Vous êtes ici: Accueil
par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com
Chercheur en Histoire, co-fondateur du site africamaat.com et de l’Institut Africamaat, concepteur de la revue Afrik@raïbes mag, JP Omotunde est un Kamit originaire de la Guadeloupe (Karukéra).
Ses ouvrages publiés aux éd. Menaibuc :
L’origine négro-africaine du savoir grec
Les racines africaines de la civilisation européenne
La traite négrière européenne : vérité & mensonges
Discours afrocentriste sur l’aliénation culturelle
Les Humanités classiques africaines pour les enfants
Manuel d’études des Humanités Classiques Africaines
Histoire de l’esclavage : Critique du discours eurocentriste
Découvrez le MenaibucBlog de JPO
Son dernier article: Propagande sur l’histoire du (...)
Un cas d’école de manipulation médiatique
Cet exemple nous révèle le climat médiatique français à la lueur d’une expérience vécue par Tariq Ramadan.
Dr. Jeckyll et M. Hyde ? A propos d’un pitoyable portrait dans Le Monde
Par Tariq Ramadan pour Oumma.com
lundi 27 février 2006
C’est l’histoire d’un journaliste, M. Marc Roche, correspondant de la Tribune de Genève à Londres, qui prend contact avec mon bureau à Paris et sollicite un rendez-vous urgent afin de préparer un article sur ma vie et mes engagements en Angleterre.
J’accepte donc de le rencontrer et nous nous voyons à Ealing dans un petit café [qui n’est pas le Starbuck contrairement à ce qu’il affirme dans l’article ci-dessous]. Il m’apprend alors qu’il va aussi écrire un portrait pour Le Monde - dont il est aussi le correspondant - et m’affirme, sous le ton de la confidence, qu’il avait été surpris par la réaction de la rédaction parisienne lorsqu’il avait émis cette proposition : on lui aurait dit que je n’étais pas clair, qu’il fallait se méfier de mon double discours... bref, les sérénades habituelles.
A sa façon de me rapporter cela, il était clair qu’il prenait ses distances vis-à-vis de ces propos. Je n’avais pas de raison particulière de me méfier de ce journaliste que j’avais moi-même aperçu dans une émission de la BBC World News 24, Dateline, dire publiquement que mes positions étaient intéressantes et qu’il fallait les entendre. L’interview s’est donc passée de façon courtoise : l’homme était chaleureux et se présentait comme un Belge, vivant en Angleterre depuis de nombreuses années et qui donc était bien éloigné des crispations françaises. Soit.
L’article dans la Tribune de Genève apparaît le premier, le vendredi 11 février 2006. Comme on peut le voir ci-dessous, à l’exception de ses réflexions (subjectives) sur le fait que je me « notabilise », il n’y a pas grand chose à dire. Le journaliste rapporte des faits, sans commentaires particuliers : un portrait plutôt descriptif qui a été perçu par le journal La Tribune de Genève et ses lecteurs comme plutôt informatif et, de fait, positif. Rien à dire, si ce n’est à relever que M. Marc Roche écrit ici sous un pseudonyme : à la Tribune de Genève, M. Marc Roche s’appelle Paul Raw !!!
Stupeur donc quand j’ouvre Le Monde du samedi 25 février 2006.
M. Marc Roche, écrivant sous sa vraie identité, présente un portrait qui n’a rien à voir avec le texte de la Tribune de Genève et qui intègre la panoplie complète des sous-entendus, des formules malsaines et des contrevérités auxquels la grande presse française a depuis trois ans habitué son public à mon sujet. Le ton change et s’est adapté à l’air - très français - du temps : les insinuations sur le look et le charme, les références au double discours, à la double personnalité et tout à l’avenant. Bref, une pièce bien adaptée pour un public ciblé sans grand respect des règles de la déontologie journalistique. Le portrait ne dit rien mais insinue sans limites. Un journaliste, deux identités, trois différents discours...
