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par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com
Son dernier article: Création de l’Institut Per (...)
Les Grecs ne sont pas les précurseurs de la philosophie !
Pourquoi cache-t-on le testament des Grecs anciens relatif à leurs sources d’inspiration intellectuelles ? Ceux qui disent aimer la philosophie devraient aussi apprendre à aimer ses sources.
1- Le dogme eurocentriste de l’origine grecque de la philosophie
La plupart des manuels occidentaux font du « nombrilisme » historiographique : nous et nous seuls ! Toute idée de collaboration internationale ou de diffusion de savoir entre peuples à l’époque antique est abordée en filigrane et pas question de développer cet aspect de l’histoire de l’humanité.
Alors à ce petit jeu pervers, voilà le berceau originel de la pensée philosophique mondiale arbitrairement greffé en Europe. La Grèce serait donc l’épicentre de cette « nouvelle » dynamique intellectuelle vers une période historique s’étalant entre le VIè et le Vè siècle avant J-C.

- ACTEURS GRECS
Certains historiens n’hésitent d’ailleurs pas à y voir un avènement de la raison dans le monde, voire une invention européenne de la raison et plus globalement, de la pensée. De fait, la définition même de la philosophie s’en trouve profondément erronée et malheureusement appauvrie... En guise d’exemples, prenons quelques déclarations tirées de divers ouvrages. Ainsi, emporté par son élan eurocentriste, l’historien de la philosophie François Châtelet déclare ceci [1] :
"Je crois qu’on peut parler d’une invention de la raison. Et pour comprendre comment la philosophie a pu surgir comme genre culturel nouveau, je choisirai de me référer à une situation privilégiée : la Grèce classique. Ce n’est pas que je crois que toute philosophie soit grecque. Mais il est clair que la Grèce a connu, pour des raisons contingentes, historiques, des événements tels que des hommes ont pu faire apparaître ce genre original qui n’avait pas d’équivalent à l’époque ».
Ainsi, la philosophie serait encore selon Hegel, mais aussi Heidegger, une invention spécifiquement et proprement européenne (sic). A ce titre, dans une conférence célèbre faite à Cérisy-la-Salle (Normandie) en Août 1955 sur le thème « Qu’est-ce que la philosophie ? », le philosophe allemand Martin Heidegger (1889-1976) a donné la définition suivante :
« Le mot philosophia nous dit que la philosophie est quelque chose qui, d’abord et avant tout, détermine l’existence du monde. Il y a plus : la philosophia détermine aussi en son fond le cours le plus intérieur de notre histoire occidentale-européenne. La locution rebattue de « philosophie occidentale-européenne » est en vérité une tautologie. Pourquoi ? Parce que la « philosophie » est grecque dans son être même ; grec veut dire ici : la philosophie est dans son être originel, de telle nature que c’est d’abord le monde grec et seulement lui qu’elle a saisi en le réclamant pour se déployer... La philosophie est grecque dans son être propre ne dit rien d’autre que : l’Occident et l’Europe sont, et eux seuls sont, dans ce qu’a de plus intérieur leur marche historique, originellement « philosophiques ».
C’est ce qu’attestent la naissance et la domination des sciences. C’est parce qu’elles prennent source dans ce qu’a de plus intérieur la marche historique de l’Occident européen, entendons le cheminement philosophique, c’est pour cela qu’elles sont aujourd’hui en état de donner à l’histoire de l’homme sur toute la terre l’empreinte spécifique. [...] La langue grecque n’est pas simplement une langue comme les langues européennes en ce qu’elles ont de bien connu. La langue grecque, et elle seule, est logos » M. Heidegger, « Qu’est-ce que la philosophie ? », [2].

- PLATON & ARISTOTE
Pour le philosophe africain Yoporeka Somet [3], ce que veut dire ici Heidegger au sujet de la langue grecque, c’est qu’elle est la seule (parmi les langues européennes et à plus forte raison parmi les langues du monde) à pouvoir exprimer adéquatement la rationalité. D’où son fameux jeu de mot entre logos (raison) et legein (recueillir) : la langue grecque serait le réceptacle de la raison ! Ceci autorise François Châtelet à écrire, tout naturellement et donc sans avoir à s’expliquer, que : « la philosophie parle grec. On a eu raison de le redire après Heidegger ».
C’est par ce type de pétition de principe [4], au racisme à peine voilée, que commence le premier chapitre du premier volume de sa monumentale histoire de la philosophie, publiée en 8 volumes chez Hachette !
En 1921, Sir Thomas Heath publiait un classique intitulé "L’histoire des mathématiques grecques" dans lequel il lançait :
"De plus en plus d’efforts sont entrepris pour établir une juste appréciation et une claire compréhension des dons que les Grecs ont faits à l’humanité. Ils n’ont pas seulement été des précurseurs. Ce qu’ils ont entrepris, ils l’ont porté au sommet de la perfection et n’ont en cela jamais été surpassés. De toutes les manifestations du génie grec, aucune n’est plus impressionnante ou n’impose d’avantage le respect que celle que nous révèle l’histoire des mathématiques (...) Les Grecs, plus que tout autre peuple de l’Antiquité, possédait l’amour de la connaissance pour la connaissance ; chez eux il se ramenait à un instinct, une passion. Les Grecs étaient une race de penseurs".
Les Grecs étaient une "race de penseurs", quelle blague. Ils n’ont cessé de pourchasser voir même tuer leurs propres penseurs.
Ainsi, les anciens révèlent que c’est à Thalès que l’on doit le mot "philosophie". En effet, Thalès à qui les Grecs disaient qu’il était un "Sophos" (sage) répondit qu’il était plutôt un "Philo" (ami) "Sophos" (de la sagesse). Le philosophe grec est donc en principe, un "ami de la sagesse". Vu les monstrueuses déclarations de Platon et d’Aristote sur l’esclavage, nous nous permettons d’en douter !
[1] Cf. Une histoire de la raison, Entretiens avec Emile Noël, Paris, Seuil, 1992, p. 17
[2] in Questions II, p. 321 et p. 326, Tel Gallimard
[3] Pour découvrir sa brillante analyse sur les origines égyptiennes de la philosophie, en plus de cet article, merci de consulter le dernier numéro de la revue Ankh
[4] Le dictionnaire Larousse définit la pétition de principe comme « un raisonnement vicieux consistant à tenir pour vrai ce qui fait l’objet même de la démonstration ».
Commentaires
- 27/06/2008 22:19 par Richardson
- 19/09/2007 17:23 par Laura
- 17/08/2007 21:47 par
- 17/08/2007 21:11 par mounass
- 17/08/2007 17:42 par gaudin
- 12/07/2007 18:58 par Toorop
- 11/07/2007 15:23 par JP Omotunde
- 19/05/2006 18:50 par Lusala lu ne
- 26/12/2005 17:17 par AKOMELA
- 26/12/2005 14:00 par Mintus
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