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par Etienne de Tayo ©

Promoteur de « Afrique Intègre », réseau de journalistes pour l’intégrité en Afrique.

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Son dernier article: Qui a peur de la Chine ?
 Publié le 27 février 2007

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Qui a peur de la Chine ?

La phobie chinoise est devenue une réalité en occident. Cependant l’Afrique doit-elle suivre les avis des anciennes puissances coloniales ?

Qui a peur de la Chine ?

La phobie chinoise est devenue une réalité très partagée dans le monde aujourd’hui. Elle est d’autant plus amplifiée qu’elle est aussi et surtout portée par ceux qui jusqu’à une date récente, tenait encore le leadership mondial toutes catégories.

La Chine qui ne fait pas partie du G8, à savoir les pays soit disant les plus puissants du monde, vient ainsi réécrire l’histoire en lettre de puissance économique.

Entre les Etats-Unis et la Chine, les deux protagonistes de la nouvelle géopolitique mondiale, c’est la guerre froide. Mais elle diffère nettement de l’autre guerre froide qui opposa les mêmes Etats-Unis à l’union soviétique. Hier l’enjeu était la maîtrise de l’armement et de l’espace. Aussi les deux se lancèrent dans une course aux armements qui finit par ruiner l’union soviétique et permettre ainsi aux Etats-Unis de monter sur le toit du monde.

Aujourd’hui les armes ont changé de nature. Elles sont désormais financières et monétaires. C’est à qui réussira à maintenir sa monnaie au niveau le plus bas possible par rapport à celle de son concurrent. C’est à qui réussira à vendre plus qu’il n’achètera à l’autre ; C’est à qui réussira à endetter l’autre à son profit.

Surtout ces terrains justement, la Chine a pris une avance considérable avec un excédent sur les Etats-Unis qui s’établissait en 2005 à 202 milliards de dollar et qui en 2006 devaient connaître une progression de 15%. Cette Chine dont le commerce extérieur représente 70% du PIB et les exportations 40% finance le tiers du déficit américain par le placement de ses réserves de change - évaluées à plus de 1000 milliards de dollar - en bons de trésors américains. Ces bons sont aujourd’hui évalués à 320 milliards de dollar.

Et c’est ici que se situe la peur des stratèges américains transformée parfois en haine anti-chinoise auprès des législateurs - depuis 2005, près de 27 projets de législation commerciale anti-chinoise ont été introduit au Congrès américain. Et c’est une peur justifiée car, si la Chine décidait de se délester de ses bons de Trésor, la conséquence serait pour les Etats-Unis la chute du dollar, la flambée des taux d’intérêt et l’inflation.

Face à cette offensive chinoise, les observateurs ne voient que deux manœuvres américaines : Susciter, selon le vœu du lobby anti-chinois de Washington, une indépendance de Taiwan, la province rebelle de Chine, pour tenter de distraire celle-ci dans une guerre qu’elle n’hésiterait pas à lancer contre les indépendantistes taiwanais. Mais un tel conflit serait à la fois néfaste à la Chine mais aussi aux Etats-Unis et ses alliés de l’Asie que sont le Japon et la Corée du Sud. Ceci, eut égard à l’imbrication des deux économie.

Les Etats-Unis peuvent aussi voguer à contre courant en faussant les règles de l’OMC. Ainsi élèveront-ils des barrières face à l’offensive des produits chinois. Une telle éventualité est aussi non envisage en raison de son caractère archaïque.

Pour autant les Etats-Unis et la Chine ne sont nullement sur le pied de guerre. Au-delà des peurs parfois amplifiées des ultra des deux camps, les deux pays ont réussi à créer un espace de négociation, conscients que l’avenir de l’économie mondiale dépend du comportement qu’ils auront.

Compte tenu du tableau ci-dessus qui montre qu’elle a réussi à faire plier une jambe à la superpuissance américaine, il est tout à fait compréhensible que les autres régions du monde redoutent la Chine. L’Europe, qui avait tenté une résistance et même quelques offensives désespérées, a depuis compris qu’il faut négocier et chercher comment tirer meilleure partie de l’extraordinaire croissance chinoise. L’Europe a accepté que la Chine deviennent pour elle la grande usine du monde où elle ira s’approvisionner en se pliant au dictat du communisme de marché chinois.

La peur des autres

Mais l’Afrique qui devrait aussi s’organiser pour s’arrimer à la locomotive chinoise au meilleur de ses intérêts, se laisse communiquer des peurs qui ne sont pas les siennes. Portés par ceux qui depuis plus d’un siècle n’ont pas pu offrir à l’Afrique les moyens de son décollage économique, certains clichés tendant à présenter la Chine comme le grand Satan dragon venu juste ponctionner le pétrole africain et piller les autres matières premières, sont distillés à travers les grands médias. Tout ceci, pour empêcher aux africains de rester lucides dans leurs relations avec la Chine.

C’est conscient de cette réalité que le cabinet MIQ conseil a organisé le 22 février dernier à Paris, une rencontre sur le thème : « l’union africaine et enjeu chinois ». Autour d’une brochette d’experts dont Me Jean Claude Beaujour, Jean Marie Agboton, Yvonne Lieu Cheng ou encore Patrice Passy, modérateur de la matinée, il était question de répondre entre autre à cette interrogation : l’Afrique peut-elle avoir la maîtrise de sa relation avec la Chine ?

Et c’est ici que se situe tout l’enjeu que devrait venir étouffer tous les clichés du genre : « la Chine va vous envahir », «  elle n’a besoin de vous que pour vos matières premières ». A l’ouverture des débats, les participants ont écouté le ministre conseiller de l’ambassade de Chine qui promet à l’Afrique « une relation de partenariat gagnant-gagnant ».

Même s’il trouve justifiés certaines accusations à l’instar de l’importation de la main d’œuvre chinoise, le diplomate chinois, ancien président de l’université diplomatique de Pékin, promet que la Chine y remédiera en formant des ouvriers qualifiés africains.

Il souligne que la Chine a besoin de l’Afrique non seulement pour ses matières premières - qu’il dit vouloir mettre en valeur - mais aussi pour des raisons stratégiques parce que la Chine veut promouvoir un monde multipolaires. De son coté, comme l’a souligné tous Me Beaujour, «  les Etats africains doivent s’organiser entre eux s’ils veulent être un acteur dans le dialogue avec la Chine. Sinon, chacun ira à la soupe à son tour et le résultat sera bien minable ». Ce rôle est dévolu à l’union africaine qui doit pour cela opérer une prise de conscience sans précédent.

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