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par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com
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Le Togo brûle et la France soutient que les élections se sont déroulées dans de bonnes conditions.
Violences au Togo après la victoire proclamée de Faure Gnassingbé...Un bref résumé de la situation à partir de certaines dépêches.

Violences au Togo après la victoire proclamée de Faure Gnassingbé LE MONDE | 27.04.05 | 14h05 • Mis à jour le 27.04.05 | 14h59
de Lomé
C’est une fumée noire, celle de la révolte, qui a salué, mardi 26 avril à Lomé, l’élection de Faure Gnassingbé à la présidence de la République. Il a suffi de quelques minutes, après la proclamation des résultats provisoires par la commission électorale indépendante, pour que la rue cherche à remporter une victoire qu’elle estime s’être fait voler dans les urnes par le pouvoir, héritier de 38 ans de règne du général-président Eyadéma.
Tandis que le directeur de campagne de l’heureux élu célébrait avec emphase "la joie de tout un peuple" , de multiples feux de pneus surgissaient, des barricades et des barrages de pierres se dressaient en de nombreux points d’une ville immédiatement quadrillée par l’armée.
Alertée par la radio-télévision nationale, seule autorisée à diffuser l’événement en direct, une foule de jeunes en colère s’est massée aux carrefours, prête à en découdre.
Il faut dire que les résultats ont de quoi surprendre. Avec un score officiel de 60,22 % des voix contre 38,19 % à son adversaire principal, Emmanuel Bob Akitani, Faure Gnassingbé, le fils du général Eyadéma, dispose d’une confortable majorité que son père lui-même, seul maître à bord depuis 1967, n’avait jamais osé obtenir, sauf lorsqu’il se présentait seul à l’élection. Mais les conditions de la campagne électorale, où M. Gnassingbé a utilisé seul les moyens de l’Etat, et l’organisation du scrutin marqué par de multiples irrégularités, dont :
le vol devant des caméras de télévision d’une urne par des militaires dans une école de Lomé, font peser un doute sur le résultat proclamé mardi.
Les habitudes anciennes semblent si lourdes que les chiffres officiels recèlent des incohérences.
Ainsi, le nombre de Togolais 162 810 soit plus de 74 % des suffrages censés avoir voté en faveur du candidat du pouvoir dans la préfecture de Kozah, fief de la famille Gnassingbé est supérieur à la population 156 000 âmes de cette même préfecture.
Chauffée par les appels de l’opposition à la "mobilisation populaire" , la rue s’est donc embrasée. Le passage des jeeps de l’armée chargées d’hommes en armes déclenche la panique : femmes et enfants disparaissent en un clin d’oeil. Les jeunes descellent des pierres, montent des barrages avec quelques planches de bois, incendient des pneus.
"Pourquoi le Togo vit dans l’injustice ? hurle un garçon d’une vingtaine d’années. L’armée veut nous forcer à continuer à vivre en dictature, la France est d’accord."
La France en prend pour son grade. Les déclarations du ministre français des affaires étrrangères Michel Barnier parlant d’un "succès" aux conditions "globalement satisfaisantes" n’ont rien arrangé.

Au contraire, les Français sont conspués. Très vite, l’atmosphère s’alourdit. Des actes de violence auxquels répondent des tabassages sans pitié, se produiront jusqu’au milieu de l’après-midi où l’armée aura fait passer aux jeunes l’envie de manifester. Sauf dans l’immense quartier populaire de Bé, tenu par l’opposition où, harcelée par des groupes d’émeutiers mobiles, elle ne s’aventurera pas.
"PARDON MUTUEL"
En fin de journée, les axes de la ville, coupés en de nombreux endroits, avaient été "nettoyés" et un calme relatif semblait s’être installé. Jusqu’à quand ? Au même moment, au nord de la ville, des bétaillères remplies de jeunes partisans du président élu, fêtant la victoire, sillonnaient les avenues. Certains d’entre eux, armés de gourdins, avaient été convoyés depuis le nord du pays, favorable au président, contre rétribution.
Pendant ce temps, dans le quartier de Forever où est implanté le siège du parti présidentiel, des milliers de jeunes portant le T-shirt blanc de Faure Gnassingbé dansent sur une sono hurlante "Avec Faure, le Togo sera fort" . "Aujourd’hui, nous sommes heureux de la victoire de Faure, et la population, c’est nous, assure Kodzo. Le quartier nous appartient. Nous sommes prêts : nous avons des machettes, les autres ne peuvent pas venir."
Autant dire que le nouveau président, qui a annoncé l’avènement d’un "Togo du pardon mutuel et de la réconciliation" , a du pain sur la planche. "Je suis un pont" , a-t-il répété lors d’une conférence de presse, faisant allusion à sa double origine du nord par son père et du sud par sa mère , dans un pays dominé par les rivalités ethniques et politiques entre ses deux parties.
M. Gnassingbé a renouvelé la proposition de former un gouvernement d’union nationale faite la veille à Abuja, lors d’une rencontre inédite avec l’opposant historique Gilchrist Olympio sous l’égide d’Olusegun Obasanjo, président du Nigéria et de l’Union africaine. Mais entre-temps, M. Olympio, qui semblait avoir pris le même engagement en cas de victoire du candidat de l’opposition, a minimisé la rencontre, sous la pression des dirigeants des partis de la coalition anti-Gnassingbé, furieux de ne pas avoir été consultés.
Joint par téléphone, M. Olympio rejetait l’hypothèse d’une entrée de l’opposition "dans un gouvernement formé par un président non démocratiquement élu" tout en acceptant, "sur le plan philosophique" , l’idée d’union nationale. Dans ce pays où les quadragénaires n’ont jamais connu la moindre alternance politique et où les opposants ont toujours été soit matraqués soit récupérés, le partage du pouvoir est une idée révolutionnaire. L’alternance encore davantage.
Perdante dans les urnes, l’opposition, qui qualifie de "mascarade" le scrutin de dimanche, compte sur ses deux derniers atouts : une non-reconnaissance de l’élection par la communauté internationale et la colère d’une partie de la population. Philippe Bernard
Article paru dans l’édition du 28.04.05
Aucune.
Commentaires
- 14/02/2006 11:49 par
- 25/05/2005 04:58 par ébêvia
- 18/05/2005 15:20 par Abéga
- 18/05/2005 04:32 par Peniel
- 8/05/2005 17:46 par KOFFI
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- 3/05/2005 00:55 par Peniel
- 2/05/2005 16:28 par Eric Brendwood
- 2/05/2005 10:26 par MBOA
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