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par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com

 Publié le 26 avril 2007

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Montesquieu : Ange Gabriel ou Belzébuth de la cause esclavagiste ?

Autopsie de l’historiographie romancée de l’oeuvre anti-raciste de Monstesquieu.

Montesquieu : Ange Gabriel ou Belzébuth de la cause esclavagiste ?

Le discours historique actuel, qui entoure l’œuvre et les idées de Montesquieu, nous pousse indubitablement à la réflexion, tant le romantisme semble l’emporter sur la raison. Pouvons-nous légitimement voir en Montesquieu le défenseur de l’idéal de liberté qui animait les africains déportés depuis sur leur terre par des agents négriers européens pour finir séquestrés à vie dans des camps concentrationnaires aux Amériques ou aux Antilles, dans le but d’assouvir la soif financière d’un groupe d’hommes blancs peu scrupuleux voire criminels ?

Pouvons-nous, nous descendants des victimes du « Crime contre l’humanité » que fut la traite et l’esclavage des Noirs, partager cette vision d’un Montesquieu, grand pourfendeur des intérêts impérialistes européens avec pour seule arme, son humour cynique ? Franchement, nous aimerions pouvoir le dire.

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MONTESQUIEU

1- Montesquieu : ange Gabriel de la cause anti-esclavagiste ?

Le romantisme historique qui caractérise l’appréciation des idées « humanistes » du Baron de la Brède et de Montesquieu, que dis-je, de l’ange Gabriel Charles Louis de Secondat, semble n’avoir pour finalité que de nous faire avaler une pilule plutôt amère.

Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, fut il est vrai un grand philosophe français du siècle des Lumières. Né le 18 janvier 1689 à la Brède (Gironde) et décédé à Paris le 10 février 1755 à 66 ans, il a laissé une œuvre littéraire prolifique que d’aucun perçoit comme le socle philosophique des sociétés modernes occidentales en terme de vision politique, d’organisation sociale et de rapports humains.

Ainsi, la vision idyllique de l’œuvre de notre « Mister Jekyll » s’appuie essentiellement sur un ouvrage, l’Esprit des Lois paru en 1748, dans lequel il consacre plusieurs chapitres à l’épineux problème de l’esclavage. L’extrait le plus révélateur de sa pensée, reste dit-on le chapitre V du Livre XV intitulé « De l’esclavage des Nègres », dans lequel il s’élève contre les actionnaires et les négociants [1] en tournant en dérision leurs arguments pro-esclavagistes. A l’époque la France foncièrement esclavagiste, ne manquait pas de faire valoir à qui voulait l’entendre, que sur tous les plans (privés et royaux), le commerce de « Bois d’ébène » vers les Amériques et les Antilles n’avait que des avantages. Ci-dessous donc, le fameux plaidoyer du chapitre V :

"Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :

Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres. Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre. On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.

Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une façon plus marquée. On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains. Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez des nations policées, est d’une si grande conséquence. Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?"

L’examen académique du texte met en exergue un réquisitoire anti-esclavagiste original (humour cynique), reposant sur les arguments suivants :

-  Justification d’ordre historique du besoin de main d’œuvre,

-  Justification d’ordre économique du système esclavagiste,

- Indentification de la cible du système esclavagiste : le Nègre d’Afrique,

- Justification d’ordre théologique s’appuyant sur l’idée d’une mission divine,

- Justification d’ordre ethno-sociologique reposant sur les divergences culturelles nord/sud,

- Justification d’ordre politique, ciblant la royauté.

A lueur de cet extrait, pouvons-nous prétendre sans sourciller, comme bon nombre d’étudiants de classe de 1ère abusés, que ce « réquisitoire contre l’esclavage au XVIIIème siècle » prouve que Montesquieu était bel et bien la « figure de proue » des anti-racistes et qu’il fut le « révélateur de l’esprit du XVIIIème siècle où la raison, la charité et l’humanité primèrent parmi les philosophes des Lumières » ? Gardons-nous ici d’un jugement hâtif dénué de raison et poussons plus loin notre analyse. Car au-delà de l’approche humoristique qui masque à peine une prise de position dépourvue de fermeté, il convient de se poser les questions essentielles suivantes, à savoir Montesquieu a-t-il :

-  Réfuté en bloc les arguments racistes des Lumières ?

-  Cherché à prouver l’inconsistance des thèses biologiques à caractères racistes ?

-  Cherché à combattre le racisme historique, social, politique, théologique, scientifique ?

-  Rejeté l’univers cupide et feutré des actionnaires et autres financiers de la traite ?

Au risque de décevoir le «  fan club  » de l’ange Gabriel Montesquieu, nous allons devoir exposer au grand jour de nouvelles facettes de la « star » des Lumières.

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Références bibliographiques:

[1] avec un humour qui n’amuse décidément pas les descendants de victimes que nous sommes

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