le grand homme. La « Negro Factories Corporation » permettra ainsi la création de « chaînes de magasins d’alimentation, de restaurants, de teinturerie, d’ateliers de confection, de magasins de mode, de fabriques de chapeaux, de fabriques de poupées noires, de blanchisseries, d’hôtels, de maisons d’éditions... »* Entre 1920 et 1924, l’UNIA et ses filiales auraient vraisemblablement employés quelques milliers de personnes.
Notons qu’après avoir mis en place une véritable Marine Nègre au travers de la Black Star Line, Garvey mit en place les jalons d’un Etat Panafricain et de son armée. Il le fit au travers de la première convention de l’UNIA qui eut lieu le 1er août 1920 à New York. La Convention rassembla des milliers de délégués du monde entier représentant la grande et puissante nation Nègre contemplée. Nation qui ne peut aller sans un corps armé constitué. Ainsi, devant des dizaines de milliers de personnes, d’importantes troupes défilèrent au pas cadencé. « Il y avait là la Légion d’Afrique dans sa tenue bleue foncée, aux pantalons à raies rouges avec l’épée pour les officiers ; il y avaient là les Infirmières de la Croix Noire ; « l’Universal Africa Motor Corps » ; « le Black Eagle Flying Corps » (Corps d’Aviation de l’Aigle Noir ») ; il y avait là les chœurs et les troupes spéciales des jeunes réservistes ». *
Garvey alla même jusqu’à établir la noblesse du futur Etat Noir, parmi lesquels on pourrait citer le Duc du Nil, le Comte du Congo, le Vicomte du Niger, le Baron du Zambèze... On mit en place une véritable administration avec ses hauts conseils, ses juridictions et son exécutif, on adopta un drapeau (celui de l’UNIA), on composa même un hymne national (Ethiopie, toit terre de nos ancêtres), on rédigea et on adopta une « déclaration des droits des peuples noirs dans le Monde » et Marcus Mosiah Garvey fut élu Président Intérimaire de l’Afrique.
Les bases d’un Etat Africain étaient jetées.
Tels furent entre de nombreux autres plus modestes, les plus grands projets de Marcus Garvey. Cette volonté sans cesse affirmée de concrétiser ses idées, faisant du panafricanisme non plus un simple idéal, mais un monument (un monument pour lequel chacun doit venir poser sa pierre) fit de Marcus Garvey le véritable architecte du panafricanisme. Car non content d’avoir fait souffler sur le monde un parfum de dignité Nègre en véhiculant partout l’idée et le concept de l’unité africaine, non content d’en avoir dessiné les plans, Garvey fut encore celui qui en posa les premières pierres. Et celles qu’il déposa furent nombreuses. Mais encore plus nombreux furent ceux qui s’acharnèrent à détruire ce que l’homme avait bâti.
Aucune.
Commentaires
- 16/12/2007 18:00 par AFRICAIN
- 16/08/2007 00:24 par kanouté
- 29/07/2007 09:28 par chriss
- 2/03/2007 02:26 par djimy
- 27/02/2007 17:07 par adam
- 19/02/2007 20:16 par T’angu
- 1er/08/2006 12:01 par dams
- 17/07/2006 18:54 par raheruur
- 5/07/2006 17:09 par raheruur
- 4/07/2006 15:52 par BOBO DE REVEIL






