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par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com

 Publié le 25 mars 2008

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Mystifications eurocentristes & Naissance de l’écriture

Si on en croit les manuels d’histoire occidentaux, l’écriture serait née en Mésopotamie (sic).

Mystifications eurocentristes & Naissance de l’écriture

Pourquoi tient-on absolument en leucodermie, à faire naître l’écriture en Mésopotamie ? Et cela, même en dépit du bon sens ! Pourquoi les occidentaux veulent-ils à ce point, s’approprier une invention qui n’a point eu lieu sur leur sol et donc qui n’est pas le fruit de leur génie ? Cherchent-ils à masquer quelque chose ? A juguler un complexe ? Enigme !

Dans le cadre de l’historiographie eurocentriste, il existe une espèce de réflexe naturel qui consiste à faire de l’occident, le père géniteur de tous les savoirs anciens.

Peu importe que l’homme moderne soit né dans la région des Grands Lacs vers 200 000 avant l’ère chrétienne et qu’il ait été le seul à bénéficier d’une expérience humaine de plus de 100 000 ans par rapport aux autres peuples, il faut coûte que coûte affecter à l’Europe ou à l’Orient un train d’avance sur l’Afrique [1]. Chose particulière, les Européens grands adeptes de ce type de pratique, s’approprient depuis les XVIIIème siècle, l’immense majorité des innovations de l’antiquité voire de la préhistoire. L’écriture en est un exemple ultra-significatif.

1- La Mésopotamie berceau de l’écriture : mon oeil !

La thèse de l’invention de l’écriture en Mésopotamie par l’occident reste énigmatique voire fantasmagorique. Pour en savoir plus, j’ai donc feuilleté pour vous l’ouvrage de Jean Bottéro « Mésopotamie : l’écriture, la raison et les dieux [2] », pour analyser les fondements de cette thèse.

D’entrée de jeu, l’auteur lance : « Nos ancêtres, les Mésopotamiens, ont inventé l’écriture » (sic). Ainsi, après « nos ancêtres les Gaulois, nos ancêtres les Romains, nos ancêtres les Grecs, nos ancêtres les Egyptiens, nos ancêtres les Indiens, nos ancêtres les Indo-Européens », voilà « nos ancêtres les Mésopotamiens ».

Voyons maintenant le fond de la thèse. Pour aborder son chapitre intitulé « De l’aide mémoire à l’écriture » [3],Jean Bottéro écrit ceci, à propos du « cadre ethnique » mésopotamien : «  Mise à part l’intervention de tiers, indigènes ou immigrés, hautement vraisemblable, mais dont nous ne savons quasi rien (snif) et de toute façon marginale et secondaire, elle est (la civilisation suméro-akkadienne), en effet, issus de la symbiose entre deux populations, deux cultures : l’une sumérienne et l’autre sémitique, appelée, akkadienne ».

Ainsi selon notre auteur, la thèse d’une intervention d’un peuple tiers (sous entendu négro-africain) est hautement appréciable, tout en ne représentant quasiment rien.... Bravo ! Il faut rappeler que lorsqu’il est à jeun, Jean Bottéro est un des plus brillants spécialistes français de la Mésopotamie [4].

Mais c’est surtout sur la documentation écrite mésopotamienne, que l’analyse de Jean Bottéro nous est précieuse. Ainsi il atteste que «  les plus vielles archives écrites en Mésopotamie et retrouvées à ce jour, sont constituées en gros, de quatre collections principales de ces tablettes d’argile qui servaient de « papier » [5]dans le pays ».

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TABLETTES CUNEIFORMES

A partir de son travail, nous pouvons donc classer comme suit, les documents écrits exhumés en Mésopotamie :

- Les plus anciennes tablettes extraites du sol de Sumer sont les Tablettes d’Uruk (trouvées à Uruk donc), mais également en Akkad , à Kish et qui datent de 3 200 avant l’ère chrétienne.

