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par Pharaon Seti ©

 Publié le 23 décembre 2004

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Traite négrière européenne : La « marche du souvenir et du repentir » : une marche de pacotille ?

Traite négrière européenne : La « marche du souvenir et du repentir » : une marche de pacotille ?

Depuis plusieurs années déjà, a lieu, au Bénin, au mois de janvier, à propos de la Traite des Noirs (TN) une « marche du souvenir et du repentir ».

Il s’agit, officiellement, à travers cette marche, d’éviter que la tragédie des quatre siècles de TN ne tombe dans l’oubli de telle sorte qu’elle ne puisse plus se reproduire un jour ; mais il s’agit également d’un acte de contrition : exprimer le vif regret d’une faute ainsi que la douleur morale que l’on ressent avec le désir d’expiation. Par ce dernier volet, l’idée serait de reconnaître sa faute afin de se faire pardonner.

D’emblée, il importe de souligner que l’initiative est louable et qu’elle mérite d’être saluée. Pour autant, cela ne peut dispenser d’aborder les questions de fonds qu’elle soulève. Car, éviter qu’à jamais la TN ne se reproduise sur le sol africain, nécessite que l’on sache de façon précise pourquoi elle s’était produite ; par ailleurs, dès lors que se pose la question du repentir, il importe de savoir quelle faute a été commise, par qui, comment la réparer et auprès de qui on doit solliciter le pardon.

Aucune réponse correcte à ces interrogations ne peut faire l’économie des faits historiques car la « marche du souvenir et du repentir » s’appuie dans sa philosophie sur la version coloniale et négrière de l’histoire de la TN où il est généralement admis que la Traite des Noirs fut un commerce libre et que les Noirs en ont été les principaux pourvoyeurs. Le cliché du roi nègre trafiquant d’esclaves s’est alors imposé comme une réalité. C’est ainsi que pour le commun des mortels, en Afrique, dans les Antilles, en Amérique, en Europe et ailleurs, la TN se résume à « la vente du nègre par le nègre » ; « les européens n’ayant rien fait d’autre que d’aller acheter des marchandises que les africains leur proposaient, que d’organiser le commerce » ainsi que le laissait entendre avec suffisance par exemple Fallope [1] . Pourtant les européens ont directement organisé des razzias sur le continent et y ont installé des relais sûrs. Pourtant aussi les africains n’ont pas applaudi la Traite.

Si « le commerce libre » est alors une version tronquée des faits comme le rappelait fort judicieusement Delanon [2] , nous devons en revanche nous demander comment pendant quatre siècles, la traite négrière conduite par les européens a pu s’imposer aux nègres sur leur terre.

L’histoire n’étant qu’une somme de détails, il importe de rappeler ici quelques uns de ces détails afin que les vérités enterrées rejaillissent [3] et que tous les enseignements puissent être tirés.

La traite négrière fut commanditée par l’église chrétienne

Lorsqu’en effet les portugais initiaient la TN en Afrique subsaharienne en l’an 1441, comme en font largement foi les récits des marins portugais d’alors (De Zurara, Diego Gomez, Cadamosto, P. Peirera etc.), c’était bien une guerre sainte qu’ils menaient contre les habitants de ce continent dans le prolongement de la prise de Ceuta [4]. C’est donc par des expéditions militaires contre des populations paisibles, expéditions dont l’instigateur était Henri Le Navigateur, que les portugais allaient directement capturer des africains « païens » sur le continent pour soi-disant les ramener à Dieu.

