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Son dernier article: Le serment du Bwa Kay Man
 Publié le 2 novembre 2005

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Périple historique d’un déporté africain : de l’esclavage des Noirs à la rébellion contre l’ordre raciste colonialiste européen

Périple historique d’un déporté africain : de l’esclavage des Noirs à la rébellion contre l’ordre raciste colonialiste européen

En 1800, le peuple Noir déporté d’Afrique en Martinique subit l’esclavage imposé aux Amériques par les puissances européennes. La véritable 1ère grande guerre mondiale qui dura plus de 3 siècles et demi, est en cours depuis 1492. C’est la guerre de conquête du monde extra européen par des colons européens. La Martinique est depuis 1793 sous administration britannique, et le sera jusqu’en 1802 ; année où elle revient sous domination française (traité d’Amiens), avec le rétablissement par Napoléon Bonaparte de l’esclavage aboli dans les colonies françaises une première fois le 4 février 1794, après la révolution républicaine en France de juillet 1789.

En décembre 1801, nous sommes à quelques mois du rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe, à quelques jours de la guerre des Noirs contre l’esclavage en Guadeloupe, et à Saint-Domingue ; à quelques lunes de la résistance héroïque en Guadeloupe d’IGNACE et DELGRES en mai 1802 ; à deux années de la victoire et proclamation de l’indépendance De Facto de la Nation Haïtienne en 1804. 1801 : avant 1811,... vingt et un ans avant la révolte antiesclavagiste de 1822 toujours au Carbet ; 1801 : avant 1831, 1833, ... quarante sept ans avant l’ultime rébellion contre l’esclavage en Martinique du « 22 mé 1848 ».

En décembre 1801, avec Jean KINA une rébellion d’esclaves se produit ayant pour cible des Habitations du Carbet dans le nord caraïbe de la Martinique.

L’histoire de notre nation Martiniquaise Caribéenne doit retenir ce fait pré-national de la rébellion antiesclavagiste d’un déporté africain ancien esclave à Saint Domingue, qui défia l’armée britannique durant plus d’une année (oct 1800 - déc 1801) .

1801 : Le contexte historique

La révolte d’esclaves au Carbet en 1801 s’inscrit dans la suite des rébellions en Martinique, contre l’ordre esclavagiste raciste imposé par les puissances européennes aux Peuples Africains et Amérindiens, plus largement dans la première grande guerre mondiale générée par l’occident européen sur toute la planète qui a durée et dure encore depuis 1492, guerre mondiale de trois siècle et demi, contre l’esclavage et le colonialisme, contre l’anti mélanisme, pour la Justice et la Liberté, depuis le continent africain, sur les navires négriers, puis aux Amériques et ailleurs.

C’est le début du XIXème siècle, la Martinique est sous administration anglaise depuis 1793 avec la complicité des békés français qui souhaitent maintenir l’esclavage aboli en 1794 par les révolutionnaires français de 1789. La Guadeloupe et Saint-Domingue connaissent les effets de cette première abolition française. L’esclavage sera rétabli en Guadeloupe après la résistance héroïque des Noirs commandés par IGNACE et DELGRES en « mé 1802 » ; Les Français seront vaincus par les Noirs en Haïti, et ne pourront y rétablir l’esclavage. La France perdra sa colonie de Saint-Domingue, et Napoléon Bonaparte, empereur des Français, devra céder la Louisiane aux Etats Unis d’Amérique.

La traite transatlantique suit son cours ; elle sera officiellement abolie par les anglais en 1807, puis par les français en 1815 ; et nombreux seront les navires négriers européens qui continueront leurs crimes après 1807, après 1815.

De 1791 à 1804, des flux de békés en fuite face aux révoltes des esclaves ont cours de colonie en colonie ; depuis le « serment du Bwa kay Man » prononcé par des esclaves Noirs en lutte pour leurs libération en Haïti dans la nuit du 14 au 15 août 1791, des colons Blancs ont quitté Saint-Domingue, pour se rendre en Martinique, Louisiane, Porto Rico, à Cuba et ailleurs ; De Guadeloupe, l’esclavage aboli en 1794, des békés se rendirent en Martinique. Mais aussi de Martinique, même sous administration anglaise, des békés se rendirent à Sainte Lucie, et surtout à Trinidad (*) et de nombreux esclaves furent emmené par les colons dans leurs fuites. De 1790 à 1802, la population noire de la Martinique diminue de près de 4000 personnes sur une population noire totale de 90 000 en 1790 ; Des esclaves s’enfuirent de la Martinique durant cette même période vers la Dominique puis la Guadeloupe. La population totale de la Martinique passe de 101 000 personnes environ en 1790, à 96 000 en 1802, et ce malgré l’intense activité de traite négrière transatlantique entretenue par les Anglais à cette époque.