- Les Tablettes de Djemdet-Nasr trouvées dans la localité du même nom, datent de 3000/3100 avant l’ère chrétienne.
- Les Tablettes d’Ur, exhumées dans la localité du même nom, datant de 2700 avant l’ére chrétienne.

- Les Tablettes de Fâra au pays d’Akkad, datent elles de 2 600 avant l’ère chrétienne.

On sent bien le malaise de l’auteur dans tout le passage car il sait qu’il mystifie la réalité historique de la Mésopotamie.

- Premièrement, il n’y a pas d’écriture ni en 3200, ni en 3100, ni en 3000 avant l’ére chrétienne en Mésopotamie et les premières traces sont en réalité des pictogrammes. L’auteur confond volontairement pictogrammes et écriture. Faut-il rappeler qu’un pictogramme est une forme figurative stylisée fonctionnant comme un signe d’une langue écrite et qui ne transcrit pas la langue orale.

- Deuxièmement, à défaut d’écriture (inexistant à l’époque), il s’agit en réalité de comptes ou de calculs qui nous éloignent considérablement de l’écriture à proprement parler.

- Troisièmement, si l’occident avait réellement inventé l’écriture, le support technique de l’écriture porterait aujourd’hui le nom de « tablette », [6]hors nous savons que le mot « papier » découle en droite ligne du « papyrus » kamit, support d’écriture inventé par les Africains anciens sur les berges du Nil [7].

- Quatrièmement, l’écriture mésopotamienne s’est évanouie. Elle n’a été reprise par personne et donc constitue inexorablement un cul de sac historique !

A vrai dire, Jean Bottéro essaie de temps en temps de ralentir son hémorragie eurocentriste en révélant par exemple à propos des Tablettes d’Uruk qu’elles « constituent manifestement des comptes » et donc pas une littérature.

Là-dessus, il ajoute que c’est seulement à partir de 2600, date des « premières inscriptions royales », que l’écriture s’est véritablement « étendue à d’autres domaines ». Et il conclut en révélant encore que l’écriture mésopotamienne est « née de besoins et de nécessités d’économie et d’administration ».

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Références bibliographiques:

[1] C’est d’ailleurs la thèse falsificatrice majeure des 3 religions monothéistes actuelles qui prétendent que Dieu aurait parlé à tous les peuples, sauf au peuple africain qui reste pourtant son premier fils. En y regardant de près, Sem et Japhet soutiennent ainsi que Dieu serait devenu raciste à l’insu de son plein gré.... Attention, si vous avez pensé « Mais non ! », vous venez donc d’admettre que les premiers Livres religieux monothéistes de l’histoire de l’humanité sont africains.

[2] Cf. Jean Bottéro « Mésopotamie : l’écriture, la raison et les dieux, éd. Folio histoire.

[3] Idem, P 132.

[4] Spécialiste français de la Bible et du Moyen Orient antique, Jean Bottéro est né en 1914 en Provence. Après le petit séminaire à Nice, il entre chez les Pères dominicains, se spécialise dans l’exégèse biblique, puis dans la Mésopotamie antique (il traduit le Code d’Hammourabi). Il quitte la prêtrise et passe au Centre national de la recherche scientifique. Il participe à des fouilles au Moyen Orient et entre à l’Ecole pratique des hautes études, où il deviendra directeur d’étude (chaire d’assyriologie). Il a publié de nombreux ouvrages, notamment « Gilgamesh », « Naissance de Dieu », « La plus vieille cuisine du monde », « Babylone et la Bible » (entretiens), « Au commencement étaient les dieux ».

[5] Papier vient du mot "pap ouro" égyptien qui donna "papyrus".

[6] Découlant de la nature du support. Il s’agissait de tablettes en argile, sèchées au soleil

[7] Dire que l’Afrique est le continent de l’oralité alors qu’il a donné naissance à l’écriture est une vibrante escroquerie. Pour vous amuser, demandez à un passant dans la rue de vous prêter sa « tablette ». Vous verrez alors s’il sait même de quoi vous parlez.

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