Vous êtes ici: Accueil

Découvrez le nouvel espace Menaibuc à Paris

par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com

 Publié le 29 avril 2007

7343 visites
10 réactions

 Commentez cet article

afficher une version imprimable de cet article Version imprimable

Petites hypocrisies universitaires à propos de l’esclavage : Episodes 1 & 2

Episodes 1 & 2 : Le sens de la lutte contre la falsification de la vérité sur les razzias négrières et l’esclavage

Petites hypocrisies universitaires à propos de l’esclavage : Episodes 1 & 2

EPISODE 1

Lorsqu’on analyse l’accueil réservé par le monde universitaire à l’ouvrage d’Olivier Pétré Grenouilleau « Les traites négrières : essai d’histoire globale », prix d’histoire du Sénat en 2005 (sic), on ne peut que s’étonner du peu de critiques officielles soulevés par cette publication. Pourtant, rarement un écrit n’a soulevé autant d’animosité au sein du public afro-français (Antilles, Afrique) et rarement les enseignants des DOM TOM n’ont fait l’objet d’une pression aussi forte de la part de leur hiérarchie.

Cette absence de critiques tant naturelle que forcée, tendrait donc à faire croire aux étudiants et au public que l’ouvrage aurait un véritable fond historiographique et que la méthodologie utilisée, à savoir la « Méthode globale », serait honnêtement plébiscitée dans le cadre académique.

En y regardant de près, tout cela se révèle n’être qu’une mascarade honteuse dont la finalité est de tronquer la vérité historique au profit d’une histoire aux saveurs eurocentristes, romancées et falsifiées.

JPEG - 16 ko
LES TRAITES NEGRIERES : ESSAI D’HISTOIRE GLOBALE

1- L’hypocrisie du fan club d’OPG

OPG l’a clairement affirmé dans la presse, son objectif était « de faire une HISTOIRE GLOBALE d’un phénomène qui s’est étendu sur 13 siècles et sur 5 continents ». Ainsi, quelle publication, quel journaliste, quel professeur d‘histoire, quel intellectuel français n’a pas loué son ouvrage ? Même les politiques se sont émus. Tous ont encensé cette vision globale de l’histoire de la traite et de l’esclavage, qui place étonnamment sur le même plan, négriers européens et arabes pris en flagrant délit de cooptation de leurs homologues africains. Car l’idée soi-disant nouvelle de proclamer, à travers une analyse historique dite « globale », que la traite n’aurait pu avoir lieu sans le concours actif de négriers africains peu consciencieux, de rois nègres hyper coopératifs, de vastes empires esclavagistes et primitifs à l’intérieur des terres, a vite séduit tous ceux qui traînent cette page d’histoire comme un boulet dans leur conscience européenne.

Alors naturellement, la menace de l’ouverture du procès d’O.P.G. pour «  Contestation de crime contre l’humanité  », a entraîné une levée de bouclier de son « fan club », tel Marc Ferro dans le Nouvel Obs qui déclara [1] : «  Signe de temps troublés, une association communautaire antillaise poursuit devant les tribunaux un historien - Olivier Pétré-Grenouilleau - qui aurait, lui, le grand tort de ne pas voir le mal où il faut.

Son crime ? Avoir établi dans un récent ouvrage l’intrication de la traite atlantique (pratiquée par les esclavagistes occidentaux) avec les traites arabe et africaine. Au nom de ce genre d’oukase victimaire, nous faudra-t-il bientôt oublier que ce sont les nations européennes qui, après l’avoir pratiqué à grande échelle, ont aboli l’esclavage ».

Cette prise de position fallacieuse, venait renforcer celles prises dans le numéro précédent par Claude Askolovitch et Pascal Bruckner. En effet, si le premier avançait qu’au lieu de : « Pétitionner contre un texte qui ne sera jamais appliqué [2], les enseignants feraient mieux de défendre l’historien Pétré-Grenouilleau, traîné en justice pour négationnisme parce qu’il ose affirmer que l’occident n’a pas eu le monopole de la traite négrière ».

Le deuxième lui, s’émouvait d’apprendre qu’O.P.G., historien auto-proclamé spécialiste de la traite et de l’esclavage, était : « Poursuivi en justice pour avoir étudié dans un livre récent les trois traites négrières, africaine, arabe et occidentale, relève de mœurs néostaliniennes qu’on croyait révolues » [3]. Nous pourrions encore citer une kyrielle de déclarations du même type extraites de diverses publications, faisant mine de ne point avoir saisi l’objet de la plainte.