Les effets de 1789 en Martinique : En premier lieu il y eut une révolte d’esclaves à Saint Pierre le 30 août 1789 ; Des esclaves écrivent leur sentiments et idées à l’égard de la Liberté dans des lettres. Les esclaves ne veulent plus travailler pour des maîtres, cet état d’esprit se manifeste sur diverses habitations dans plusieurs communes : Saint Esprit, Marin, Rivière Pilote, Sainte Luce Gros Morne, Prêcheur, ... Les non blancs « libres » se montre circonspects à l’égard des soulèvements d’esclaves. Il y eut 36 condamnations d’esclaves dont six à mort concernant la révolte du 30 août 1789 à Saint Pierre. Des « conditions de l’affranchissement » sont réglementés par la révolution française en décembre 1789 : « L’affranchissement s’obtient par le service dans la Milice. (...) Tout homme de couleur pourra obtenir la liberté après avoir servi 12 ans pendant la paix et 8 ans pendant la guerre. (art.1) (...) L’esclave qui aura rendu service essentiel à la colonie pourra obtenir la liberté gratis (art. 8) (...) Les esclaves seront tenus de porter respect aux gens libres. (art.16) ... »

L’Occupation anglaise de la Martinique de 1793 à 1802 :

Les anglais rétablissent à la Martinique les institutions qui étaient en vigueur avant 1789. Des békés royalistes revinrent et furent rétablis dans leurs fonctions. Le 24 mai 1794, les Anglais nomment le béké français DUBUC administrateur général membre du Conseil Privé de la Colonie. Le 30 octobre 1795 une ordonnance sur la police des Noirs interdit toute assemblée, toute réunion d’esclaves ; le carnaval est interdit. Le 3 novembre 1800, Jean KINA est présent en Martinique et un arrêt du Conseil Souverain anglo-béké restreint encore les dispositions concernant l’affranchissement.

Après 1801, des révoltes d’esclaves se dérouleront en Martinique jusqu’au 22 mé 1848, en 1811, 1822, 1831, 1833. La résistance à l’oppression esclavagiste se manifeste en Martinique par l’amplification pendant toute la première moitié du XIXème, d’actes d’empoisonnements de Blancs esclavagistes, d’esclaves, et de bestiaux ; Il y eut, chez les békés une véritable psychose à ce sujet. En 1803, un tribunal spécial, constitué par un arrêté du 28 Vendémiaire an XII (le 17 octobre), ordonne 127 exécutions d’esclaves accusés d’actes d’empoisonnements en Martinique.