Cette guerre sainte était d’ailleurs approuvée, autorisée et commanditée par l’église chrétienne. Ainsi, c’est d’abord au pape Gabriele Condulmer dit Eugène IV que les razzieurs portugais offraient une partie des premiers africains capturés et faits esclaves en 1441 au cap Bojador sur la cote occidentale africaine. Mais c’est principalement via le fameux agiornamento du 8 janvier 1454 que l’église chrétienne catholique commanditera définitivement les razzias des nègres africains par les européens. En effet, l’auteur de cet agiornamento, qui n’était autre que le pape Tommaso Parentuccelli dit Nicholas V, y accorda officiellement au roi Alphonse V du Portugal le droit de s’emparer des terres en Afrique et d’y réduire les païens en esclavage, tandis que par le traité de Tordesillas signé en 1494, le pape Rodrigo Borgia dit Alexandre VI partagea le monde entre le Portugal et L’Espagne : au Portugal le pape donna l’Asie, l’Afrique, et le Brésil et à l’Espagne le reste de l’Amérique ; par ailleurs tout au long des 4 siècles que va durer la TN, l’église chrétienne, qu’elle soit protestante ou catholique, couvrira moralement l’opération et pratiquera la traite elle-même.

Ainsi par exemple, au royaume du Kongo, en ce début de XVIème siècle où le roi N’zinga Mvemba dit Afonso 1er s’était ouvertement opposé à la traite négrière conduite par les européens [5], ce furent les missionnaires catholiques portugais qui la pratiquaient : sans scrupule, ces missionnaires chrétiens portugais capturaient et vendaient jusqu’aux « fidèles » qui se convertissaient au christianisme, qui venaient au catéchisme ou à l’école chez eux, qui venaient se confier à eux. Et pour avoir les coudées franches pour se livrer à leur basse besogne, ces missionnaires chrétiens organisèrent un attentat contre le roi Nzinga dans les enceintes mêmes de l’église : le dimanche de pâques de l’année 1526, alors que le roi était à l’église, en plein office religieux, les portugais tirèrent sur lui à bout portant : le roi sortit blessé de l’attentat tandis qu’un de ses conseillers succomba.

Ces mêmes missionnaires portugais chrétiens, n’hésiteront pas, plus tard au 18 ème siècle au mois de juillet de l’année 1706 à assassiner, en la brûlant vive, avec la bénédiction de l’autorité papale, Kimpa Vita, cette jeune fille du Kongo qui s’opposait à la traite négrière qu’ils pratiquaient dans son pays etc. Nous pouvons multiplier ces récits à souhait ; précisions seulement ici que bien que des voies individuelles chrétiennes se furent levées pour condamner la traite négrière orchestrée par l’Europe chrétienne, la décision d’excommunier les fidèles chrétiens qui pratiquaient la TN n’a été prise par l’église catholique qu’en 1839 avec le pape Bartoloméo Alberto Capellari dit Grégoire XVI, au moment où de nombreuses nations avaient déjà aboli la Traite.

Revenons à la guerre sainte pour mentionner, avec le marin portugais du XVème siècle Ca Da Mosto, qu’outre le rapt, elle s’appuyait sur le dressage des anciens esclaves : on baptisait des esclaves, on leur apprenait le portugais et on les ramenait en Afrique chez eux en leur promettant la liberté si chacun d’eux ramenait 4 esclaves. C’est ainsi que naquirent les éléments primitifs de ce que l’historiographie officielle de la TN dénommera « les rois nègres trafiquants d’esclaves ».

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Références bibliographiques:

[1] Cf. J. Fallope, Le rôle de l’Afrique dans la traite négirère, in Cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage, France-Antilles, n° Hors série de mai 1998, pp. 20-21

[2] CF. Rapport à la Commission des lois constitutionnelles et de l’administration, 1998

[3] CF. K. Logossah : Traite des Noirs : qui est responsable ? Antilla, n° 787, juil. 1998, pp. 19 - 23 ; K. Logossah : La traite et l’Afrique : le pourquoi et les conséquences, Antilla, n°788, juil. 1998, pp. 25 - 27 ; K. Logossah : Les effets de la traite en Afrique subsaharienne, Antilla n° 790, juil. 1998, pp. 24 - 29 ;

[4] Unesco : L. Da Vega Pinto in « la traite négrière du XVè au XIXè siècle », in La traite négrière du XIVè au XVIè siècle, Unesco, Paris, 1985.

[5] Les nombreux courriers de protestation que le souverain adressait tant au roi Jean III du Portugal et au Pape à l’époque font foi. CF. A. Hochschild, Les fantômes du roi Léopold, Belfond, Paris 1998.

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