2- L’hypocrisie du milieu universitaire français

O.P.G a-t-il vraiment fait preuve d’objectivité dans sa méthode d’approche historique et les faits relatés correspondent-ils à la réalité ? Car l’engouement universitaire, politique et médiatique exprimé, contraste avec l’animosité des descendants des victimes qui jugent l’ouvrage eurocentriste, simpliste et révisionniste. Mais est-ce vraiment une réaction sans arguments méthodologiques et historiographiques ?

JPEG - 14.4 ko
LA TRAITE NEGRIERE EUROPEENNE : VERITE & MENSONGES

J’ai déjà eu l’opportunité d’exprimer clairement mes divergences dans mon ouvrage « la traite négrière européenne : vérité & mensonges » publié aux éditions Menaibuc. Et une fois encore, je tiens à approfondir les idées et analyses historiques qui fondent mon dédain pour cet ouvrage.

OPG se flatte d’avoir utilisé la méthode historique dite « Globale » pour son ouvrage et tous les universitaires à la mémoire courte l’acclament. C’est oublier un peu vite que l’historien Martin Bernal auteur de l’ouvrage Black Athena, avait lui aussi proposé dans les années 90, une « Histoire globale » pour apprécier l’éclosion de la civilisation en Europe.

JPEG - 32.8 ko
BLACK ATHENA

Chose extraordinaire, tous les universitaires s’étaient alors dressés contre la méthode historique utilisée par Bernal. Avocat de cette fronde généralisée, Maurice Sartre, Professeur d’histoire ancienne à l’université François-Rabelais de Tours et membre de l’Institut Universitaire de France, avait clamé dans le quotidien national Le Monde ceci : "Black Athena.... Sous ce titre provocateur, Martin Bernal défend l’idée que la Grèce doit une part essentielle de sa culture à l’Egypte et au Proche-Orient sémitique, d’où partirent des colons au IIe millénaire.

Comme les civilisations égyptienne et sémitique proviendraient elles-mêmes d’une racine commune afro-asiatique qui prit naissance en Afrique orientale, la Grèce serait donc indirectement fille de l’Afrique (...)

En réalité, Bernal pratique ce que les historiens refusent aujourd’hui, une tentative d’explication globale dont chacun sait qu’elle ne peut répondre aux complexités de l’Histoire". [4]

Ainsi, selon les mêmes universitaires français, la méthode historique dite « globale » est la plus mauvaise des méthodes historiques car elle ne cerne pas les complexités d’un phénomène historique, c’est-à-dire qu’elle ne permet pas de se mettre à l’abri de thèses simplistes et réductrices et par la même, falsificatrices.

Il convient donc de se demander aujourd’hui, pourquoi dans le cas d’OPG, qui a manifestement utilisé la même méthode d’approche historique que Bernal, tout le monde fait l’autruche, ment, calomnie l’Afrique noire et encense l’ouvrage d’OPG ? Y-a-t-il une loi secrète du « DEUX POIDS DEUX MESURES » qui agit en milieu universitaire, selon que la thématique concerne l’Europe ou l’Afrique noire ?

Sur la base donc d’une hypocrisie généralisée, on dénie aux descendants des victimes le droit de mener sur la scène médiatique, les débats de l’analyse historique des événements et on construit artificiellement des notions de « rois nègres » vendeurs d’esclaves vide de sens, bref, on salie la Mémoire des afro-descendants en validant contre eux, la plaidoirie et les fausses accusations des anciens actionnaires du crime contre l’Humanité.

En réalité, tous ceux qui se cachent aujourd’hui derrière les pseudo-thèses d’OPG pour induire le public en erreur, pratiquent ce que Mme Simone Weil a toujours dénoncé en proclamant que « les accusations des meurtriers ne sont pas recevables contre les victimes....et que.... On ne reçoit pas contre la victime le témoignage d’un meurtrier ».

Commentez cet article

Lire les commentaires (10)

Références bibliographiques:

[1] Cf. Le Nouvel Obs, édition du 8/12/2005.

[2] référence à la loi du 25 février 2005

[3] Cf. Le Nouvel Obs, édition du 1/12/2005.

[4] Cf. Le Monde du 13 Décembre 1996, article intitulé « Grèce, fille d’Afrique ?.

Rechercher


Apprendre et découvrir