Périples de Jean KINA de Saint Domingue à la Martinique

Jean KINA esclave à Saint Domingue, vécu de 1791 à 1794 les ultimes révoltes antiesclavagistes qui conduirent à l’anéantissement des esclavagistes et de leur système. Les puissances européennes déployèrent leur arsenaux terroristes en vain contre le peuple Noir qui en 1804 constituera la nation haïtienne. C’est dans ce contexte de rivalité entre puissances coloniales européennes que des troupes anglaise, espagnole, hollandaise, et française se retrouvèrent sur terre et sur mer à convoiter Saint Domingue ; pour ensuite, avec la déclaration d’indépendance en 1804 une fois les bourreaux européens vaincus par les Noirs anciens esclaves, s’unir pour encercler et isoler Haïti. C’est encore dans se contexte que des anciens esclaves se trouvèrent contraints et embrigadés dans ces armées européennes ; tel fût le cas pour Jean KINA qui se trouva au côté des Britanniques, et gagna l’Angleterre durant la révolution des Noirs à Saint Domingue. Sur ce point KINA est comparable à TOUSSAINT LOUVERTURE et bien d’autres anciens esclaves qui durent accepter d’être incorporés dans les troupes françaises, ou aussi étasunienne (guerre d’indépendance des USA), et user des rivalités entre puissances esclavagistes d’Europe. Tels encore IGNACE ou DELGRES en Guadeloupe. (voir plus avant « les conditions d’affranchissement » de la révolution française de 1789). En début 1799 Jean KINA quitta Londres en uniforme de colonel accompagné d’un aide de camp et d’un secrétaire pour gagner la Martinique occupée par les Anglais. La Martinique ne devait être qu’une étape base arrière pour le ministère anglais qui avait l’intention d’envoyer KINA au Surinam, à la tête d’une compagnie de militaire Noirs d’origines africaines. Citons un extrait concernant Jean KINA d’ « Histoire de la Martinique » de Sidney DANEY, membre du conseil colonial de la Martinique : « ... toujours est il que cette intention (d’expédition au Surinam) ne fût pas réalisée et qu’il souffrit que ce personnage restât dans la colonie où sa présence offrait un contraste assez choquant. Jean KINA fut, lui même, le premier à s’apercevoir de son étrange position dans l’île, et on le vit, bientôt, mettre de côté tout le faste avec lequel il était arrivé, se montrer humble et soumis au blancs, dur avec les hommes de couleur qui s’étaient mal conduits pendant les troubles de la révolution. Austère dans ses mœurs, il devint un modèle de piété chrétienne par son exactitude à accomplir tous ses devoirs religieux. Il vivait ainsi depuis environ six mois, et l’on ne parlait déjà plus que de ses vertus, quand tout à coup, on entendit battre la générale à Fort Royal et à Saint Pierre. C’était pour marcher sur Jean KINA qui avait levé l’étendard de la révolte, à la tête d’une vingtaine d’hommes de couleur. Il était parti de Fort Royal, dans la soirée du quatre octobre 1800, pour aller établir un camp sur le Morne Lemaître. Il avait passé, avec sa petite troupe, par la Case Navire et quelques habitations pour y faire des partisans. Il déclarait qu’il venait de la part de Dieu et du Roi, et il portait un drapeau sur lequel état écrit : La Loi britannique. Il était chargé, disait il, de mettre à l’ordre et de protéger ses frères, parce que les Colons étaient des bourreaux et des mangeurs de chair humaine ; qu’ils faisaient avorter les négresses à force de travail et qu’ils étaient décidés à vendre les nègres libres. »

De morne Lemaître en octobre 1800 à l’occupation d’habitations du Carbet en décembre 1801

Le 04 octobre 1800, dans la soirée KINA et quelques hommes vont établir campement sur une position militaire stratégique sur le Morne Lemaître, actuelle hauteur de La Démarche sur le territoire de la commune de Schoelcher (Case Navire), au lieu dit « grotte Table des Anglais ». Ce positionnement du camp est loin d’être innocent et démontre une certaine tactique militaire de KINA, qui de ce point géographique, observe complètement l’entrée de la baie du Fort Royal, et pourrait en cas de ralliement total des esclaves couper les communications terrestres entre Saint Pierre et Fort Royal. Pendant plus d’une année d’après les écrits de Sidney DANEY, KINA et ses hommes auraient tenus cette position, et mené campagne pour rallier des partisans. Tenant discours et cherchant à imposer une loi nouvelle : « Il voulait qu’on n’infligeât plus dans les ateliers, d’autres punition que des coups de plat de sabre, menaçant de son autorité quiconque oserait enfreindre ses ordres . » (Sidney DANEY). Témoignage d’un autre colon, le béké Moreau de Jonnès qui déclare à propos de KINA : « Il alla prendre poste inopinément au pied des montagnes centrales de l’île et appela les affranchis et les esclaves à se joindre à lui... Les blancs regardèrent avec raison cet événement comme le premier résultat d’une conspiration qui menaçait leur existence... ». Le 04 décembre 1801, KINA et sa troupe se déplacèrent vers le chef lieu de la colonie Martinique, et parcouru plusieurs Habitations de la région du Carbet. Profitant de se déplacement de KINA et ses hommes, le colonel anglais Maitland occupa le Morne Lemaître prit position au campement ou grotte de KINA, en arrivant presque en même temps que la troupe des rebelles de retour du Carbet. Maitland ouvrit une négociation avec KINA, l’accompagna à cheval depuis le Morne Lemaître jusqu’à Fort Royal. KINA consentit à déposer les armes contre la promesse d’une amnistie générale pour les esclaves ; mais lui même devait être envoyé en Angleterre et mis dans les prisons de Newgate.

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Références bibliographiques:

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