Il est assez cocasse, en effet, d’être accusé da-ns un article de dissimuler deux personnalités, d’être un Dr. Jeckyll et M. Hyde, par un journaliste qui, sur la même personne, développe trois différents discours pour trois publics différents... sous deux identités différentes. C’est cocasse, en effet, mais surtout pitoyable. Il est, de surcroît, attristant - pour le moins - de voir Le Monde publier un tel ramassis de platitudes et de vides : un portrait ?! Digne d’un tabloïd ... anglais... lorsque celui-ci verse dans la petite rancune bien malsaine et haineuse. M’en voudrait-on tellement en France de révéler - au miroir de l’audience que mon discours reçoit en Europe en général et en Angleterre en particulier - que l’Hexagone semble se perdre dans un aveuglement et une surdité maladive quant à la question de l’islam et des musulmans ?
Je peux comprendre ce trouble qui vient sans doute du tréfonds d’un inconscient collectif qui n’a pas pansé toutes ses blessures (de la mémoire de la colonisation à la prise de conscience du nouveau visage de la France...) Je peux, comprendre disais-je, ses réactions épidermiques parce que l’on m’a transformé en symbole d’une meurtrissure inassumée et que, au surplus, je ne caresse pas la psyché française dans le sens du poil ; mais de là à voir sombrer certains intellectuels et organes de presse - hier, de référence - dans un propos mesquin et quasi hystérique... A ce point donc, il n’est point question de comprendre mais, urgemment, de s’inquiéter. De l’état de la France...
Une remarque encore. Jamais, je n’ai dit, ou même pensé, que « la laïcité française est antimusulmane » ! Lors du congrès de la Fabian Society, à Londres, un journaliste qui se présentait comme un correspondant de l’Express est venu me voir à la fin de mon exposé et m’a dit avoir noté cette phrase. Je lui ai répondu que je n’avais jamais dit cela et je me suis tourné vers trois personnes qui étaient à proximité et que je ne connaissais pas pour leur demander, devant le journaliste, si elles avaient entendu cette phrase. Les trois ont répondu par la négative et l’une d’entre elles a rajouté en se tournant vers le journaliste en question : « Il a même dit le contraire, cher Monsieur » et de rappeler ce que j’avais effectivement dit : que les musulmans demandait l’application stricte de la loi de 1905 qui concernait la laïcité et qui ne posait aucun problème pour les musulmans, que la France n’était pas un pays raciste et que la loi sur les signes religieux était, dans les faits, une loi contre le foulard des musulmanes (j’ai donc dit à Londres ce que j’ai toujours dit en France).
Je croyais l’affaire entendue, mais c’était sans compter sur la malhonnêteté du journaliste qui a sciemment menti sur mon propos... (lequel, par ailleurs, est enregistré). Après qu’il s’en soit allé, une des trois personnes m’a apostrophé en me demandant comment je pouvais, en voyant cette attitude, défendre les Français et affirmer qu’ils n’étaient pas racistes et malhonnêtes... Bonne question, au demeurant. Tout simplement parce que tous les Français ne ressemblent pas à cet individu, ni à notre mesquin journaliste, correspondant du Monde, ni à certains de ces intellectuels arrogants, pétrifiés de certitudes, qui hantent certains salons parisiens.
Lisez les deux textes ci-dessous, du même journaliste, avec deux identités différentes s’adressant à deux audiences différentes... de façon tellement différente. Un double discours ?... pas plus double, somme toute, que celui de Caroline Fourest, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et consort lorsqu’ils s’expriment outre-manche ou ailleurs, au-delà des frontières de l’hexagone. La suffisance n’a pourtant point de limite quand, pour conclure, le journaliste n’éprouve aucune gêne à dire que "le double langage et la litote font partie du savoir-vivre collectif" en Grande Bretagne. "Nos amis britanniques" apprécieront...
Aucune.
Dans la rubrique Multimedia
Articles
Dans la même rubrique

Discrimination : Un Crime contre l’humanité ! (Dossiers)
Un puissant groupe parlementaire afro-américain défend les minorités
Faire taire les révisionnistes négrophobes !!!
LETTRE OUVERTE AU CRAN ET AUTRES PROFANATEURS ASSOCIES DE LA MEMOIRE DES VICTIMES DE LA TRAITE NEGRIERE TRANSATLANTIQUE
Investir en Afrique
Du même auteur





